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26 septembre 2008 5 26 /09 /septembre /2008 13:25

À bout de souffle


Par Estelle Gapp

Les Trois Coups.com


Sous la forme d’un poème à deux voix, Pascal Rambert raconte sa rencontre avec Kate, une comédienne américaine qu’il a dirigée dans « l’Épopée de Gilgamesh », à Avignon, l’été 2000. Créé en 2005 au Studio-Théâtre de la Comédie-Française, « le Début de l’A. » a voyagé jusqu’à Tokyo, avant de revenir à Gennevilliers, dans une double version, française et japonaise. Sur scène, les comédiens prêtent leur silhouette androgyne aux personnages, et ressuscitent la magie de cet instant éphémère : la naissance du sentiment amoureux. Une vibrante déclaration d’amour, à bout de souffle.

Au sol, un carré de peinture blanche délimite la ville, territoire anonyme. Sous la lumière crue des néons, elle, « la Contactée », apparaît comme un double de lui, « le Contactant ». Même jean foncé, même tee-shirt blanc, mêmes baskets. Entre ces deux êtres androgynes, une imposante moto rouge occupe le centre de l’espace, tel un monstre endormi. Comment faire naître l’amour, dans ce décor froid et inhumain ?

Comme égarés, l’un et l’autre, à l’opposé du plateau, l’homme et la femme parviendront-ils à se trouver ? La rencontre semble improbable. Le texte évoque les méandres de verre des galeries souterraines de l’aéroport : « Je vois le reflet de l’iris de ton œil dans la vitre. Tu ne me vois pas ? ». « Où es tu ? » interroge l’amoureux, inquiet. « Je suis là, derrière toi », murmure l’autre. Immobiles, face public, le regard fixe, les comédiens esquissent ensemble les mêmes gestes, dans une coïncidence parfaite. Ils entonnent la même ritournelle : « C’est le début de l’A. » / « The Beginning of / Love ».

Obéissant à une soudaine et irrésistible force d’attraction, les corps se dénudent et se rapprochent. Ils s’embrassent. D’un baiser violent, aride. On dirait les derniers survivants d’une humanité condamnée. Déjà, les corps se séparent. Ils revêtent les vêtements l’un de l’autre. Et le texte reprend. Mais les voix se sont chargées d’émotion. C’est « le début de l’A., le début de l’attente ». Sans rien laisser transparaître, on devine que les cœurs se mettent à battre plus fort. Mais, comme dans toute tragédie, même moderne, la mort guette. C’est l’accident de moto, fatal, inévitable. « C’est le début du début de la mort ».

Aiguisées par la douleur, les voix s’étranglent. Elles tentent de retenir les mots, vivants. « Où es-tu ? ». « Je suis là ». « Tout près ». « Tu ne me vois pas ? ». Dans un sanglot, on ressent tout à coup la révoltante fragilité de l’amour. Avec sobriété et justesse, les comédiens réussissent ce pari inespéré : redonner corps à l’humain, et ressusciter l’A. vie. 

Estelle Gapp


Le Début de l’A., de Pascal Rambert

Version française : coréalisation Théâtre de Gennevilliers et Studio-Théâtre de la Comédie-Française

Version japonaise (pour la première fois en France) : coproduction Théâtre de Gennevilliers et Théâtre Agora de Tokyo

www.theatre2gennevilliers.com

Écriture et mise en scène : Pascal Rambert

Avec : Audrey Bonnet, Alexandre Pavloff (sociétaire de la Comédie-Française) (version française) ; Oriza Hirata, Toshiki Okada (version japonaise)

Création lumière : Pierre Leblanc

Création musicale : Alexandre Meyer

Théâtre de Gennevilliers • 41, avenue des Grésillons • 92230 Gennevilliers

Réservations : 01 41 32 26 26

Du 19 septembre au 19 octobre 2008 :

Version française : du 19 septembre au 5 octobre, les mercredi, vendredi, samedi à 20 h 30, les mardi, jeudi à 19 h 30, le dimanche à 15 heures, relâche le lundi

Version japonaise (surtitrée en français) : du 15 au 19 octobre 2008, les mercredi, jeudi, vendredi, samedi à 19 h 30, le dimanche à 15 heures

Durée : 1 heure

22 € | 15 € | 11 € | 8 € | 5 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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