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9 avril 2005 6 09 /04 /avril /2005 18:29

Une sublime provocation


Par Vincent Cambier

Les Trois Coups.com


Ce spectacle a été donné, le 3 avril 2005, dans le cadre des « scènes ouvertes » des VIe Rencontres théâtres banlieues et aux Trois Pilats, la scène la plus joliment intimiste d’Avignon.

george-et-sand-72dpi-gc.jpgD’abord. D’abord, de jolies couleurs. Des costumes noirs, des sièges rouges, des visages blancs. Un pianiste en redingote et gilet, grand style, qui joue, peut-être, le 6e prélude en si mineur, de Chopin. Une scène et des éclairages chauds, moirés d’ocre. Je me sens bien, à l’abri. La messe peut commencer.

Au soir mélancolique et gris de sa vie, George Sand, vieille, tranquille et fatiguée, est soudain apostrophée par son double, de quarante-deux ans son cadet : « Je suis ta jeunesse, mon George ! » Cette jeune femme lui demande des comptes. Âprement. Ironiquement. La bataille risque d’être rude. Combien de rêves avons-nous trahis ? Combien de regrets aigres, étriquant notre cœur et rétrécissant notre corps, avons-nous accumulés ? De combien de renoncements avons-nous gagé notre âme ? De combien de violences avons-nous blessé notre bonheur ? George Sand le sait, elle, qui dit : « Nous avions rêvé d’une autre mort. »

Le texte de Thierry Debroux, magnifique et bouleversant, est tissé d’humour : « une femme qui rêve de changer de parfum rêve de changer de mari » ; maillé de sagesse : « que peut-on comprendre de la mort quand on a quatre ans ? » ; brodé de lucidité : « ce sont toujours les êtres faibles qui nous dominent ». L’œil du tisserand est toujours aigu : « Musset a travaillé toute sa vie au suicide de son intelligence. » L’aiguille, acérée, est trempée dans l’acide : « Le public ne s’amuse des critiques que si elles sont méchantes. » Mais l’étoffe est également couturée, parfois, d’une venimeuse cruauté : « Cette grosse dinde de Solange […] Robespierre des roses ! » Rapiécée, aussi, d’une tristesse lasse : « Tous sont morts, tous m’ont abandonnée. » Pour être ravaudée, « comme une sublime provocation », par une fulgurance finale : « Ma seule drogue à moi, c’est l’encre dont je barbouille mes livres. » « Ite, missa est ! », la messe est dite, George peut partir, doucement, vers sa mort. Réconciliée.

Nadj Boughalem (George Sand âgée) porte bien la vieillesse et la mélancolie de la Bonne Dame de Nohant. Mais son jeu est inégal, manque encore de précision, d’une diction affûtée, d’une émotion venue de l’intérieur. En revanche, Silvia Cimino (George Sand jeune) convainc par la pétillance nacrée, la vivacité vermillon de son jeu multicolore. 

Vincent Cambier


George et Sand, extrait de Sand la scandaleuse
de Thierry Debroux

Mise en forme : Silvia Cimino

Avec : Nadj Boughalem et Silvia Cimino

Musicien : Sylvain Souret

Lumières : Philippe Bercot

Le 3 avril 2005 à 16 h 30 à L’Entrepôt • 1 ter, bd de Champfleury • Avignon

6 € et 3 €, pass 15 €

Le 4 avril 2005 à 19 h 30 au Théâtre des Trois-Pilats
• 18, place des Trois-Pilats • Avignon

Tél. 04 90 85 67 74

Courriel : lestroispilats@wanadoo.fr

Ce spectacle va être rejoué les 27 et 28 juin 2005 à

Compagnie Mises en scène • 1, rue de Bône – BP 286 • 84011 Avignon Cedex 1

Tél. 04 90 88 47 71

Télécopie : 04 90 89 61 61

Courriel : mises.en.scene@wanadoo.fr

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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