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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
Fontana amorosa
Les vers de La Fontaine, laborieusement ânonnés, ont bercé nos classes primaires. Leurs histoires de cigale insouciante, de lièvre girovague ou de corbeau que la flatterie laisse bec bé servaient alors une morale enfantine… bien trop sage. La version que nous en offre Marie Tikova à l’Aktéon Théâtre touche les enfants déniaisés que nous sommes devenus.
Marie Tikova a sélectionné une dizaine de fables de La Fontaine pour constituer un « parcours amoureux et musical » au travers des jeux de l’amour et de l’amitié. Après une première représentation à Avignon en 2007, son court et pétillant spectacle monte à Paris.
Fruit d’une rencontre avec Anthony Roullier et Ingrid Schœnlaub (et son violoncelle), Fauteuil 24 (celui qu’occupait La Fontaine à l’Académie) nous révèle un versant méconnu du « papillon du Parnasse », familier des précieux et des libertins : en bon moraliste, il croque les errances des cœurs et des corps, leurs illusions et désillusions. L’auteur garde en ce domaine toujours grande estime pour la prudence, la générosité de cœur et la modestie, tout en les pimentant de désir (que nourrissent le danger et la peur), de doubles sens coquins, de folie et de frivolité juvéniles.
Le raffinement et l’élégance du jeune Anthony Roullier, empruntant les préciosités d’un mignon de Monsieur, nous transportent à la cour du Roi-Soleil. Dans le même geste, il passe de l’ingénuité à la lubricité, qui siéent toutes deux à la jeunesse. Il incarne tour à tour le narcissique imbu de ses beautés, le chaste ami, le séducteur jaloux… Il se fait plus lascif encore, chaussant les griffes d’un « lion amoureux » et déployant sa crinière léonine.
Ingrid Schœnlaub n’accompagne pas de son violoncelle la déclamation de ces fables pour adultes : elle lutte avec, dans un jeu léger, énergique, au risque que le public ne saisisse par moments que quelques mots du texte qu’elle accompagne. Elle transperce littéralement l’espace et donne rythme et silence au temps.
Dans un décor sobre, aux métamorphoses ingénieuses, ces deux comédiens servent un La Fontaine pétulant, d’une grande modernité, qui ravira les adultes sensibles aux délicatesses du cœur et initiera les plus jeunes à ses méandres. Tous reviennent rafraîchis des eaux d’Aphrodite, où l’Amour aveugle est guidé par la Folie… ¶
Olivier Pradel
Les Trois Coups
Fauteuil 24, fables sur l’amour pour deux acteurs et un violoncelle
Compagnie Feux de la rampe
Mise en scène : Marie Tikova
Avec : Anthony Roullier, Ingrid Schœnlaub
Décor : Jean-Pierre Cabardos, Maria Pascal
Scénographie : Claude Chestier
Costumes : Barbara van Dyck
Musique : Ingrid Schœnlaub (violoncelle)
Lumière : Nicolas Prosper
Aktéon Théâtre • 11, rue du Général-Blaise • 75011 Paris
Réservations : 01 43 38 74 62 ou www.akteon.fr
Du 20 septembre 2008 au 4 janvier 2009, les samedi et dimanche, à 18 heures, relâche le 7 décembre 2008
Durée : 1 heure
16 € | 10 €
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