Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
22 septembre 2008 1 22 /09 /septembre /2008 12:55

Nocturne l’après-midi


Par Olivier Pansieri

Les Trois Coups.com


Pour ceux qui ne le connaîtraient pas, rappelons que le Théâtre du Ranelagh est un des plus anciens et un des beaux de Paris. Il dispose notamment d’un vaste foyer lambrissé, où trône une spectaculaire cheminée « Renaissance ». C’est dans ce cadre romantique que Valérie Zarouk et Stéphanie Tesson ont choisi de présenter leur « Tout à vous, George Sand », dialogue imaginaire de l’écrivain avec ses nombreuses conquêtes, et un extraordinaire pianiste – Nicolas Stavy. Une heure de fougue et d’amour avec des bons.

George Sand, enfant terrible de l’aristocratie, tôt mariée, tôt libre de mœurs comme d’esprit, nous a laissé une abondante correspondance amoureuse. Mais pas seulement. Elle s’est entretenue par écrit, sur à peu près tous les sujets, avec tout ce que son siècle comptait de beaux esprits. Flaubert, Vigny, Musset mais aussi le critique Sainte-Beuve (que Musset appellera Sainte-Bévue), l’actrice Marie Dorval, Chopin et bien d’autres.

Saluons d’abord l’aisance avec laquelle Valérie Zarouk incarne la dame de Nohant. Belle, excessive, lasse, effrontée, folle, terrible, elle est totalement le « personnage », dont elle fait claquer le texte avec gourmandise. Il le mérite, qu’on en juge : « J’aime la solitude. Je la cherche trop comme un plaisir pour qu’elle me soit un remède. ». Plus loin : « Après avoir passé ma jeunesse à penser que je ne pourrai jamais vivre, je passe ma vieillesse à penser que je ne pourrai jamais mourir. ».

La première fois que Nicolas Stavy plaque ses accords au piano comme en écho à cette verve, on est presque tenté d’éclater de rire tellement c’est trop. Mais, justement, c’est cet excès qui fait tout le charme de cette évocation, au sens fort, de la belle âme tourmentée de George Sand. Ça, c’est quelqu’un ! Sincère coup de chapeau à ce musicien, d’ailleurs excellent, qui en outre paie de sa personne en donnant des morceaux choisis (Liszt, bien sûr, mais aussi Chopin et un sensationnel final de Schumann) une interprétation carrément lyrique, ici parfaitement appropriée. Grincheux minimalistes s’abstenir : avec Nicolas Stavy le piano romantique est romantique, un point c’est tout !

Alors est-ce que tout cela est encore du théâtre ? À vrai dire, on s’en fiche. C’est même assez délicieux de faire ainsi la scène buissonnière, guidé par ce lutin-dandy qu’incarne joliment Stéphanie Tesson. Tout d’un coup, le salon du Ranelagh (entre parenthèses bourré à craquer) s’emplit de fantômes, partenaires plus ou moins navrés et navrants de cette grande amoureuse, qui fut aussi un grand cœur, ce qui est plus rare. Le moment où Mme Sand essaie d’avoir un entretien avec son Musset « absent » est d’une poignante vérité. Il rappelle aussi tout ce que le grand dramaturge doit à cette grande trouveuse de formules.

On est soufflé d’entendre, en fait de lire, cette phrase de Sand : « J’ai souffert parfois, je me suis trompé quelquefois, mais j’ai aimé » qu’Alfred lui chipera mot pour mot pour en faire la devise de son Perdican (On ne badine pas avec l’amour). Bref, c’est le cœur à la fois gros et léger qu’on ressort du Ranelagh, la tête encore pleine du fracas de ces mots, de ces notes qui disent si justement et élégamment George Sand, femme de lettres et de convictions. 

Olivier Pansieri


Tout à vous, George Sand, de Stéphanie Tesson et Valérie Zarouk

Conçu et mis en scène par : Valérie Zarrouk, Stéphanie Tesson

Avec : Valérie Zarrouk, Stéphanie Tesson

Au piano : Nicolas Stavy ou (en alternance) Michel Guikovaty

Lumières : Philippe Mathieu

Musique : Mendelssohn, Liszt, Schumann, Chopin

Production Théâtre Le Ranelagh

Théâtre Le Ranelagh • 5, rue des Vignes • 75016 Paris

Métro : La Muette-Passy | R.E.R. C : Boulainvilliers

Réservations : 01 42 88 64 44

www.theatre-ranelagh.com

Du 17 septembre au 29 novembre 2008, les mercredi et samedi seulement à 17 heures, relâche les 4 et 15 octobre 2008

Durée : 1 heure

24 € | 10 €

Partager cet article

Repost 0
Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
commenter cet article

commentaires

Rechercher