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26 octobre 2004 2 26 /10 /octobre /2004 19:45

Le monde tel qu’il hait


Par Vincent Cambier

Les Trois Coups.com


Une fois de plus, une fois encore, la compagnie Mises en scène porte le fer là où ça fait mal. Là où l’homme travaille, là où l’homme se bat (quelquefois), là où l’homme hait, là où l’homme aime, aussi…

cass-et-grand-72dpi-gc.jpgC’est une soirée revigorante que celle du 22 octobre 2004 où j’ai assisté à la représentation de ce « Cairn », si finement mis en scène par Agnès Régolo, et interprété avec autant de justesse par des comédiens épatants.

En ces temps où beaucoup de gens baissent les bras face au mange-tout mondialiste, où il faut produire et avoir de plus en plus, et être de moins en moins, Cormann nous raconte l’histoire d’un rebelle : Jonas Cairn, ouvrier syndicaliste, « prolo qui pense », capable de « tirer sur la chiasse », donc dangereux.

C’est une litote de dire qu’il a fort à faire, le Cairn ! Car ils ne vont pas se laisser faire ceux d’« en face » ! Le rouleau compresseur est en marche, à peine enrayé par l’histoire d’amour entre Cairn et la fille du patron… Et puis, d’abord, faut pas mélanger les torchons et les serviettes ! 

L’argent réclame de l’argent

Cette pièce d’Enzo Cormann est magnifique et déchirante. Elle nous parle d’un monde « où les hommes se tuent au travail avant de se faire tuer à la guerre » et qui doit obéir, toujours, à un monde où « l’argent réclame de l’argent ». Le monde tel qu’il hait.

Ne croyez pas pour autant que Cairn est bouffi d’« une grandiloquence de merde » ou cousu avec les fils épais d’un manichéisme pataud. Cormann tonne sur ici et maintenant, avec une acuité et une pertinence au rasoir. Et engueule ce « monde invivable » tout en sachant qu’« il n’y en a pas d’autre ».

Bien sûr, il faut une mise en scène et des comédiens qui soient en osmose avec les intentions de l’auteur. C’est le cas, et je crois bien que Cairn est le spectacle de la compagnie Mises en scène que je préfère.

La mise en scène d’Agnès Régolo accompagne, avec la complicité et la connivence d’un frère d’armes, le propos de l’auteur par sa finesse et son énergie.

Christophe Lorion signe un Jonas Cairn d’envergure, bourré d’humanité, d’intelligence et d’humour, au corps musclé de félin blessé, « balafré de rêves d’une autre époque ».

Françoise Baut compose un chien nietzschéen gravement drôle, dont on reparlera longtemps. Nicolas Chatenoud est très crédible en chien de garde teigneux du pouvoir. Catherine Monin étonne en gosse de riche capricieuse.

Quant à Pascal Billon, Nicolas Geny et Thierry Otin, ils interprètent avec classe – et une belle complexité – un trio de salauds particulièrement abjects. 

Vincent Cambier


Cairn, d’Enzo Cormann

Compagnie Mises en scène

Mise en scène : Agnès Régolo, assistée de Michèle Addala

Avec : Pascal Billon, Françoise Baut, Nicolas Chatenoud, Nicolas Geny, Christophe Lorion, Catherine Monin et Thierry Otin

Musique : Guigou Chenevier

Lumières : Stanislas Pierre

Scénographie : DécorAction

Costumes : Fanny Bernadac

Les 21, 22 et 23 octobre 2004 à 20 h 30

L’Entrepôt • 1 ter, boulevard Champfleury • Avignon

Tél. 04 90 88 47 71

LE SPECTACLE VA SE REJOUER EN 2005

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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