La fée Magali a encore frappé
Pour la troisième année, c’est le public qui décide, une fois n’est pas coutume, quelle pièce contemporaine sera montée sur les trois scènes du Val-de-Marne : Ivry, Nogent, Cachan. Cette saison, le jury a élu « Sniper Avenue », de Sonia Ristic. Hier soir, c’était donc la première à la Scène Watteau de Nogent-sur-Marne. Si le texte nous a laissés un peu sur notre faim, ce n’est pas le cas de la mise en scène de Magali Léris. Après son bouillonnant « Willy Protagoras s’est enfermé dans les toilettes », de Wajdi Mouawad, l’an dernier, voici un chant plus intime mais toujours de la même force.
Nous sommes en 1992 pendant le siège de Sarajevo, naguère Babel heureuse. Une famille survit, coincée chez elle à l’image du pays (lequel désormais ?), où plus rien ne fonctionne. Le père Mirsad garde espoir, chahuté par ses trois filles : Amra épouse de Zoran et mère du petit Damir, Sania la rebelle, Nina la fiancée de Balto parti se battre. Dans les rues, on rase les murs. La mort est là, qui guette ses proies au bout de son fusil à lunettes.
Quelques menus reproches sur la structure même de la pièce. Déjà, les scènes d’exposition présentent moins la situation des personnages que celle tragique du pays. On part sur une fausse piste : celle de la pièce-document, du brûlot politique. Et cela d’autant plus volontiers qu’effectivement l’Europe aura surtout brillé par son absence dans ce premier conflit sur son sol depuis la fin de la guerre.
Le texte nous le rappelle utilement : en Bosnie, musulmans et chrétiens étaient des gens comme nous. Leurs jeunesses dansaient sur les mêmes tubes, s’habillaient, pensaient, vivaient à peu près de la même façon que les nôtres. Et souvent en meilleure intelligence ! Jusqu’à ce fatal printemps 1992. N’empêche qu’on met un certain temps à comprendre qui est qui. Cela fait, on doit saluer le talent qu’a Sonia Ristic pour faire parler ses personnages, notamment les femmes et le petit Damir (9 ans), dont elle tire un puissant effet de dénonciation.
Les ruses du gamin pour sortir, celles de sa mère pour lui faire croire (et croire elle-même) que tout est encore « comme avant », les disputes entre les sœurs, tout cela est remarquablement observé, bien écrit et encore mieux joué. Sandy Boizard (Amra), Kim Koolen (Nina) et Fanny Paliard (Sanja) sont toutes les trois fantastiques. Il faut dire, et c’est l’autre « faiblesse » du texte, qu’elles sont nettement mieux servies que les messieurs, sniper compris, qui soliloquent.
Mais peut-être est-ce là aussi le vrai sujet de la pièce : cet infantilisme des hommes, qui, le temps de leurs guerres, laissent aux femmes le soin et la charge des questions vraiment importantes. Encore une fois, ces trois actrices le font admirablement. Que ce soit Nina allant fièrement (et joliment) à son rendez-vous d’amour, Amra préparant son éprouvant gâteau d’anniversaire aux noix rances ou Sanja engueulant sa sœur « décidément trop conne », on y croit dur comme fer.
Je cite comme un sagouin les autres, qui tous les valent mais ont moins l’occasion de le montrer : Corten Perez-Houis (Damir ce soir-là), Philippe Awat (Zoran), Marc Lamigeon (Bato), Rafaël Revès (le sniper) et le grand Serge Maggiani (Mirsad), que c’est toujours un plaisir de voir inventer son texte. Une vraie troupe parfaitement soudée. Que tous les internautes se joignent aux spectateurs, venus nombreux, du Val-de-Marne pour aller applaudir leur très bon travail. ¶
Olivier Pansieri
Les Trois Coups
Sniper Avenue, de Sonia Ristic
Théâtre des Quartiers-d’Ivry, Scène Watteau de Nogent-sur-Marne, Théâtre de Cachan
www.theatre-quartiers-ivry.com
Mise en scène : Magali Léris
Avec : Philippe Awat, Sandy Boizard, Kim Koolen, Marc Lamigeon, Fanny Paliard, Serge Maggiani, Rafaël Revès et (en alternance, les enfants) Léo Couture, Corten Perez-Houis, Ludovic Duplessis
Scénographie : Yves Collet
Lumières : Bruno Rudtmann
Costumes : Dominique Rocher
Son : Jacques Cassard
Scène Watteau • place du Théâtre • 94736 Nogent-sur-Marne
RER E4 : Nogent-Le Perreux
Réservations : 01 48 72 94 94
Du 30 septembre au 4 octobre 2008, du mardi au samedi à 20 h 30
Ensuite en tournée :
Durée : 1 h 15
15 € | 7 €
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