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10 octobre 2008 5 10 /10 /octobre /2008 16:07

Entre illusions et désillusions


Par Estelle Gapp

Les Trois Coups.com


Le plateau du Rond-Point s’est transformé en piste aux étoiles pour accueillir deux grands artistes de la saga Chaplin : Victoria, fille de Charlie et sœur de Géraldine, et Jean-Baptiste Thiérrée, son mari, sont les parents de James Thiérrée, l’inventif homme-orchestre de « la Symphonie du Hanneton », récompensée par quatre Molières en 2006. Ces parents terribles réveillent notre imaginaire enfantin par un art purement visuel, où se mêlent tours de magie, numéros de clown et contorsionnisme. Mais l’ensemble, alternant gags et acrobaties, manque de sens, et le comique de répétition finit par nuire à la poésie du merveilleux.

Avec une maîtrise des mécanismes de l’illusion, Jean-Baptiste le magicien fait appel à notre faculté la plus élémentaire à nous émerveiller, faisant apparaître de vrais lapins ou de fausses fleurs en plastique. Puis, clown facétieux ou savant fou, il se métamorphose au gré de ses costumes, plus extravagants les uns que les autres, aux motifs de tapisserie, fleuris ou animaliers (étonnant zèbre !), transportant une mystérieuse valise, toujours assortie au thème de son travestissement. Il en sort de nombreux accessoires, qu’il s’amuse à détourner de leur usage : une balle de jonglage s’écrase au sol comme une vulgaire crotte de chien, le tintement d’une clochette accompagne un hochement de tête, un marteau sert à faire éclater des bulles de savon…

© Mario Sabatini 

Mais, très vite, les gags s’enchaînent en perdant de leur impertinence : de naïfs poissons en papier sont l’occasion de mauvais jeux de mots – « le thon-thon-mitterrand, la murène-Mathieu, la raie… publique ; la raie… des fesses ». Provocateur, le clown-magicien se lance ensuite dans une parodie de play-back, mélange détonant de pop art et de chanson populaire : entouré d’un chœur d’autoportraits à la Andy Warhol, il imite une Édith Piaf en carton-pâte. De ce ballet burlesque et incongru, on retiendra quelques bonnes trouvailles, pleines de poésie, comme cette marionnette à corps de cafetière, de la taille d’un enfant, que le comédien manipule avec précision, parvenant à se servir une tasse de café. À la scène suivante, le comédien, déguisé en cafetière géante, tient dans ses bras une petite marionnette à forme humaine, à son effigie. Juste renversement des rôles !

Dans ce drôle de cirque, Jean-Baptiste Thiérrée semble incarner la contre-performance, se délecter de l’anti-jeu, à mille lieues de l’univers onirique de sa compagne, Victoria, qui jongle avec les imaginaires, baroques, orientaux, végétaux. Danseuse, contorsionniste, funambule, elle a l’art de disparaître derrière des parapluies de papier, de déployer des voiles comme des ailes d’ange, de s’endormir sur un fil. Elle réalise de magnifiques numéros transformistes, où une table se mue en dragon, où un rocking-chair devient carapace. Sa frêle silhouette se faufile dans les interstices, se joue des matières et des formes, devient tour à tour libellule ou anémone de mer… Légère, elle se déplace en glissant sur le sol, comme une caresse, un courant d’air. Elle apparaît soudain, revêtue d’une étonnante batterie de cuisine. À l’aide d’une baguette, elle compose alors des rythmes au son des nombreux accessoires fixés à son costume : une carafe en verre en équilibre sur la tête, un moule à gâteau accroché sur le ventre, des verres attachés à la ceinture, des petites cuillères ficelées à ses orteils, qui frappent des tasses collées à ses chaussures. Émouvant polichinelle de porcelaine !

© Mario Sabatini 

Mais, à travers l’alternance systématique du clown et de l’acrobate, le comique de répétition finit par nuire à la poésie de l’imaginaire. Trop rapide, la succession des tableaux ne laisse pas le temps d’apprécier toute leur créativité. À la fin du spectacle, le couple se rejoint enfin, dans un même numéro de cycles. Où l’on découvre, fasciné, les mille métamorphoses possibles de la bicyclette : à la fois monstre de fer, créature aux ailes circulaires, étrange insecte à longue trompe… On espère que ce tourbillon d’images fasse sens. Mais le manège continue. Déjà, les comédiens sont ailleurs. Le magicien est retourné à son bestiaire (surprenant chœur d’oies qui envahissent le plateau !). La contorsionniste a rangé son corps dans une boîte. On sort étourdi de cette excursion au pays des merveilles, mais déçu aussi, que cet étrange cabinet de curiosités ait livré tous ses secrets, comme un simple inventaire. 

Estelle Gapp


Le Cirque invisible, de Victoria Chaplin
et Jean-Baptiste Thiérrée

Avec : Victoria Chaplin et Jean-Baptiste Thiérrée

Lumières : Nasser Hammadi

Son : Christian Leemans

Habilleuses : Véronique Lambert-Grand, Roxane Grallien

Régisseur plateau : Georges Garcia

Théâtre du Rond-Point • 2 bis, avenue Franklin-Roosevelt • 75008 Paris

Réservations : 01 44 95 98 21

Du 7 octobre au 30 novembre 2008 à 21 heures, dimanche à 15 heures, relâche les lundis, le 12 octobre 2008 et le 11 novembre 2008

Durée : 2 heures, entracte compris

35 € | 26 € | 18 € | 16 € | 12 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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