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5 octobre 2008 7 05 /10 /octobre /2008 21:11

Le temps des cerises

 

Au Théâtre Silvia-Monfort à Paris, et ce, malgré le froid ambiant, « la Cerisaie » d’Anton Tchekhov, monté par Jean-Louis Martin-Barbaz, en tournée depuis mai 2007, continue d’offrir ses fruits à un public toujours plus nombreux. Malgré quelques longueurs dans cette représentation sans entracte, la mise en scène dynamique, parfaitement orchestrée grâce à la présence d’un trio de musiciens sublimes et le jeu sincère et émouvant de chacun des comédiens, emporte corps et âme le spectateur au cœur de cette cerisaie, dont il ne supporte bientôt plus la mise en vente.

 

L’histoire se déroule à la fin du xixe siècle, en Russie. Lioubov Andreevna, une femme usée par un mari ivrogne et la noyade de son jeune enfant, fuit un passé trop douloureux et s’exile en France en compagnie d’un amant inconséquent et tyrannique. Cinq ans plus tard, de retour dans sa terre natale, elle est accueillie par toute sa famille, ses amis, ses voisins, et même son vieux majordome, et elle retrouve avec ravissement son domaine et sa magnifique cerisaie, qui lui rappellent l’âge d’or de son enfance. Rien ne semble avoir changé. Pourtant, dans une Russie en pleine mutation socio-économique, Lioubov est aujourd’hui ruinée et doit faire face à une terrible réalité : il faut vendre la cerisaie, et c’est à Lopakhine, fils de moujik émancipé, qu’elle reviendra.

 

© Philippe Guerillot

 

Il y a toujours une certaine appréhension à découvrir une nouvelle adaptation de la Cerisaie. Mise en scène pour la première fois en 1904 au Théâtre d’Art de Moscou par Constantin Stanislavski, l’ultime pièce d’Anton Tchekhov a longtemps été considérée comme injouable en France, avant que Jean-Louis Barrault n’ose le premier, en 1954, en proposer une version française, démontrant ainsi le caractère intemporel et universel de la pièce, qui lui confèrent son statut de chef-d’œuvre. Aujourd’hui encore, la destruction de la cerisaie au profit de constructions modernes, plus rentables, fait écho à la course au progrès effrénée de notre société en perte de repères.


Entre tragédie et vaudeville, l’histoire, simple en apparence, offre en réalité plusieurs niveaux de lecture, tous abordés avec beaucoup de finesse dans cette mise en scène. En toile de fond s’imprime, par un habile jeu de lumières, le contexte historique de la pièce. Les costumes d’époque habillent merveilleusement le caractère de chacun, et chaque élément du décor évoque le paradis perdu que représente la cerisaie. Ainsi, un cheval de bois, sur lequel s’amusent tour à tour les personnages, symbolise-t-il l’enfance, et les valises, omniprésentes sur le plateau, pèsent-elles comme une menace de départ imminent. Telle un écho de ces évocations, la musique traduit avec élégance, via les violon, violoncelle et trompette, les non-dits du texte.

 

© Philippe Guerillot

 

Quant aux dix-sept (!) comédiens, ils parviennent tous, sans exception, à faire exister leur personnage, à tel point que le spectateur finit par se convaincre qu’il les connaît personnellement. Qu’il s’agisse de Chantal Déruaz, magistrale dans son rôle de Lioubov, Fiona Chauvin, sa jolie fille, Émilie Cazenave, à la fois touchante et agaçante lorsqu’elle interprète Varia, Patrick Simon, le fils de moujik fortuné, Bernard Jousset, l’attachant majordome, Carole Malinaud, magicienne joyeuse en demande d’affection, Sol Espeche, ravissante Douniacha, ou encore son séduisant amant, Lacha, interprété par Benjamin Tholozan… Tous font et défont la Cerisaie avec un égal talent, chose rare dans une troupe, surtout si nombreuse.


C’est donc dans son ensemble que la pièce convainc et séduit, rendant ainsi hommage à son auteur, et au théâtre en général, puisqu’elle laisse son public ému et pensif. En effet, « nous avons tous une cerisaie dans la tête et ses racines nous broient le cœur ». Cette citation de Jean-Louis Martin-Barbaz, metteur en scène de la pièce, résume parfaitement ce que seule une fine lecture du texte d’Anton Tchekhov permet de ressentir. Car la Cerisaie, c’est avant tout notre jardin secret, au travers duquel on ose voyager le temps d’une balade sous les cerisiers. 


Johana Boudoux

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


La Cerisaie, d’Anton Tchekhov

Le Studio (Cie Jean-Louis-Martin-Barbaz) • 3, rue Edmond-Fantin • 92600 Asnières-sur-Seine

01 47 90 95 33 | télécopie 01 40 86 93 41

info@studio-asnieres.com

www.studio-asnieres.com

Traduction : André Markowicz et Françoise Morvan

Mise en scène : Jean-Louis Martin-Barbaz

Assistants à la mise en scène : Lucrèce Carmignac et Guillaume Tarbouriech

Avec : Émilie Cazenave, Fiona Chauvin, Amaury de Crayencour, Chantal Déruaz, Sol Espeche, Jean-Pierre Gesbert, Bernard Jousset, Carole Malinaud, Yoann Parize, Charlotte Petitat, Éric Peuvrel, Jonathan Salmon, Benoît Seguin, Patrick Simon, Guillaume Tarbouriech, Benjamin Tholozan et Hervé Van der Meulen

Musiciens du conservatoire à rayonnement régional de Boulogne-Billancourt : Florence Dubois, Simon Kaca et Ivan Koulinov

Direction musicale : Jean-Pierre Gesbert

Chorégraphie : Jean-Marc Hoolbeq

Costumes : Donate Marchand

Assistants costumes : Bruno Marchini et Isabelle Mathieu-Hugot

Décors : Claude Lemaire

Création lumière : Cyril Hamès

Maquillage : Audrey Millon

Réalisation et conception magie : Julien Plegat

Théâtre Silvia-Monfort • parc Georges Brassens • 106, rue Brancion • 75015 Paris

Métro : Porte-de-Vanves (ligne 13)

www.theatresilviamonfort.com

Réservations : 01 56 08 33 88

Du 17 septembre au 2 novembre 2008, les mardi, vendredi et samedi à 20 h 30, les mercredi et jeudi à 19 heures, le dimanche à 16 heures, relâche le lundi

Représentations surtitrées en français pour les publics sourds et malentendants jeudi 2 octobre 2008, dimanche 5 octobre 2008, mardi 7 octobre 2008, mercredi 22 octobre 2008 et vendredi 24 octobre 2008

Durée : 2 h 10

28 € | 15 € | 14 € | 9 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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