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3 octobre 2008 5 03 /10 /octobre /2008 14:06

N’est pas Desproges qui veut


Par Olivier Pansieri

Les Trois Coups.com


Tous les ingrédients étaient pourtant réunis. Une jeune équipe (Caroline Verdu, Antoine Coutrot et Emmanuel de Dietrich) qui prend la direction d’un théâtre parisien et s’assigne la noble tâche d’y défendre la création. Le projet lui-même : cette pseudo-conférence de deux loufoques sur la solennelle idiotie de l’Histoire. Les deux interprètes : Jonathan Manzambi et Sharif Andoura, le « Black » et le « Feuj », tous deux issus des meilleures écoles : T.N.S., Conservatoire… Au service d’un texte certes non-théâtral mais réputé : « Europeana, une brève histoire du xxe siècle », de Patrick Ourednik, mis en scène par Laure Duthilleul, qui jusqu’ici n’avait rien fait de mal. Résultat : une heure (un siècle !) de portes ouvertes consciencieusement mais laborieusement défoncées. Mor-tel !

En bon journalisme, on préconise de toujours d’abord résumer l’action de la pièce avant de la démolir. On comprendra qu’ici on s’abstienne : le colonialisme, les fascismes, le communisme, Hitler, Freud, le M.L.F., le sida, la guerre du Vietnam, le tout en une heure, vous imaginez. Non ? Tant mieux. Allez plutôt voir la Journée des Dupes, qui de ce point de vue porte mal son nom. Au Théâtre 14, on assiste à une vraie leçon d’histoire et de théâtre.

Ici, nous avons deux conférenciers pour rire, qui ne rient pas du tout ni ne font rire. Qu’est-ce qu’ils font ? Les idiots, pour rester poli. Bon. On serait dans l’amphithéâtre du Conservatoire ou du T.N.S. à voir un travail d’élèves, on dirait : « D’accord. Pas mal vu, les gars. Mais tout de même, faites-nous-en un spectacle. On se fait suer, là ! ».

Aux Trois Coups, c’est la grosse question qui revient tout le temps : est-ce que tu mettrais 25 € pour aller voir ça, toi ? Ben franchement… Bon. Pourquoi veux-tu alors qu’un autre le fasse ? Pour soutenir La Pépinière, qui cherche de nouvelles formes d’écriture ? Envoie-leur un chèque. À cause des comédiens, tous deux excellents ? Ça ne suffit pas. Des atrocités, quand même, que dénonce ce texte ?!

À d’autres ! À moins de n’avoir jamais ouvert le moindre livre ni poste de radio ou de télévision, tout habitant de nos contrées normalement inquiet connaît ses atrocités sur le bout des doigts (guerres, génocides, épidémies…). Et cela, dans leurs moindres détails. Que ces détails soient devenus, grâce aux médias, de nouveaux clichés est sans doute une atrocité de plus, mais c’est un fait : on les sait, on les rata-sait !

C’est bien là que le bât blesse dans ce non-spectacle. Ne parvenant à dérider personne avec leur effarante comptabilité de l’horreur, nos deux surdoués finissent par se prendre terriblement au sérieux. Et nous, par bâiller, un comble ! C’est que la « drôlerie » du texte est très relative. L’auteur n’étant hélas ni Desproges, ni Cavanna, ni Céline. Vous me direz : il est lui, c’est déjà pas mal, un excellent essayiste. Qu’il le reste. Achetez le bouquin, et qu’on n’en parle plus.

Si vous êtes en mal de relecture insolente de l’histoire récente, attendez Stuff Happens, de David Hare (ce sera cet été aux Amandiers). Sinon baladez-vous dans notre site, ce ne sont pas les bons spectacles à voir en ce moment qui manquent. Quant aux lieux communs, puisque cette turbulente équipe dit s’y intéresser, que ne monte-t-elle les inépuisables Diablogues de Roland Dubillard ou le délicieux Porte de Montreuil de Léa Fazer ? Ça se joue à deux aussi, mais c’est autrement « virtuose » dans l’art de faire réfléchir. Et de rire ! 

Olivier Pansieri


Europeana, de Patrick Ourednik

D’après Europeana, une brève histoire du vingtième siècle, de Patrick Ourednik, texte français de Marianne Canavaggio (éditions Allia)

www.vingtiemesiecle.fr

Mise en scène : Laure Duthilleul

Avec : Sharif Andoura, Jonathan Manzambi

Musique originale : Bernard Lubat et Fabrice Vieira

Scénographie : Claire Massard et Alain Tchillinguirian

Costumes : Sylvie Gautrelet

Lumières : Laurent Castaingt

Images : Adrien Pierre, Laure Duthilleul

Son : Fabrice Moinet

Assistante à la mise en scène : Émilie Capliez

Pépinière Théâtre • 7, rue Louis-le-Grand • 75002 Paris

Métro : Opéra

Réservations : 01 42 61 44 16

À partir du 26 septembre 2008 à 19 heures, du mardi au samedi

Durée : 1 h 5

25 € | 10 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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commentaires

david durand 05/10/2008 18:11

Bonjour a vous.De quel "feuj", sic, parlez vous ? Si c'est Jonathan Manzambi, c'est bien lui, le " black", Hé oui, Sharif Andoura n'est que Belge.  Renseignez vous au moins un tout petit peu.Pour que tous les Sharif ne soient pas nécessairement noirs, et les Jonathan juif, et les critiques des petits textes aux approximations un rien dérangeantes, aux postulats pour le moins hatifs.Bon vent à vous.

Les Trois Coups 07/10/2008 22:38



Bonjour Monsieur,


Vous avez parfaitement raison : j’ai interverti malencontreusement les noms des deux interprètes [la rédaction a rectifié depuis]. Au début de la représentation Jonathan Manzambi nous a
accueillis d’un jovial « Bonjour ! » et Sharif Andoura d’un tout aussi jovial « Shalom ! ». Sans doute aurais-je du mettre également l’article le entre
guillemets : « le Black », « le Feuj », pour qu’on comprenne bien qu’il s’agissait des personnages qu’ils campaient. Comme on dit « le Censeur », « le
Flatteur » ou « l’Hypocrite » et tout le monde comprend. Vous avez également raison de rappeler que les critiques sont des « petits » textes. Leur brièveté exige en effet
qu’on dise l’essentiel en peu de mots. Je pense l’avoir fait, ne vais donc pas me répéter. Quant aux « postulats pour le moins hâtifs », je vous assure du contraire. Je venais voir ce
travail avec la plus grande joie, je trouvais l’idée excellente et avais entendu dire le plus grand bien de Sharif Andoura, artiste belge donc. J’ai été déçu. Je le dis. C’est tout sauf un
postulat. Si c’est un quelque chose, c’est un avis : le mien. Et il est des moins hâtifs, car, si je m’étais écouté, je serais parti à la cinquième minute de ce pensum
et – à mon avis toujours – j’aurais très bien fait. Au revoir, Monsieur.


Olivier Pansieri












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