Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
14 décembre 2005 3 14 /12 /décembre /2005 16:18

Une jouissance raffinée


Par Vincent Cambier

Les Trois Coups.com


Le Théâtre littéraire de la Clarencière, dirigé par Fabienne Govaerts, a produit « Feux » les 10 et 11 décembre 2005 à Avignon. Les Ateliers d’Amphoux s’honorent d’avoir accueilli un texte dont l’éclat et la connaissance de l’homme stupéfient durablement.

theatre2-reduit-copie-2.jpg

Il y a longtemps que mes oreilles et mon cœur n’avaient été emportés par la houle d’un aussi beau texte (de Marguerite Yourcenar). Comme enivrés par le ressac incessant des vagues de littérature et de poésie pures.

Comment ne pas être bouleversé, par exemple, par Clytemnestre, épouse infidèle et assassine d’Agamemnon, elle qui ose cette déclaration d’amour à nulle autre pareille : « Messieurs les juges, vous ne l’[Agamemnon] avez connu qu’épaissi par la gloire, vieilli par dix ans de guerre, espèce d’idole énorme usée par les caresses des femmes asiatiques, éclaboussée par la boue des tranchées. Moi seule, je l’ai fréquenté à son époque de dieu. Il m’était doux de lui apporter sur un grand plateau de cuivre le verre d’eau qui répandrait en lui ses réserves de fraîcheur ; il m’était doux, dans la cuisine ardente, de préparer les mets qui combleraient sa faim et le rempliraient de sang. Il m’était doux, alourdie par le poids de la semence humaine, de poser les mains sur mon ventre épais où levaient mes enfants. Le soir, au retour de la chasse, je me jetais avec joie contre sa poitrine d’or. […] Messieurs les juges, il n’y a qu’un homme au monde : le reste n’est pour chaque femme qu’une erreur ou qu’un pis-aller triste. Et l’adultère n’est souvent qu’une forme désespérée de la fidélité. Si j’ai trompé quelqu’un, c’est sûrement ce pauvre Égisthe. J’avais besoin de lui pour savoir jusqu’à quel point celui que j’aimais était irremplaçable. » Comment décrire cette infinie jouissance raffinée presque physique de tels parfums phoniques, sémantiques et stylistiques ?

Le metteur en scène Charles Kleinberg et la comédienne Sylvie Bigot ont compris que le pire ennemi de cette écriture diamantine serait l’emphase et le surjeu. Ils nous entraînent donc, avec la certitude douce et tranquille de ceux qui savent, sur le chemin du verbe de l’orfèvre. 

Vincent Cambier


Feux – Fracas d’amours fracassées, de Marguerite Yourcenar

Mise en scène : Charles Kleinberg

Avec : Sylvie Bigot

Production : Théâtre littéraire de la Clarencière • 20, rue du Belvédère • Bruxelles

Tél. : 02/640 46 70

www.laclarenciere.be

fabienne.govaerts@skynet.be

Les Ateliers d’Amphoux • 10-12, rue d’Amphoux • Avignon

Tél. : 04 90 86 17 12 | Télécopie : 04 32 74 13 71

www.amphoux.com

cerfmonique@hotmail.com

Samedi 10 décembre 2005 à 20 h 30

et dimanche 11 décembre 2005 à 17 heures

Partager cet article

Repost 0
Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
commenter cet article

commentaires

Rechercher