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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
Enthousiasmante surprise !
Pour moi, cette soirée avait un vrai petit goût de rentrée des classes. Je n’étais pas allée au théâtre depuis le mois de juin et jamais au pourtant célèbre Théâtre des Célestins de Lyon. Menu du jour : Marivaux. « La Seconde Surprise de l’amour », mise en scène du non moins célèbre Luc Bondy. Voilà (enfin !) une rentrée décalée, décapante, délicieuse. J’en redemande.
Mais, attention, le sujet est grave. La marquise traverse une interminable période d’affliction. Elle se drape dans sa
douleur, dignement enrobée de mousseline noire. Elle se complaît dans son chagrin : son cher mari est mort, à peine un mois après leur nuit de noces. Compatissons. Pour nous y aider, le
plateau est à l’image de sa peine, épuré. Parquet noir, estrade floue, sur laquelle deux maisonnettes obscures sont juchées. Le tout entouré d’un cadre lumineux bordé de tulle, noir. Seul le
bras de la marquise apparaît à travers ce qui ressemble à une porte, tandis qu’elle bégaye et larmoie sa peine à sa servante, Lisette. Nous voici donc en plein deuil. Mais la dévouée et
malicieuse Lisette est bien décidée à sauver sa maîtresse d’un tel gouffre sentimental et à puiser dans ce « vivier » qu’est l’humanité pour rendre la marquise à la vie et se servir
au passage. D’ailleurs, la ligne blanche qui traverse la scène nous laisse penser que l’épreuve sera bientôt dépassée. L’allure de Lisette aussi. Une servante étrangement contemporaine,
pimpante : carré plongeant, robe sixties blanche, talons aiguilles et bas noirs, tout un programme…
Ces menus indices ne sont que les prémices d’une mise en scène vraiment décapante de Luc Bondy, qui ne déçoit à aucun moment, car elle parvient à mettre au jour la surprenante modernité du texte de Marivaux. L’humour de ce dernier apparaît dès les cinq premières minutes, grâce notamment à un rafraîchissement des décors et des costumes, servi par un jeu léger et pétillant des comédiens, qui n’hésitent pas à user de tous les registres et de toutes les mimiques possibles, sans jamais tomber dans la caricature ou le grotesque. Le chevalier, interprété par l’excellent Micha Lescot, devient un dandy maniéré, agaçant, susceptible et distrait à la fois, littéralement irrésistible.
On assiste alors à une intrigue rondement menée et plus complexe qu’on ne le soupçonne au départ, quoiqu’on puisse
déplorer quelques longueurs par moments. Mais chaque personnage parvient à trouver une place de choix. Le couple de valets composé de Lubin et Lisette n’est pas relégué au second plan et laisse
à voir quelques savoureux moments de burlesque pur, drôles et doux à la fois. Quant à celui composé de la marquise et de son chevalier, on s’en délecte avec gourmandise, ces deux-là vont bien
« se faire l’amitié de s’épouser par amour », ça se voit.
Cette pièce est à mon sens une réussite. D’abord parce que le texte de Marivaux est sublimé par la mise en scène audacieuse et enlevée de Luc Bondy. Ensuite, parce qu’on sent que les comédiens qui sont sur scène devant nous jubilent, chacun leur tour, dans leur registre. Enfin, et peut-être surtout, parce que tout dans ce spectacle est accessible à chacun d’entre nous. Inutile d’avoir potassé son sujet pour sentir la modernité de la pièce, pour rire franchement, non sans un soupçon d’autodérision d’ailleurs (« Ah ! que les femmes sont inconcevables ! »), bref, pour éprouver un vrai plaisir. La cerise sur le gâteau, c’est qu’il durera deux heures. ¶
Maud Sérusclat
Les Trois Coups
La Seconde Surprise de l’amour, de Marivaux
Mise en scène : Luc Bondy
Dramaturgie : Dieter Sturm
Assistanat à la mise en scène : Sophie Lecarpentier
Avec : Pascal Bongard, Audrey Bonnet, Roger Jendly, Roch Leibovici, Micha Lescot, Marie Vialle
Costumes : Moidele Bickel
Collaboration aux costumes : Amélie Hass
Son : André Serré
Maquillages, coiffures : Cécile Kretschmar
Collaboration artistique : Geoffrey Layton
Décor et lumières : Karl-Ernst Herrmann
Assistanat au décor et aux lumières : Claudia Jenatsch, Jean-Luc Chanonat
Théâtre des Célestins • 4 rue Charles-Dullin • 69002 Lyon
Réservations : 04 72 77 40 00
Du 8 au 26 octobre 2008 à 20 heures, les dimanches à 16 heures
Durée : 2 heures
De 7,50 € à 32 €
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