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30 septembre 2008 2 30 /09 /septembre /2008 21:41

Naufrage

 

C’est dans l’intimité de l’Aktéon Théâtre à Paris que la Cie La Plume à l’oreille, fondée par Géraldine Navel, a choisi de faire ses débuts avec une toute première création, joliment baptisée « Nouvelle au bord de mer ». Malheureusement, si le titre intrigue, ce n’est pas le cas de la pièce, mal écrite, ennuyeuse et sans trame réelle, qui semble finalement n’être que prétexte à jouer pour Géraldine Navel. Il est donc difficile, malgré la jeunesse de la troupe, de pardonner un tel amateurisme à une femme auteur et comédienne – principale, cela va sans dire – au narcissisme si affiché.


Un village breton, au bord de la Côte de Granit rose. Dans la pénombre d’une cabane de pêcheur, une jeune femme en petite tenue nettoie le sol avec une serpillière, et captive ainsi l’attention du public qui prend place dans le plus grand silence. Cette jeune femme sexy, c’est Éloïse. D’origine italienne, elle a tiré un trait sur son passé, dont nous ne saurons rien, pour s’installer avec Yvon, pêcheur émérite et fils prodige du village. Mais Loïc, le meilleur ami d’Yvon, est lui aussi amoureux d’Éloïse et tente de s’attirer ses faveurs, au grand désespoir de Marianne, jeune Bretonne éperdument amoureuse de lui. Lorsque Yvon meurt brutalement en mer, les trois amis, hantés en permanence par le souvenir du mort, voient leurs relations se détériorer.


La pièce, censée aborder à la fois les thèmes de l’amitié, du désir, de l’amour – frivole ou contrarié – et de la mort, ne parvient pourtant pas à toucher son public. Car, si la nouvelle convient parfaitement à la mise en scène de la complexité des sentiments qui accompagnent la perte d’un être cher, sa forme courte requiert en revanche une grande précision dans l’écriture et une mise en exergue permanente du thème central. Nouvelle au bord de mer pèche sur ce point crucial, en accordant davantage d’importance au caractère peu farouche du personnage d’Éloïse qu’au décès d’Yvon, voulu si mystérieux qu’il ne suscite bientôt plus l’intérêt. À cet égard, Adrien Joly se révèle hélas aussi transparent que le rôle du mort qu’il incarne. Et ses nombreuses apparitions, dans une lumière bleutée presque surnaturelle, finissent par semer le doute dans l’esprit du spectateur, qui se demande si tous les personnages ne sont pas morts. Les rôles de Loïc et de Marianne semblent également n’avoir été créés que pour donner la réplique au personnage d’Éloïse, incarné par Géraldine Navel. En tout cas, si Benjamin Polounovsky parvient à se distinguer par une présence scénique indéniable, ce n’est pas le cas de Caroline Pierret, insipide et effacée dans son rôle de faire-valoir.


Car il s’agit surtout pour Géraldine Navel d’écrire et d’incarner le rôle de ses rêves, celui d’une allumeuse prise au sens propre comme au sens figuré sous le désir de deux hommes, au détriment du texte et des autres comédiens, relégués au second plan. Ces derniers débitent en effet une heure durant des banalités affligeantes dignes d’une mauvaise série télévisée, face à une Éloïse à la fois charmeuse et hystérique qui crie, pleure, gesticule, et semble s’inquiéter plus de plaire au public par des jeux de jambes sur une musique paraissant tout droit sortie d’un film X que de la mort de celui qu’elle aime. Lorsque celui-ci décède, elle sombre dans l’alcoolisme, sur les conseils de Cyril Drouet, son ami et metteur en scène : « À la lecture et certainement en partie à cause de ma vie personnelle, la notion d’alcoolisme m’a semblé très importante voire indispensable à la compréhension du personnage d’Éloïse ».


En effet, rien de tel que la vodka pour illustrer l’ivresse d’elle-même dans laquelle évolue la comédienne, qui, après avoir jeté comme une bouteille à la mer une citation de Renaud (« C’est pas l’homme qui prend la mer, c’est la mer qui prend l’homme »), répète comme une litanie un poème de son cru pour masquer la pauvreté du texte : « Ton souffle est le vent qui joue dans mes cheveux, / Ton épaule est mon pays où je passerai le reste de mon existence / Mon cou, ta route vers le plaisir / Que serait cette enivrante envie de jouissance sans pouvoir admirer cette courbure que seul un luthier sait caresser amoureusement ».


Lorsque sonne enfin l’heure de l’amarrage, un grand silence gêné s’empare de la salle, et ce n’est qu’après deux saluts terrifiés de la compagnie que le public se décide à applaudir, motivé par un sentiment de pitié inspiré par le visage déconfit des quatre comédiens. 


Johana Boudoux

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Nouvelle au bord de mer, de Géraldine Navel

Cie La Plume à l’oreille

plumealoreille@gmail.com

Mise en scène : Cyril Drouet

Avec : Géraldine Navel, Caroline Pierret, Adrien Joly et Benjamin Polounovsky

Aktéon Théâtre • 11, rue du Général-Blaise • 75011 Paris

Réservations : 04 90 82 40 57

www.akteon.fr

Métro : Saint-Ambroise (ligne 9)

Du 17 septembre au 11 octobre 2008, du mercredi au samedi à 20 heures, relâche le 27 septembre 2008

Durée : 1 h 5

16 € | 10 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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commentaires

camille 11/10/2008 23:52

Je suis allée voir la piéce hier soir et j'ai vraiment bien aimé!

GOBERT 01/10/2008 18:12

J'y suis allée, J'ai beaucoup apprécié. J'ai recommandé à des amis qui ont également passé un moment très fort. Nous y retournons ce WE.Agnès

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