Lundi 6 octobre 2008

 

Une ferme des concombres appétissante


Patrick Robine brosse des univers singuliers. Dans ce nouveau monologue, il nous mène dans un ailleurs improbable. Une histoire qui ne manque pas de charme, mais qui peut laisser mi-figue mi-raisin.


« En 1976, la sécheresse faisait des ravages, les vents d’Afrique remontaient jusque dans les hangars à tabac, il faisait une chaleur épouvantable… J’étais avec ma famille, on rentrait de Woodstock à pied, on a mis sept ans à rentrer… » : nous voilà donc partis en compagnie d’une bande d’allumés tout droit sortie des années hippies. Sauf que Robine est seul en scène, sur le plateau nu du Théâtre du Rond-Point, pour nous raconter, sous forme d’épopée extraordinaire, la quête d’une ferme de concombres en plein désert – en somme un paradis sur terre.


Arpenteur inlassable de contrées imaginaires, le comédien nous fait bel et bien voyager. Il n’est pas en reste pour animer les scènes cocasses auxquelles participent une cucurbitologue, un serrurier-chamane, l’insupportable savant M. Je-sais-tout… Pas besoin de décors ou d’accessoires. Mettant son corps et sa voix au service des personnages, des animaux, des plantes, des objets, il imite comme personne l’œuf au plat ou le frémissement des grands séquoias à la tombée du soir. Là, il s’improvise chameau de Mogadiscio. Entre autres !


En une heure de temps, on traverse un monde totalement surréaliste. Vous saviez, vous, comment se prépare le succulent plat de l’hippocampe à l’auvergnate en crapaudine ? De grands éclats de rire fusent parmi le public. Bien que décalé, Robine est considéré comme un comique à part entière.


© Brigitte Enguérand


Sa drôlerie n’est pas dénuée de tendresse. Cette quête familiale lui a été inspirée par un père aussi fantasque que lui. Sur ses traces, Robine a emprunté des chemins de traverse. Avant d’être « interprète animalier et botaniste », comme il se présente lui-même, cet acteur autodidacte a été parfumeur, quincaillier, photographe industriel, plongeur dans un cabaret au Canada, maître d’hôtel dans un casino aux Bahamas. Un éclectisme qui contribue à alimenter ses histoires. Il met sa vie incroyable de baroudeur dans des spectacles qui lui ressemblent : la Danse du séquoia, le Naturaliste et le Zootropiste.


Après Pierre Vassiliu ou Pierre Étaix, qui l’ont vivement encouragé à partager ses jeux de mots et ses imitations insolites avec le public, Jean-Michel Ribes ne pouvait qu’être sensible à cet univers loufoque. C’est en effet le directeur du Théâtre du Rond-Point qui le met en scène. Tout en délicatesse.


Comment expliquer, alors, que ces saveurs et ces couleurs ne parviennent pas totalement à prendre forme ? À cause de cette verve délirante, justement. Déjà, associer les termes les plus improbables ne suffit pas à créer de la poésie. Ensuite, cette langue, absurde, allitérative, passe difficilement la rampe. Difficile de suivre ses histoires sans queue ni tête. Passant sans cesse du coq à l’âne – pardon d’un arrache-clou au torero de Toronto –, Robine nous laisse – mi-figue mi-raisin – un peu sur notre faim. Et c’est dommage, car c’était appétissant. 


Léna Martinelli

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


La Ferme des concombres, de Patrick Robine

www.theatredurondpoint.fr

Mise en scène : Jean-Michel Ribes

Avec : Patrick Robine

Théâtre du Rond-Point, salle Roland Topor • 2 bis, avenue Franklin-D.-Roosevelt • 75008 Paris

Métro : Franklin-Roosevelt

Réservations : 01 44 95 98 21

Du 6 septembre au 2 novembre 2008 à 20 h 30, dimanche à 15 h 30, relâche le lundi

Durée : 1 heure

26 € | 16 € | 10 €

Recommander - Ecrire un commentaire - Publié dans : Critiques saison 2008-2009 - Par Les Trois Coups
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