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6 octobre 2008 1 06 /10 /octobre /2008 19:18

Faure ne badine pas
avec Musset


Par Julie Olagnol

Les Trois Coups.com


C’est en noir et sur une prairie verdoyante que les héros romantiques d’Alfred de Musset discutent d’honneur, de vanité et de grands sentiments dans une version extrêmement fidèle d’« On ne badine pas avec l’amour ».

« Tous les hommes sont menteurs, inconstants, faux, bavards, hypocrites, orgueilleux ou lâches, méprisables et sensuels ; toutes les femmes sont perfides, artificieuses, vaniteuses, curieuses et dépravées […], mais il y a au monde une chose sainte et sublime, c’est l’union de deux de ces êtres si parfaits et si affreux. » On ne badine pas avec l’amour est peut être l’une des seules pièces de théâtre dont on retient à la lecture autant de citations. Certainement parce qu’elles sont d’une violence superbe. Ou simplement parce qu’elles nous parlent encore aujourd’hui.

Perdican aime Camille. Camille aime Perdican. Le père du jeune homme, également oncle de la jeune fille, se fait un plaisir de les marier. Mais autant Perdican, brillant étudiant, est léger, autant Camille, tout juste sortie du couvent, est grave. Lui gambade dans la nature et connaît le nom de toutes les fleurs. Elle a écouté une religieuse lui narrer les blessures de son cœur et a l’intention de prendre le voile.

« Si nous sommes deux personnes comme les autres, combien de temps allons-nous nous aimer ? Il n’y a pas d’amour éternel », semble interroger l’héroïne. Naïf et pas très futé, Perdican ne comprendra pas la décision de sa belle, qui, sous couvert de la religion, préfère taire son amour plutôt que de risquer d’y perdre des plumes. Blessé dans son ego par cette bien-aimée insensible et glaciale, le héros éconduit cherchera les faveurs de sa sœur de lait et déposera le cœur ardent de la paysanne sur le bûcher de la vanité et de l’orgueil.

© Bruno Amsellem | Editing

Rien dans la mise en scène de Philippe Faure ne trahit le texte, l’intension ou l’atmosphère initiale. Seuls le décor – une prairie de gazon verdoyant pour terrain de jeu aux ébats des uns, aux querelles des autres –, les costumes – noirs et des plus sobres – et les cheveux très courts de Camille rappellent l’universalité du propos et laissent oublier que la pièce a près de deux cents ans. Dans un jeu de lumières, de musiques et d’escaliers, vont et viennent – tantôt doucement, tantôt à vive allure – les protagonistes vers leur perte.

Philippe Faure rend aussi plus pertinente la critique virulente de la religion avec Me Bridaine et Me Blazius, otages de leur ventre et de leur gosier bien en pente, et davantage enclins à la gourmandise et à l’ivrognerie qu’à la prière. De même, il rend perceptible la critique habile des monastères, où se retirent du monde celles et ceux qui n’y trouvent pas leur bonheur et préfèrent se réfugier dans la pudibonderie et la vertu, à l’instar de Dame Pluche.

« J’ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois, mais j’ai aimé. » Et comment peut-on se sentir parfaitement humain et totalement vivant sans aimer ? Comment peut-on aimer vraiment quand on estime que toute histoire a une fin ? Comment peut-on envisager l’amour comme une illusion dont il faut se protéger ? Autant de questions qui restent, encore à notre époque, un mystère pour certains, une évidence pour d’autres, un problème pour tous.

Une vraie réussite. Mais aurait-il pu en être autrement d’une aussi jolie pièce ? 

Julie Olagnol


On ne badine pas avec l’amour, d’Alfred de Musset

Mise en scène : Philippe Faure

Assisté d’Emmanuel Robin

Avec : Pascal Carré, Claudine Charreyre, Anne Comte, Olivier Hémon, Jean-Claude Martin, Gilles Olen, Marc Voisin

Scénographie, costumes : Alain Batifoulier

Réalisation des costumes : Mathilde Grébot

Création lumière : Jean Tartaroli

Régie générale : Sébastien Béraud

Régie plateau : Laurent Patissier

Direction technique : Gilles Vernay

Équipe technique : la Croix-Rousse/scène nationale de Lyon

Production : la Croix-Rousse/scène nationale de Lyon

Théâtre de la Croix-Rousse • place Joannès-Ambre • 69 317 Lyon cedex 04

Réservations : 04 72 07 49 49

Du 1er au 4 octobre 2008 à 20 heures et le dimanche 5 octobre 2008 à 15 heures

Durée : 1 h 40

5 € (tarif unique)

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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commentaires

Luna 26/04/2011 08:27




J'aime beaucoup Alfred de Musset, surtout "On ne badine pas avec l'amour" et "Lorenzaccio"...C'est comme écouter du Mozart : c'est "classique" mais avec la liberté en plus, et j'adore ça !


Je viens d'ailleurs tout juste de publier mon avis sur "On ne badine pas avec l'amour".


 


Joli article, je reviendrais ;)


Bonne continuation !!




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