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12 octobre 2008 7 12 /10 /octobre /2008 19:02

Une mise en scène bien pâle


Par Élise Ternat

Les Trois Coups.com


La compagnie du Bonheur-Vert s’est essayée au périlleux exercice de la mise en scène du texte « Purifié » de Sarah Kane. Là où le spectateur est en droit d’attendre un théâtre de la cruauté, un terrorisme romantique dans le respect des écrits de la jeune dramaturge, « Tragodia » apparaît comme un plat bien tiède.

Les textes de Sarah Kane appellent l’excès, l’ultime vibration de la douleur. Le propos de l’auteur est par essence viscéral. Il mérite donc une mise en scène et un jeu capables d’exacerber une nécessité : nécessité de pousser les sensations à l’extrême afin d’en restituer la force et la violence.

Au regard de cela, la démarche que propose la compagnie du Bonheur-Vert a ceci d’original et de séduisant qu’elle ne nous offre pas qu’une simple mise en scène, mais davantage la tentative de mettre en écho le texte Purifiés et des extraits d’interviews de l’auteur, afin d’assurer comme « une percée » du réel sur scène. L’ensemble est traité dans une tonalité tragique avec pour « colonne vertébrale » la référence à Sénèque. On retrouve ainsi des extraits de Médée, Thyeste et des Troyennes. Ce traitement est enrichi par la présence d’un coryphée et l’emploi du masque.

Là encore, une idée pertinente : celle du jeu de masque, dont la vocation est de rappeler la tragédie, mais également la torture insufflée aux visages des personnages en proie au cruel supplice que Tinker, le bourreau, leur inflige. Or, là où les masques, par ailleurs issus du remarquable travail du plasticien Renaud Contet, sont censés enrichir la violence du jeu, ils desservent davantage ce dernier. En effet, à la manière de scaphandres, ils dissimulent la valeur réelle des acteurs qui semblent absents, comme cachés.

On déplore ainsi un ensemble à la tonalité pâle et peu assumée, avec un jeu parfois adolescent. Un jeu d’acteur qui ne se contente pas d’être tiède, mais qui frôle parfois le racolage. Les comédiennes dans leur ensemble se dénudent tour à tour pour donner sans doute un côté charnel à la pièce, mais finalement parfaitement gratuit puisque cela n’enrichit en rien le propos. De même, certaines interventions du coryphée parmi les spectateurs semblent artificielles et peu assumées. Il n’est, par exemple, pas toujours simple de comprendre l’intérêt de certains clins d’œil, relatifs au monde footballistique, qui peuvent sembler de trop.

Côté mise en scène, on note des trouvailles, des idées judicieuses et inventives. Comme souvent à L’Élysée, peu de décors pour mieux laisser place à l’inventivité et à l’interprétation. Ici, bien que le jeu soit absent, les idées sont là. On notera une intéressante exploitation des espaces, notamment avec l’utilisation de l’immense bâche, l’emploi de lumières, loupiotes, néons et autres lampes de poche utilisées sous toutes les formes. L’ensemble donne naissance à une ambiance tamisée, mais également menaçante, qui met en avant des faciès tantôt masqués tantôt grimés. Enfin, les diverses saynètes sont ponctuées de partitions sonores du répertoire classique ou de morceaux à la tonalité plus électronique. On reconnaîtra, par exemple, un extrait du dernier album de Portishead. L’atmosphère est ainsi rendue froide et déshumanisée par ces multiples ajouts.

On ne retient donc de Tragodia que le souvenir déjà presque effacé d’un projet initialement prometteur, finalement évanoui dans un rendu très inégal. Un trop long moment passé devant une pièce un peu tiède, où les spasmes de la souffrance ont laissé place à l’ennui, celui des spectateurs frustrés et déçus. 

Élise Ternat


Tragodia, Purifiés, de Sarah Kane

Traduction : Evelyne Pieiller

Éditeur et agent du texte : L’Arche

Compagnie du Bonheur-Vert

Contact : 06 88 92 36 38

Simon.bourgeade@wanadoo.fr

Mise en scène : Gaëlle About et Simon Bourgeade

Avec : Antoine Amblard, Marceau Deschamps, Lucile Dupla, Mathilde Hug, Gabriel Lechevalier, Mélodie Paquet, Sylvain Roubira, Simon Bourgade

Masques : Renaud Contet

L’Élysée • 14, rue Basse-Combalot • 69007 Lyon

www.lelysee.com

Metro et tram : Guillotière

Réservations : 04 78 58 88 25

Du 8 au 11 et du 15 au 18 octobre 2008 à 19 h 30

Durée : 1 h 30

12 € | 10 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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