Perplexe…
Dernier volet du « Triptyque du pouvoir » mis en scène par Guy Cassiers, « Atropa . La vengeance de la paix » joue l’agonie du pouvoir au Théâtre de la Ville. Un grand déploiement de moyens, une extrême sobriété de jeu et un élan global plutôt statique laissent une impression étrange, des sentiments contradictoires…
Tom Lanoye est flamand, il écrit cette pièce en néerlandais (surtitrée en français au Théâtre de la Ville) et en
alexandrins. Il s’est inspiré des tragédies grecques d’Euripide et d’Eschyle, des tragiques répliques contemporaines de MM. Bush et Rumsfeld, ou encore du journaliste et diplomate italien
Curzio Malaparte. La guerre de Troie a eu lieu, Agamemnon est face à ses victimes, six femmes. Il s’est gargarisé de son pouvoir jusqu’à l’empoisonnement, il chute désormais. Les discours et la
force des femmes meurtries finissent de l’ensevelir dans une solitude hantée.
Les personnages féminins luttent pour accomplir leurs desseins. Elles les veulent les plus justes, les plus vengeurs, après avoir été elles-mêmes saccagées par la guerre. La guerre, cet homme, toujours sûr d’être dans son bon droit. Le parallèle entre Antiquité et actualité se fait naturellement : nous pensons à la guerre en Irak (et à toutes les autres, les guerres se ressemblent…). « Pour le bien » et « contre le mal » reviennent souvent, la ville amputée de ses tours aussi, une justification obsolète à la déclaration de guerre (une femme ! cette Hélène !), le choc des cultures dangereux auquel il faut trouver une solution définitive (finale, peut-être), ou encore cette kamikaze d’Iphigénie : « J’offre ma vie à ma patrie […], les Grecs doivent régner sur les barbares et non les barbares sur les Grecs »… Ça ne vous dit rien ?
Le texte est riche, poétique, les comédiens sont bons et investis, la mise en scène est intelligente et cohérente, alors pourquoi ces sensations d’énervement, d’ennui puis d’attraction pour ce spectacle ? Beaucoup d’esthétisme peut ravir les yeux et embêter l’esprit. Les comédiens jouent de façon très contenue, ils ont un micro et chuchotent parfois, souvent. Le réalisme de l’émotion est assuré, presque cinématographique, les mouvements sont rares et laissent la place à l’intensité du texte… Il est certain aussi que l’après-guerre pèse et vide d’énergie… Mais pendant deux heures et vingt minutes ! Dans un théâtre ! Avec des gens pour regarder d’autres gens en vrai, sur une scène, à plusieurs mètres d’eux. Le théâtre, ce n’est plus seulement deux tréteaux, une planche, des comédiens et un public, mais quand même, que reste-t-il de ce spectacle sans la machinerie ? La question n’a peut-être pas lieu d’être, mais je me la suis posée.
Après cette interrogation agacée est venue la lassitude, encore un truc à la mode où il faut être très intelligent pour être captivé. Puis l’intérêt a pointé son nez dans la deuxième partie pour ne plus repartir. La rencontre entre les six femmes, puis le dernier entretien d’Agamemnon avec son épouse, Hécube, sont tout à coup plus palpitants. C’est le dénouement de la pièce, où les destins s’affirment. L’Humanité nous parvient alors dans tous ses paradoxes, toute sa détermination têtue, et nous voulons savoir jusqu’où elle peut aller, encore. ¶
Claire Néel
Les Trois Coups
Atropa. La Vengeance de la paix, de Tom Lanoye
D’après Euripide, Eschyle, George W. Bush, Donald Rumsfeld, Curzio Malaparte
La Toneelhuis • Komedieplaats 18 • 2000 Anvers • Belgique
04 90 27 14 31 | télécopie 04 90 85 93 50
Mise en scène : Guy Cassiers
Avec : Katelijne Damen, Gilda De Bal, Vic De Wachter, Abke Haring, Marlies Heur, Ariane Van Vliet
Dramaturgie : Erwin Jans
Concept esthétique et scénographie : Enrico Bagnoli, Diederik De Cock, Arjen Klerkx
Costumes : Tim Van Steebergen
Contribution vocale : Marianne Pousseur
Photo : C. Koenbroos
Théâtre de la Ville • place du Châtelet • 75004 Paris
Réservations : 01 42 74 22 77 | 01 53 45 17 17
www.theatredelaville-paris.com
Du 6 au 10 octobre 2008 à 20 h 30
Durée : 2 h 20
23 € | 16,50 € | 12 €
« Les Trois Coups », c’est un journal en ligne, bien sûr. Mais c’est aussi une association, qui a besoin d’être soutenue par des adhérents.
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« Depuis notre débat sur le Off d’Avignon, j’ai eu l’occasion de “lire” votre site critique, et j’en ai été très heureux. Parce que j’apprends des choses dont les médias parisiens ne m’informent pas et parce que les critiques sont de bonne qualité. Continuez bien ! Tous mes vœux à vous et aux “Trois Coups” ! Amicalement. » Gilles Costaz, critique dramatique à « Paris-Match », « les Échos », « Politis », « le Magazine littéraire », « l’Avant-scène Théâtre »…
« Nous tenions à vous dire bravo, nous applaudissons des deux mains, votre site est admirablement bien fait. Vous (toute l’équipe) aimez le théâtre et vous savez faire partager votre passion… » Marie-Céline Nivière et Dimitri Denorme, « Pariscope », rubrique “Théâtre”
« “Les Trois Coups”, c’est une pépinière de critiques. Ils sont acteurs, étudiants […], tous raides amoureux de théâtre. Une quarantaine à aller au théâtre et à écrire sur les spectacles. » Jean-Pierre Thibaudat, « Rue 89 », blog “Balagan”
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