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4 octobre 2008 6 04 /10 /octobre /2008 15:42

Beauté glaçante du déclin

 

C’est dans le cadre du « Festival d’automne à Paris » que le Théâtre de la Ville accueille le metteur en scène flamand Guy Cassiers. Son « Triptyque du pouvoir », à l’affiche pour quatre semaines, offre la vision d’un théâtre résolument politique. Et avec « Wolfskers », le second volet, il nous offre un panorama glaçant de trois figures du pouvoir sur le déclin : Hitler, Lénine et Hiro Hito.

 

Wolfskers a été conçu à partir de trois films du réalisateur Alexandre Sokourov, consacrés à ces trois personnages historiques. Cassiers fait le choix du regroupement et du lien en mettant sur scène les trois hommes en même temps. Chacun sur le déclin, à ce moment où le pouvoir fuit, ou a déjà fui, juste avant la fin. Ce choix narratif place son spectacle dans un nécessaire éclatement de l’espace scénique, car si les trois personnages ne quittent jamais le plateau, et se croisent perpétuellement, ils ne se voient pas.


En ce sens, Cassiers a su faire les choix les plus justes, et l’espace qu’il crée sur la scène du Théâtre de la Ville est absolument magnifique. Il nous saisit par une grande harmonie visuelle en termes de couleurs et de matières, et par un bel équilibre du plateau. En définitive, c’est un impeccable esthétisme qui émane de l’ensemble. Le choix d’intégrer la vidéo et le son participe pleinement de cette réussite. La richesse de la scénographie en fait un spectacle total, qui relève tout aussi bien d’une installation d’art contemporain que d’une pièce de théâtre. C’est ainsi que le sous-titrage (le spectacle est joué en néerlandais, sous-titré en français), loin d’être une contrainte linguistique, devient pleinement participatif de ce foisonnement artistique, car il invite, lui aussi, à la multiplication des points de vue.


De leur côté, les personnages ne sont pas en reste. Loin d’endormir son propos, les choix scénographiques de Cassiers servent son questionnement politique. Les contrastes sont saisissants entre la minutie des espaces individuels, confinés, et le fracas d’un déploiement sonore et lumineux, à l’image de la violence chaotique qui agite ces hommes. Les caméras captent les visages au plus près, donnant une vision quasi animale des personnages. Les perspectives et les proportions se trouvent renversées, le détail devient essentiel et les points de vue multiples. En mêlant en permanence dérisoire et grandeur, le metteur en scène nous offre une vision paradoxale de ces trois hommes, qui continuent à jouer le pouvoir quand le pouvoir n’est plus.


Néanmoins, on pourra regretter un certain hermétisme de l’ensemble. Hermétisme dû, peut-être, à cet écran qui sépare la scène et la salle durant la quasi-totalité de la représentation, ou au jeu très intimiste des comédiens, équipés de micros. Il est parfois difficile de se rappeler que ce sont bien des humains, réels, qui jouent devant nous, tant l’interprétation tend vers le cinématographique et tant les comédiens disparaissent parfois derrière le déploiement technique de la scénographie. C’est un esthétisme empreint de lenteur que Cassiers nous propose. Et, s’il est d’une grande beauté, il manque parfois d’enjeux théâtraux, de nœuds dramatiques qui se développent en termes d’actions et de rythme. 


Élise Noiraud

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Wolfskers, de Jeroen Olyslaegers, Guy Cassiers et Erwin Jans, d’après Yuri Arabov et Alexandre Sokourov

Production Toneelhuis | Coproduction LOD

Coréalisation Théâtre de la Ville-Paris

Mise en scène : Guy Cassiers

Avec : Gilda De Bal, Vic De Wachter, Suzanne Grotenhuis, Johan Leysen, Marc Van Eeghem, Jos Verbist, Mickael Vergauwen

Conseiller texte : Tom Lanoye

Compositeur : Dominique Pauwels

Musiciens : Rik Vercruysse, Gorny Constantin

Concept esthétique et scénographie : Enrico Bagnoli, Diederik De Cook, Arjen Klerkx

Création écrans de vidéo : Peter Missoten | De Filmfabriek

Vidéo : Lef Spincemaille

Costumes : Tim Van Steenbergen

Théâtre de la Ville • 2, place du Châtelet • 75004 Paris

Réservations : 01 42 74 22 77

www.theatredelaville-paris.com

Du 30 septembre au 4 octobre à 20 h 30

Durée : 2 heures

12 € | 10,50 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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