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8 avril 2005 5 08 /04 /avril /2005 18:49

Le précipice du désir


Par Vincent Cambier

Les Trois Coups.com


Hafa veut dire, en arabe, « précipice ». C’est un endroit que beaucoup de Marocains connaissent. Et pour cause. De là, ils voient parfaitement le rocher de Gibraltar, comme un espoir d’Europe, mère de tous leurs fantasmes d’ailleurs, cette utopie où on vit forcément une vie idyllique, comparée à la leur. C’est du moins ce que croient les clandestins qui s’entassent près de l’hafa avant de partir.

l-hafa-72dpi-gc.jpgMais cet hafa peut être interprété aussi comme le symbole du désir d’autre chose, que nous avons tous plus ou moins.

Dans la pièce, Hamouda (le fils) a bien cette envie incessante d’Europe. Ses yeux se portent souvent vers l’au-delà bleuté de son horizon limité. Il souffre et s’étiole lentement. À l’opposé, son frère incarne un glandeur royal, qui égrène distraitement des notes sur sa guitare. La mère, elle, masque sous un dynamisme débordant ses deux plaies saignantes : elle s’inquiète pour Hamouda et ne reconnaît plus Jo, le mari qu’elle a aimé. Ce dernier, aveugle, concentre en lui toute l’amertume et tout l’humour du monde. Arrive une touriste étrangère égarée, joyeuse et triste…

Comme on le voit, la pièce est forte et actuelle par les thèmes qu’elle brasse. Le texte est pétri de sensibilité et de lucidité, et d’une efficacité théâtrale évidente.

La mise en scène de Ruud Gielens veille judicieusement à mettre le verbe et les comédiens en valeur. Ceux-ci peuvent ainsi mâcher tout le suc des mots.

Mohamed Bari et Zouhair ben Chikha (les deux frères) sont crédibles, mais jouent un peu mollement. Sara Vertongen, emplie d’énergie, est une mère et une femme à l’abattage certain, cousu de mélancolie. Mourade Zeguendi (Jo, l’aveugle) m’impressionne par sa justesse. Quant à Katrien Declercq (la touriste), elle me stupéfie par sa faculté à passer de l’optimisme le plus béat à la tristesse la plus sombre d’un instant à l’autre. 

Vincent Cambier


L’Hafa, de Hosni Zahri et Ruud Gielens

Théâtre de Galafronie a.s.b.l. (Pascale Van Bressem)
• 41, rue des Coteaux • 1210 Bruxelles

Tél. +32 2 217 88 08 – télécopie +32 2 217 32 70

Courriel : galafronie@skynet.be

Mise en scène : Ruud Gielens

Avec : Mohamed Bari, Zouhair ben Chikha, Katrien Declercq,
Sara Vertongen et Mourade Zeguendi

Chapelle des Pénitents-Blancs • place Principale • Avignon

Jeudi 31 mars à 20 heures et vendredi 1er avril 2005 à 14 h 30

6 € et 3 €, pass 15 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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