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11 octobre 2008 6 11 /10 /octobre /2008 01:57

The show must go on

 

Le comédien Régis Goudot, dirigé par Didier Carette, offre une interprétation virtuose, sensible et sensuelle d’une des dernières œuvres de Copi, « le Frigo ». Une pièce poignante, où le ballet extravagant des masques exorcise l’angoisse, la solitude, la mort et le besoin d’amour.

 

Copi, auteur franco-argentin, s’exile de Buenos Aires à Paris dans les années soixante. Il devient rapidement une figure emblématique et déjantée de l’affirmation du mouvement gay. Quelques années plus tard, il est emporté, comme tant d’autres, par l’épidémie du sida. En 1983, il se sait déjà condamné lorsqu’il écrit le monologue du Frigo : il compose alors une pièce émouvante qui nous entraîne au cœur même du drame de l’artiste.


La protagoniste, une énigmatique « L. », demeure recluse, après une vie de débauche et de fêtes, dans une solitude inquiétante qui évoque l’imminence de la mort. L’arrivée surréaliste d’un frigo au beau milieu du salon confirme la menace : cette boîte froide ressemble bien trop manifestement à une sorte de tombeau… Qui suscite chez « L. » un affolement hyperactif délirant, une lutte schizophrénique du comique et du tragique, une bataille sensuelle de l’amour et de la mort. « L. » convoque l’un après l’autre les êtres haïs ou adorés qui peuplent sa solitude, femme de chambre, éditeur, mère, concierge, compagnons disparus.


Derrière la bouffonnerie des masques, le grotesque du corps, perce la confession d’un être qui avoue ne vivre, à travers le spectacle, que par et pour les autres. Vérité sensible de l’artiste, nature authentique habilement dissimulée par celui qui vit au sein d’une société guerrière et individualiste… Les masques du petit théâtre de « L. » font tomber ceux du théâtre de la vie, ceux des jeux de dupes en société qui prétendent dompter l’angoisse inéluctable de l’éros et de la mort.

 

© Patrick Moll


La mise en scène et les partis pris esthétiques de Didier Carette nous entraînent dans la dimension kitsch si souvent associée à Copi. Les décors, costumes, maquillages de l’acteur évoquent l’univers tragi-comique, gothique-gay du Rocky Horror Picture Show ou d’un Roman Polanski perdu dans le château glacé du Bal des vampires. Un côté résolument « mauvais goût » et provoquant cher à Copi, qui permet de dénoncer la subjectivité des codes esthétiques, leur caractère essentiellement relatif à une appartenance sociale et culturelle, voire à un certain snobisme.


En parallèle, Didier Carette dirige son poulain sur un rythme plutôt effréné, style entertainment à l’américaine, où viennent heureusement s’insérer quelques ruptures qui permettent de reprendre souffle. Le tempo disco et son côté un peu « reprise en boucle » est agréablement cassé par quelques sessions « slow », notamment lors de l’apparition de la figure de la mère.


Le comédien Régis Goudot, quant à lui, accomplit une véritable performance. Son jeu fluide et caressant fournit aux multiples facettes du personnage de « L. » toute la consistance, l’énergie et la subtilité nécessaires. Parfaitement maître de ces jeux dans le jeu, Régis Goudot semble prendre un véritable plaisir à assumer sa relation physique avec la scène : il démontre ainsi qu’il fait parfaitement sienne cette passion du théâtre, cet amour pour la fragilité humaine mise à nu par les masques, qui a habité Copi de façon viscérale jusqu’à ses derniers jours. 


Diane Launay

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Le Frigo, de Copi

Groupe Ex-abrupto, Théâtre Sorano • 35, allée Jules-Guesde • 31000 Toulouse

Coproduction : Caligari Productions, Groupe Ex-abrupto

Mise en scène : Didier Carette

Avec : Régis Goudot

Avec la participation de : Jean Castellat

Scénographie, décor : Catherine Blanc, Jean Castellat

Régie son : Richard Granet

Régie générale : Stanislas Michalski

Photos : Patrick Moll

Théâtre Sorano • 35, allée Jules-Guesde • 31000 Toulouse

Réservations : 05 34 31 67 16

www.theatresorano.com

Bus nº 1, arrêt Jardin-Royal, bus nº 24, arrêt Ozenne

Métro : Carmes ou Palais-de-Justice (ligne B)

Du 7 au 11 octobre 2008 et du 21 au 25 octobre 2008

Les mardi, mercredi et jeudi à 20 heures, les vendredi et samedi à 21 heures

Dider Carette et Régis Goudot rencontreront le public le jeudi 23 octobre 2008 après la représentation.

Durée : environ 1 h 30

De 9 € à 19 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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commentaires

Charlotte 25/10/2008 12:58

Je voudrais dire que je suis allée voir cette pièce hier soir et que j'ai adoré!! Régis Goudot est vraiment fort! Moi qui fait du théâtre, je sais à quel point c'est dur de passer d'un personnage à un autre comme il l'a fait. Je l'admire parce que c'est un trés bon acteur. L'histoire de la pièce était parfois un peu difficile à suivre mais c'était vraiment trés bien. La scène avec la mère alcoolique est dure. Voilà c'est tout

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