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21 septembre 2008 7 21 /09 /septembre /2008 00:36

Un joli bourgeon de théâtre

 

C’est une jeune compagnie qui a choisi de s’appeler « Ah ! ». Une onomatopée en forme de boutade, qui annonce sans entourloupe l’envie de ses jeunes comédiens et de leur metteur en scène : faire rire. En ce sens, le choix de monter « Baroufe à Chioggia », comédie italienne de Goldoni, apparaît judicieux. Portée par une troupe enthousiaste, et malgré quelques limites, la mise en scène d’Antoine Herbez réussit dans l’ensemble son pari.

 

C’est le bruit des vagues, léger et apaisant, qui accueille les spectateurs dans la salle du Théâtre Clavel. Nous sommes à Chioggia, petit port de pêche italien à l’existence tranquille, bercée par le mouvement des vagues. Mais ce calme n’est qu’apparent. Car les femmes de Chioggia, seules au port depuis des mois, ont les sens bouleversés et les nerfs mis à vif par l’absence de leur homme parti en mer. Et leur enfièvrement risque fort de faire du chahut, même une fois les hommes de retour.


La pièce que Goldoni écrivit en 1762 demande une énergie considérable, que les comédiens de la Cie Ah ! ont tout à fait su restituer sur le plateau. Les corps sont engagés, les mouvements précis et efficaces. Ainsi, les scènes de combat, impeccablement réglées, sont une vraie réussite. De la même façon, Antoine Herbez a choisi d’illustrer plusieurs scènes de groupe par des effets de tableaux collectifs. Ces moments choraux, où tous les corps prennent un rythme commun, servent parfaitement la vitalité de l’œuvre, sans faire l’économie d’une réelle inventivité. Les comédiens, quoique d’un niveau inégal, défendent leurs rôles avec conviction.


De son côté, la scénographie est tout à la fois d’une grande simplicité et d’une belle efficacité. Les costumes apportent une réelle harmonie entre les personnages, tant par les couleurs que par les matières. À part quelques accessoires, le seul élément de décor est un paravent, dont l’emplacement et les tissus changent au fil de la pièce. Et il est étonnant de voir un décor si modeste habiller autant un espace et faire vivre autant de lieux différents. Antoine Herbez a su en faire une utilisation très intelligente, et ce choix de simplicité permet à l’espace scénique, et aux comédiens, de respirer largement et librement.

 

« Baroufe à Chioggia »

 

Néanmoins, et malgré un résultat globalement positif, ce spectacle pourrait gagner en qualité et souffre encore de quelques limites. Tout d’abord, le désir de faire rire à tout prix entraîne parfois la mise en scène vers le recours systématique à des clins d’œil (combats en forme de kung-fu, face-à-face entre deux hommes rappelant étrangement le Parrain…). Et si ces effets ajoutent un vernis humoristique à l’ensemble, ils n’apportent pas grand-chose au propos et semblent souvent superflus.


Par ailleurs, on a parfois la sensation de perdre le fil des personnages et de l’histoire, noyés dans trop d’effets visuels, trop de mouvements chorégraphiés. Ce ne sont pas les bonnes idées qui manquent dans la mise en scène d’Antoine Herbez, mais, paradoxalement, c’est de ce foisonnement que son travail semble pâtir. Effectivement, il semble qu’en resserrant les choses et en effectuant des choix plus clairs, la pièce gagnerait en unité. À l’inverse, elle tombe parfois dans le gadget ou l’anecdote, et on finit par avoir l’impression de suivre une succession de tableaux plus qu’une histoire.


En définitive, Baroufe à Chioggia apparaît comme un joli bourgeon de théâtre. C’est-à-dire une pièce aujourd’hui sympathique, mais qui pourrait être, à terme, de très bonne qualité. L’énergie, l’intelligence et l’envie semblent y être réunies, et cela paraît largement suffisant pour la faire éclore en une belle plante. 

 

Élise Noiraud

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Baroufe à Chioggia, de Carlo Goldoni

Cie Ah ! • 8, rue des Acacias • 75017 Paris

01 46 22 68 08

http://www.cie.ah.free.fr

Mise en scène et adaptation : Antoine Herbez

Avec : Stéphanie Bargues, Pierre-Édouard Bellanca, Anaïs Bérard-Masson, Fabienne Billot, Jean Boissinot, Olivier Charcosset, Joanna Forlen, Benoît de Gaulejac, Caroline Georges, Ivan Jerbez, Olivier Ho Hio-hen, Sébastien Le Rest

Son : Antony Aubert

Lumières : Guillaume Parra

Cascades : Mathieu Dubois

Costumes : Élodie Lo King-fung

Théâtre Clavel • 3 rue Clavel • 75019 Paris

Réservations : 01 42 38 22 58

Du 4 septembre au 27 décembre 2008, du jeudi au samedi à 20 heures

Durée : 1 h 20

18 € | 12 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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