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9 octobre 2008 4 09 /10 /octobre /2008 18:46

La constante inconstance de la jeunesse

 

L’air de rien, la compagnie du même nom nous propose, avec l’actualisation de « l’Importance d’être constant » de Wilde, un spectacle frais et dynamique sur une jeunesse frivole en quête d’un peu plus de constance.

 

Qui mieux qu’une compagnie versaillaise pouvait monter l’Importance d’être constant ? Il est, dans le climat particulier de cette ville, où les gens bien nés excellent dans l’entre-soi des rallyes, un air de famille avec la haute société londonienne que dépeint Oscar Wilde, avec un délicieux anticonformisme et un beau sens de la formule.


La pièce de Wilde nous entraîne dans le petit monde de deux amis londoniens, dont les parties de campagne sont l’occasion d’histoires de cœur surannées. Astrid Hauschild nous en propose une adaptation quelque peu actualisée, dans un décor warholien aux couleurs acidulées, en une efficace mise en scène, préférant le tango au rock à quatre temps.


Sa troupe sert le texte délicieux, que l’on ne présente plus, du très raffiné auteur anglais. Dans cette interprétation, les personnages les plus émouvants, les plus irrésistibles, sont les seconds rôles, brillamment composés : Clémence Carayol joue une Miss Prism très collet monté, nerveuse, dont la rigidité peine à cacher une vulnérabilité ; Matthieu Hornuss, un révérend Chasuble emprunté, à l’affectivité adolescente, engoncé dans son col (français) ; sans oublier Alban Ritz, tantôt en domestique distingué à la ville, tantôt valet débraillé et lourdaud à la campagne. Boris Ravaine campe un Algernon aux manières affectées, en insupportable jeune aristocrate désœuvré. Son comparse, Jean-Hugues Courtassol, un jeune et riche Jack bien malmené par une double vie qu’il ne sait maîtriser.


Cette interprétation, somme toute classique, conserve à la pièce son contexte, et montre aussi combien la futilité des jeunes gens riches et leurs préoccupations superficielles demeurent intemporelles. Aujourd’hui, leur prétention n’est plus guère de naissance, et l’emprise de la mode et la rigidité des convenances prennent de nouvelles formes. La noblesse de sang a été remplacée par une autre, celle de la jet-set, des traders et autres jeunesses dorées et futiles, qui suivent le rêve chimérique de troquer leur versatilité contre un peu plus de constance. Et ce n’est ni la chute de la roupie ni la faillite de leurs pairs qu’ils ont à craindre, mais c’est tout comme… Il aurait d’ailleurs été d’une grande originalité de placer un peu plus cette pièce à notre époque, lui donnant une irrévérence plus actuelle. 


Olivier Pradel

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


L’Importance d’être constant, d’Oscar Wilde

Compagnie L’Air de rien • 1, promenade Venezia • 78000 Versailles

constant@lairderien.org

www.lairderien.org

Traduction : Astrid Hauschild, Magali Prampolini

Mise en scène : Astrid Hauschild

Assistante à la mise en scène : Magali Prampolini

Avec : Kévin Amadio (Lane, Merriman), Clémence Carayol (Miss Lætitia Prism), Claire Chauchat (Gwendolen Fairfax), Jean-Hugues Courtassol (John Worthing), Astrid Hauschild (Cecily Cardew), Matthieu Hornuss (révérend Chasuble), Nathalie Moreau (Lady Augusta Bracknell), Boris Ravaine (Algernon Moncrieff), Alban Ritz (Lane, Merriman)

Chorégraphie : Céline Pernas

Scénographie : Jérôme Delmas

Affiche : Lætitia Lamblin

Photo : © Thomas Sanchez

Théâtre du Lucernaire • 53, rue Notre-Dame-des-Champs • 75006 Paris

Réservations : 01 45 44 57 34

Du 3 septembre au 26 octobre 2008, du mardi au samedi à 18 h 30, dimanche à 17 heures, relâche le lundi

Durée : 1 h 20

20 € | 15 € | 10 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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