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9 décembre 2005 5 09 /12 /décembre /2005 16:33

Le rire pintérien


Par Vincent Cambier

Les Trois Coups.com


Début décembre 2005, le Théâtre du Bourg-Neuf accueille une pièce célèbre de Harold Pinter, « Le Monte-plats ». Jusqu’ici, tout va bien…

Deux types attendent dans une chambre et tuent le temps comme ils peuvent. Nous comprenons très vite qu’il s’agit de deux tueurs à gages qui doivent honorer un « contrat ». Nous devinons aussi que Ben (Jacques Rebouillat) est le « chef » et que Gus (Kader Roubahie) est plutôt un exécutant. Ce qu’il n’accepte pas forcément de gaîté de cœur. Comme ils n’ont pas grand-chose à faire, ils parlent – surtout Gus.

Par ce stratagème – éminemment dramatique –, Harold Pinter nous renseigne plus profondément sur ces deux personnages. Et nous apprenons ainsi qu’un contrat précédent – sur une femme – s’est visiblement mal passé…

La pièce de l’auteur anglais brille dans le noir de tous ses feux. Pinter observe la nature humaine avec la méticulosité d’un chercheur rivé à son microscope. En voleur à la tire extrêmement doué, il fouille les apparences et les comportements, et leur fait les poches.

Ma déception est d’autant plus grande que la pièce est magnifique. Selon Sabine Sendra, Gus n’a jamais accepté le contrat précédent sur une femme. Il s’est mis à douter. Soit. Il devrait donc être douloureux. Et cette douleur devrait s’affirmer graduellement au cours de la pièce, soutenue par son opposition à Ben. Or Kader Roubahie, ce soir-là, n’était, dès le début, que fébrilité, énervement, excitation brouillonne. Aucune évolution de son personnage n’était tangible, si ce n’est dans l’augmentation progressive des défauts précités. Bien sûr, le comédien a sa part de responsabilité. Mais là, je me demande où est la direction d’acteur. Le patron, c’est quand même le metteur en scène, non ? Manque de travail, peut-être.

Jacques Rebouillat, lui, s’en sortait plutôt bien. Il rendait notamment, avec justesse, l’aspect usé et résigné de Ben.

Plus généralement, le grand absent de ce spectacle, c’est le rire pintérien. Jaune. 

Vincent Cambier


Le Monte-plats, de Harold Pinter

Mise en scène : Sabine Sendra

Avec : Jacques Rebouillat et Kader Roubahie

Régie générale : Norbert Benezech

Création lumières et scénographie : Norbert Benezech

Théâtre du Bourg-Neuf • 5 bis, rue du Bourg-Neuf • Avignon

Tél. : 04 90 85 17 90 | Télécopie : 04 90 82 97 11

www.bourg-neuf.com

bourgneuf@wanadoo.fr

Jeudi 1, vendredi 2, samedi 3 décembre 2005 à 20 h 30

et dimanche 4 décembre 2005 à 16 h 30

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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