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21 septembre 2008 7 21 /09 /septembre /2008 01:34

Entre sadisme et tendresse

 

« L’Enfant bouton d’or », un titre naïf, féerique pourrait-on dire : un titre de conte pour enfants. Mais les enfants qui sont ici visés n’en sont plus depuis bien longtemps. Parodie du monde, de la santé, avec les abus que peuvent atteindre les médecines parallèles. Mais le rire est jaune. Il s’agit là de montrer la folie oppressante, aveugle de ses conséquences et qui étouffe. Conte amer et loufoque sur le manque d’amour et la contrainte sociale en général.

 

Enfant-femme, enfant-princesse, capricieuse et délaissée, délurée, mais qui ne semble chercher, au final, qu’un peu d’amour. Toute l’histoire tourne autour de cette jeune fille, que l’on voit grandir ; cette jeune fille condamnée à avoir la nausée. Chacun veille, comme par plaisir, à cette douleur constante, et notamment une chatte vraiment « salope » et la Maladie, convoquée là pour remplacer la Nausée, qui s’est « fait la malle ». Portrait et devenir d’une enfant incomprise, à qui l’on attribue des procès d’intention farfelus.


Pièce bouffonne et symbolique, c’est donc l’histoire d’une enfance malheureuse, mais aussi celle d’une libération. Au contact des personnages, tous plus fous les uns que les autres (un homme coussin, des médecins en bas résille…), l’enfant se façonne une personnalité. C’est alors qu’elle découvre ce qu’elle avait toujours cherché sans le savoir. Elle va devenir femme entre les serres de l’homme. La jeune fille, qui n’a jamais aspiré qu’à l’amour, se heurte, souffre, se mutile à son contact, mais avec plaisir.

 

 

La pièce se veut et se déclare ouvertement déjantée et parodique : les comédiens plus ou moins perdus jouent la maladresse, l’improvisation totale et nous surprennent par leur culot et les décalages que cela engendre. Ils se jouent généreusement des conventions théâtrales, se posent en narrateur de leur propre histoire et vont jusqu’à critiquer la mise en scène. Ils instaurent ainsi, avec le public, un véritable rapport de complicité. Néanmoins, ce côté foisonnant et la profusion d’images déjantées embrouillent un peu notre perception de la pièce et nous font souvent perdre le fil de l’histoire.


Côté décor, c’est la désillusion qui accable l’espace. La pièce est masquée lors de notre entrée par un tissu façon rideau de douche pour la matière et clownesque pour les couleurs. Et ce que l’on prenait pour une forêt n’est qu’un entassement de poubelles. Les costumes sont assez simples, mais collent au parti pris déjanté. La jeune fille porte une robe rouge sale, la Maladie un masque qui lui coupe le visage en deux. Nous avons déjà parlé des médecins… Je regrette cependant que la chatte n’ait pas eu de costume plus seyant.


Les comédiens semblent assumer leur rôle, sans pour autant nous donner l’impression d’interpréter un délire de metteur en scène drogué. Je pense que cela gagnerait d’ajouter quelques étincelles de sincérité, bien que sur la fin, on ait du mal à échapper à un petit pincement au cœur. Mélange de grosse dérision et de douceur, lEnfant bouton dor est ce qu’on peut appeler un ovni théâtral. On en sort déconfit, mais il reste quelque chose de tendre. 


Isabelle Desalos

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


L’Enfant bouton d’or, de Soizic Fonjallaz

Compagnie du Sable-sous-les-Planches • 13, rue Saint-Bon • 75004 Paris

06 89 05 14 18

soizicfonjallaz@hotmail.fr

Mise en scène : Soizic Fonjallaz

Assistantes : Anne-Lise Rolland et Ludivine Veillon

Avec : Jean-Christophe Bezaud, Frédéric Debailleul, Soizic Fonjallaz, Fabrice Riou, Anne-Lise Rolland et Ludivine Veillon

Musique : Benjamin Fonjallaz

Aktéon Théâtre • 11, rue du Général-Blaise • 75011 Paris

Métro : Saint-Maur ou Saint-Ambroise

Réservations : 01 43 38 74 62 ou www.akteon.fr

Du 17 septembre au 4 octobre 2008 à 21 h 30, du mercredi au samedi, relâche les 26 et 27 septembre 2008

Durée : 1 heure

16 € | 10 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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