Faure ne badine pas avec Musset
C’est en noir et sur une prairie verdoyante que les héros romantiques d’Alfred de Musset discutent d’honneur, de vanité et de grands sentiments dans une version extrêmement fidèle d’« On ne badine pas avec l’amour ».
« Tous les hommes sont menteurs, inconstants, faux, bavards, hypocrites, orgueilleux ou lâches, méprisables et sensuels ; toutes les femmes sont perfides, artificieuses, vaniteuses, curieuses et dépravées […], mais il y a au monde une chose sainte et sublime, c’est l’union de deux de ces êtres si parfaits et si affreux. » On ne badine pas avec l’amour est peut être l’une des seules pièces de théâtre dont on retient à la lecture autant de citations. Certainement parce qu’elles sont d’une violence superbe. Ou simplement parce qu’elles nous parlent encore aujourd’hui.
Perdican aime Camille. Camille aime Perdican. Le père du jeune homme, également oncle de la jeune fille, se fait un plaisir de les marier. Mais autant Perdican, brillant étudiant, est léger, autant Camille, tout juste sortie du couvent, est grave. Lui gambade dans la nature et connaît le nom de toutes les fleurs. Elle a écouté une religieuse lui narrer les blessures de son cœur et a l’intention de prendre le voile.
« Si nous sommes deux personnes comme les autres, combien de temps allons-nous nous aimer ? Il n’y a pas d’amour éternel », semble interroger l’héroïne. Naïf et pas très futé, Perdican ne comprendra pas la décision de sa belle, qui, sous couvert de la religion, préfère taire son amour plutôt que de risquer d’y perdre des plumes. Blessé dans son ego par cette bien-aimée insensible et glaciale, le héros éconduit cherchera les faveurs de sa sœur de lait et déposera le cœur ardent de la paysanne sur le bûcher de la vanité et de l’orgueil.
© Bruno Amsellem | Editing
Rien dans la mise en scène de Philippe Faure ne trahit le texte, l’intension ou l’atmosphère initiale. Seuls le décor – une prairie de gazon verdoyant pour terrain de jeu aux ébats des uns, aux querelles des autres –, les costumes – noirs et des plus sobres – et les cheveux très courts de Camille rappellent l’universalité du propos et laissent oublier que la pièce a près de deux cents ans. Dans un jeu de lumières, de musiques et d’escaliers, vont et viennent – tantôt doucement, tantôt à vive allure – les protagonistes vers leur perte.
Philippe Faure rend aussi plus pertinente la critique virulente de la religion avec Me Bridaine et Me Blazius, otages de leur ventre et de leur gosier bien en pente, et davantage enclins à la gourmandise et à l’ivrognerie qu’à la prière. De même, il rend perceptible la critique habile des monastères, où se retirent du monde celles et ceux qui n’y trouvent pas leur bonheur et préfèrent se réfugier dans la pudibonderie et la vertu, à l’instar de Dame Pluche.
« J’ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois, mais j’ai aimé. » Et comment peut-on se sentir parfaitement humain et totalement vivant sans aimer ? Comment peut-on aimer vraiment quand on estime que toute histoire a une fin ? Comment peut-on envisager l’amour comme une illusion dont il faut se protéger ? Autant de questions qui restent, encore à notre époque, un mystère pour certains, une évidence pour d’autres, un problème pour tous.
Une vraie réussite. Mais aurait-il pu en être autrement d’une aussi jolie pièce ? ¶
Julie Olagnol
Les Trois Coups
On ne badine pas avec l’amour, d’Alfred de Musset
Mise en scène : Philippe Faure
Assisté d’Emmanuel Robin
Avec : Pascal Carré, Claudine Charreyre, Anne Comte, Olivier Hémon, Jean-Claude Martin, Gilles Olen, Marc Voisin
Scénographie, costumes : Alain Batifoulier
Réalisation des costumes : Mathilde Grébot
Création lumière : Jean Tartaroli
Régie générale : Sébastien Béraud
Régie plateau : Laurent Patissier
Direction technique : Gilles Vernay
Équipe technique : la Croix-Rousse/scène nationale de Lyon
Production : la Croix-Rousse/scène nationale de Lyon
Théâtre de la Croix-Rousse • place Joannès-Ambre • 69 317 Lyon cedex 04
Réservations : 04 72 07 49 49
Du 1er au 4 octobre 2008 à 20 heures et le dimanche 5 octobre 2008 à 15 heures
Durée : 1 h 40
5 € (tarif unique)
Les Trois Coups, c’est un journal en ligne, bien sûr. Mais c’est aussi une association, qui a besoin d’être soutenue par des adhérents.
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« Depuis notre débat sur le Off d’Avignon, j’ai eu l’occasion de “lire” votre site critique, et j’en ai été très heureux. Parce que j’apprends des choses dont les médias parisiens ne m’informent pas et parce que les critiques sont de bonne qualité. Continuez bien ! Tous mes vœux à vous et aux “Trois Coups” ! Amicalement. » Gilles Costaz, critique dramatique à “Paris-Match”, “les Échos”, “Politis”, “le Magazine littéraire”, “l’Avant-scène Théâtre”…
« Nous tenions à vous dire bravo, nous applaudissons des deux mains, votre site est admirablement bien fait. Vous (toute l’équipe) aimez le théâtre et vous savez faire partager votre passion… » Marie-Céline Nivière et Dimitri Denorme, “Pariscope”, rubrique « Théâtre »
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