L’essence même du théâtre
Après « Croisades » de Michel Azama et « Gelsomina » de Pierrette Dupoyet, la jeune Cie Farenheit 451, fondée en 2003, présente à cette rentrée théâtrale sa troisième création, « Don Quichotte », pièce comique de Daniel Guérin de Bouscal. Le pari lancé est de faire découvrir au large public cet auteur dramatique, contemporain de Corneille et Molière, qui a sombré dans l’oubli depuis trois siècles ! Un pari osé et relevé à plusieurs niveaux. Car Christophe Gauzeran nous fait connaître non seulement cette première véritable transposition au théâtre de l’œuvre de Cervantès, mais aussi – ou avant tout – une troupe d’artistes talentueux et polyvalents.
Qui ne se souvient pas des (més)aventures du célèbre Don Quichotte de Cervantès, figure emblématique d’un chevalier errant en quête d’enchanteurs et de sa bien-aimée, Dulcinée ? Entre 1639 et 1642, Daniel Guérin de Bouscal, inspiré profondément par ce roman, composa trois comédies (Don Quichotte, première et seconde parties, ainsi que le Gouvernement de Sancho Pansa), dont la seconde partie que nous fait découvrir avec beaucoup de talent Christophe Gauzeran. Cet universitaire, comédien et metteur en scène est passionné depuis de longues années par ce personnage merveilleux et atemporel. Et, étrangement, dès le lever du rideau, le spectateur est sensible à la magie de cette création née véritablement de la fascination pour l’univers mythique de l’Ingénieux Hidalgo.
La création puise d’un côté dans le ridicule et le comique du protagoniste, un côté accentué prodigieusement par des comédiens formés au clown et à la commedia dell’arte. Et, de l’autre – grâce aux artistes circassiens –, nous donne généreusement accès au monde irréel tel que le perçoit, par le biais de sa folie et de sa sagesse hors norme, Don Quichotte. On pleure alors de rire devant les aventures maladroites de l’hidalgo et de son compagnon fidèle, Sanche Panse. Et puis, le rire cède sa place à l’émerveillement devant la beauté des images poétiques que dessinent les corps des acrobates aériens.
Ayant recours à une scénographie subtile et extrêmement esthétique, constituée entièrement de cordes et de tissus blancs verticaux reliant le plafond et la scène, Christophe Gauzeran réussit à recréer l’ambiance onirique et nostalgique de cet univers peuplé de géants et d’enchanteurs. En même temps, il met parfaitement en valeur les corps et le jeu de ses comédiens-équilibristes. Alain Carnat incarne alors un Don Quichotte touchant et poétique, Philippe Beautier (Sanche Panse) et Manuel Martin (Thérèse Panse) provoquent des fous rires, tandis que Juliette Croizat, Isabelle Helleux et Caroline Siméon nous ébahissent tant par leur jeu comique que par les numéros circassiens au tissu aérien, à la corde, au trapèze… Tout cela accompagné d’une musique originale et d’une bande sonore intéressante, signées par Cyriaque Bellot.
Ainsi, la Cie Farenheit 451 propose une mise en scène neuve et audacieuse, qui relie les éléments du théâtre au cirque dans une création s’adressant à tout public. La nouvelle saison au Vingtième Théâtre s’ouvre ainsi sur une belle découverte d’une pièce oubliée et d’une troupe admirable. ¶
Maya Saraczynska
Les Trois Coups
Don Quichotte, de Daniel Guérin de Bouscal (d’après Cervantès)
Cie Farenheit 451 • 145, rue de Noisy-le-Sec • 93260 Les Lilas
01 48 58 42 51
http://www.compagniefahrenheit451.com
fahrenheit451direction@numericable.fr
Mise en scène : Christophe Gauzeran
Assistante à la mise en scène : Juliette Croizat
Avec : Philippe Beautier, Philippe Beheydt ou Emmanuel Oger (en alternance), Alain Carnat, Juliette Croizat, Christophe Gauzeran, Romain Guimard, Isabelle Helleux, Manuel Martin, Laurent Mothe, Caroline Siméon
Costumes : Éric Le Goff
Maquillage : Christine Laurent
Musique originale : Cyriaque Bellot
Lumières : Marc Augustin-Viguier
Coordination et réglages cirque : Caroline Siméon
Coordination des combats : Emmanuel Oger
Vingtième Théâtre • 7, rue des Plâtrières • 75020 Paris
Réservations : 01 43 66 01 13
http://www.vingtiemetheatre.com
Du 3 septembre au 26 octobre 2008, du mercredi au samedi à 19 heures, dimanche à 15 heures
Durée : 1 h 55
22 € | 17 € | 12 €
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« Depuis notre débat sur le Off d’Avignon, j’ai eu l’occasion de “lire” votre site critique, et j’en ai été très heureux. Parce que j’apprends des choses dont les médias parisiens ne m’informent pas et parce que les critiques sont de bonne qualité. Continuez bien ! Tous mes vœux à vous et aux “Trois Coups” ! Amicalement. » Gilles Costaz, critique dramatique à “Paris-Match”, “les Échos”, “Politis”, “le Magazine littéraire”, “l’Avant-scène Théâtre”…
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