Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
11 octobre 2008 6 11 /10 /octobre /2008 15:35

Je te plumerais !


Par Claire Néel

Les Trois Coups.com


« Alouette » est le titre d’un roman hongrois de Dezsö Kosztolànyi, mis en scène par Sylvia Folgoas au Théâtre Daniel-Sorano de Vincennes. Une seule actrice nous transmet le texte, un pianiste l’accompagne. Un moment qui ressemble à une histoire que l’on écouterait au coin d’un feu de cheminée.

Deux vieux parents vivent dans une petite ville avec leur vieille fille d’Alouette. Elle a trente-cinq ans, est laide et pleine de soupirs, n’a aucun soupirant. Celle dont le prénom lui va comme un vêtement d’enfant que l’on s’obstinerait à porter alors qu’il n’irait plus part chez son oncle une semaine. La séparation est lourde en émotions, mais bientôt les deux vieux se sentiront plus légers : être enfin seuls les conduira à renouer avec une vie mise en veille depuis leur retraite, depuis que leur cercle social s’est réduit à une trinité compacte.

Ce roman commence avec des faits simples et des personnages d’une simplicité toute pareille. Le départ de la vieille enfant va soulever le voile des aspirations profondes de ses parents, et mettre le doigt (la pesante plume) sur l’incohérence du ménage à trois. Le père, surtout, fera raisonner les mots qui résonnent à l’endroit le plus refoulé, où se logent les sentiments « honteux ». La mère est heureuse d’être « délestée », mais elle ne le dira pas… On ne peut pas détester son enfant… Quant à Alouette, pauvre chose qui ne fait rien pour s’épanouir, son malaise de vivre nous reste en travers de la gorge, à nous aussi. L’auteur, relayé par les traducteurs (Maurice Regnaut et Péter Adam), relayés par l’adaptation de Danièle Douet, distille ce puzzle émotif avec une finesse jubilatoire.

La mise en scène opte pour un partage « les yeux dans les yeux » de l’histoire, juste mettre des images, des sons et une voix sur les pages d’un livre que nous pourrions avoir entre les mains. L’idée est parfaitement concrétisée : l’histoire nous parvient à tous les coups, ponctuée par le piano expressif du jeune Alphonse Cemin. On peut tout de même regretter que ce parti pris, classique, sobre et bien réalisé, manque un peu de fantaisie.

Danièle Douet, l’interprète, accomplit son devoir de passeuse avec sérénité, assemblant méticuleusement les rouages du dit et du non-dit. C’est une agréable conteuse aux mains remarquables, touches gracieuses et précises dans cette narration. Quelquefois, tic de comédienne ou direction d’acteur, ses yeux cherchant au loin le mot juste ou bien le souvenir exact gênent par la récurrence du geste. Elle finit ainsi par nous perdre, pas bien loin heureusement, mais suffisamment pour que nos oreilles oublient d’écouter une seconde ou deux. Le pianiste joue vigoureusement les mélodies du roman. Il m’a semblé qu’il avait seize mains… Est-ce que ça peut être possible ? 

Claire Néel


Alouette, de Dezsö Kosztolànyi

Traduction : Maurice Regnaut et Péter Adam (éditions Viviane Hamy)

Adaptation : Danièle Douet

Mise en scène : Sylvia Folgoas

Avec : Danièle Douet

Au piano : Alphonse Cemin

Lumière : Sanglar

Costume : Studio Théâtre d’Asnières

Théâtre Daniel-Sorano • 16, rue Charles-Pathé • 94300 Vincennes

Réservations : 01 43 74 73 74

www.espacesorano.com

Du 25 septembre au 25 octobre 2008, les jeudi, vendredi et samedi à 20 h 45

Durée : 1 heure

22 € | 18 € | 15 €

Partager cet article

Repost 0
Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
commenter cet article

commentaires

Rechercher