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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
Multiples solitudes
« L’Échange ». Encore un Claudel, direz-vous. Après « le Partage de midi » à la Comédie-Française la saison précédente, puis « le Partage de midi » à Avignon cette année… « l’Échange », au Théâtre de l’Aquarium. Ce que ça change ? Pas grand-chose et beaucoup.
En matière de décors, Claudel, c’est encore des voiles, des échelles et des planches de bois, encore du dénuement.
Cependant, cette fois, on a droit à des crachats de feu et des machines musicales. Le feu ? On s’en passerait, c’est plus un effet succédant à d’autres. La musique, en revanche…
Si la ressemblance entre la météorologie et les états mentaux des personnages n’est pas mise en avant, la musique – essentiellement composée de bruits graves ou sombres très rythmés – traduit très bien l’animalité (ou l’instinct supérieur) des protagonistes : elle est essentielle. Les instrumentistes se fondent tout à fait dans le décor et dans la mécanique des cœurs.
S’il fallait résumer Claudel en trois mots, ce serait quoi ? Des hommes déchirés dans le royaume du Seigneur. Ici aussi, mais pas seulement. S’ils sont tous dépassés, et tous convulsés, animés de feu, on hésite sur les raisons. Ainsi, Julie Brochen, incarnant Marthe, paraît plus objet d’une éducation qu’elle ne comprend pas et dont elle ne peut se défaire que servante de Dieu, voire sainte.
Que penser d’ailleurs du début du spectacle où on la voit parler dans le vide alors qu’elle s’adresse à Laine, puis alterne avec quelques regards pour lui, pour nous, comme si nous étions trois avec qui elle ne pouvait pas dialoguer, son discours n’étant destiné en fait qu’à elle-même ? Louis Laine est un peu pareil. Exalté, jeune, énergique, il capte les mots de Pollock et les recrache sans les digérer, aveugle. Ceci est sans doute lié au personnage, mais le choix d’interprétation paraît parfois vacillant. Alors, suivre la lignée des représentations précédentes ? Pratiquer la diction conventionnelle ? Faire une Marthe sainte ou vulgaire ?
Lechy Elbernon, elle (et pour notre plus grand bonheur), est bien définie. Cécile Péricone, dont on pourrait dire qu’elle en fait trop (ce que je ne dis absolument pas), tient à elle seule une bonne partie de la pièce. S’écartant du carcan de la diction « officielle » des mises en scène de Claudel, elle joue un rôle qui s’élance, dans une pièce où elle a tout l’espace pour s’épanouir. En somme, Julie Brochen (la metteuse en scène) nous offre une bonne pièce qui tient tout à fait le coup, bien qu’elle ne soit pas extraordinaire. ¶
Lou Schlaffmann-Amprino
Les Trois Coups
L’Échange, de Paul Claudel, 1re version 1893, éditions Gallimard
Mise en scène : Julie Brochen
Avec : Julie Brochen (Marthe), Fred Cacheux (Thomas Pollock Nageoire), Antoine Hamel (Louis Laine), Frédéric Le Junter (Christophe Colomb Blackwell), Cécile Péricone (Lechy Elbernon)
Regard et oreille : Valérie Dréville
Installations sonores et visuelles : Frédéric Le Junter
Lumières : Olivier Oudiou
Costumes : Sylvette Dequest
Maquillages, coiffures : Catherine Nicolas
Construction et trouvailles : Marc Puttaert
Peintures : Maud Trictin
Direction technique : Dominique Fortin
Régie lumière : Pascal Joris, assisté d’Hervé Gajean
Régie plateau : Marc Puttært
Remerciements à Madeleine Marion, Jean-Pierre Vincent, François Loriquet, Manon Gignoux, et à toute l’équipe du Théâtre de l’Aquarium
Production Théâtre de l’Aquarium, en coproduction avec le Festival d’Avignon, avec la participation artistique du Jeune Théâtre national
Création au Festival d’Avignon, juillet 2007
Théâtre de l’Aquarium | la Cartoucherie • route du Champ-de-Manœuvre • 75012 Paris
01 43 74 72 74 | télécopie 01 43 28 13 60
Réservations : 01 43 74 99 61, du mardi au samedi de 14 heures à 19 heures
Du vendredi 3 au dimanche 25 octobre 2008, du mercredi au samedi à 20 heures, le dimanche à 17 heures
Les samedis 11, 18 et 25 octobre 2008 : concert de Frédéric Le Junter à 19 heures, suivi du spectacle à 21 heures
Durée du spectacle : 2 h 5
20 € | 14 € | 10 € | 11 €
L’Échange en tournée
Théâtre national de Strasbourg du 10 au 20 décembre 2008 et du 6 au 10 janvier 2009
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