« Depuis notre débat sur le Off d’Avignon, j’ai eu l’occasion de “lire” votre site critique, et j’en ai été très heureux. Parce que
j’apprends des choses dont les médias parisiens ne m’informent pas et parce que les critiques sont de bonne qualité. Continuez bien ! Tous mes vœux à vous et aux Trois Coups !
Amicalement, »
Gilles COSTAZ, critique dramatique à Paris-Match, les Échos, Politis, le Magazine littéraire, l’Avant-scène Théâtre…
« Nous tenions à vous dire bravo, nous applaudissons des deux mains, votre site est admirablement bien fait. Vous (toute l’équipe) aimez
le théâtre et vous savez faire partager votre passion… »
Marie-Céline NIVIÈRE et Dimitri DENORME, Pariscope, rubrique « Théâtre »
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Une sublime leçon de vie
Après un triomphe retentissant au Petit Théâtre Marigny et cinq nominations dont trois Molières en 2008, « la Vie devant soi », adaptation théâtrale de Xavier Jaillard du roman éponyme de Romain Gary, joue les prolongations au Théâtre de l’Œuvre. Un spectacle bouleversant à (re)découvrir d’urgence, qui rappelle les vraies valeurs de la vie dans une société en perte de repères.
Mme Rosa est une vieille femme juive, qui fut prostituée avant d’être déportée à Auschwitz. Après s’être « défendue avec son cul », elle a défendu avec son cœur la vie de nombreux enfants de prostituées, qui lui ont été confiés en échange d’une modique pension mensuelle. Arrivée en fin de parcours, elle n’a plus pour partager sa vie que Momo, un jeune Arabe « d’à peu près treize ans », abandonné par son père suite au décès obscur de sa mère, qu’elle élève dans la tradition musulmane malgré ses convictions religieuses personnelles.
L’histoire d’amour entre ces deux êtres uniques l’un pour l’autre, si proches malgré les nombreuses barrières et la différence d’âge qui les sépare, substitue avec beaucoup de finesse des valeurs de tolérance et de respect aux clichés de religion, de race et de milieu social.
Prix Goncourt en 1975, le roman de Romain Gary est adapté pour la première fois au cinéma en 1977 par Moshé Mizrahi. Récompensé par l’Oscar du meilleur film en langue étrangère ainsi que par trois Césars, dont celui de « Meilleure Actrice » pour Simone Signoret, le film a marqué les esprits par sa sobre beauté et sa justesse d’interprétation.
C’est donc un défi de taille que relève Xavier Jaillard, en proposant à son tour une adaptation théâtrale de l’œuvre, qui n’a, à tous points de vue, rien à envier à la version cinématographique. Le récit, narré dans le livre du point de vue interne de Momo, prend la forme de dialogues avec une évidence déconcertante, à tel point qu’il est presque nécessaire de se référer au texte pour réaliser en quoi a consisté l’adaptation.
C’est ainsi que prennent vie sous nos yeux Mme Rosa et Momo, bientôt rejoints par le Dr Katz puis Youssef Kadir (le père de Momo), dans un décor onirique, tour à tour séparés puis mis en lumière par le biais d’un rideau de tissu, sur lequel se projettent comme sur une toile les rêves et cauchemars des personnages, sous forme de films et de dessins évolutifs.
Si les quatre comédiens, sans exception, incarnent leur personnage plus qu’ils ne les interprètent, il est impossible de ne pas mettre en exergue le jeu sensible et profond de Myriam Boyer, dont la présence scénique, la démarche lourde et la voix maternelle envoûtent littéralement le spectateur jusqu’à lui faire réellement ressentir un amour filial pour Mme Rosa. Quant à Aymen Saïdi, nommé pour le Molière de la révélation théâtrale, il surprend par une crédibilité à toute épreuve dans le rôle d’un adolescent très attachant, pourtant d’une dizaine d’années son cadet.
Enfin, la mise en scène de Didier Long, quasiment imperceptible derrière le réalisme et l’impression de magie qui se dégagent de la pièce, est peut-être justement la clef de son succès, puisqu’il relève en deux heures de temps un pari théâtral que peu de metteurs en scène peuvent aujourd’hui se targuer d’avoir tenté : divertir le spectateur tout en le faisant réfléchir. Une leçon de vie magistrale, donc, pleine d’humour et de tendresse, à voir au moins une fois dans sa vie, qu’elle soit devant ou derrière soi. ¶
Johana Boudoux
Les Trois Coups
La Vie devant soi, de Romain Gary (Émile Ajar)
Adaptation : Xavier Jaillard
Mise en scène : Didier Long
Assistante à la mise en scène : Anne Rotenberg
Avec : Myriam Boyer, Aymen Saïdi, Xavier Jaillard, Magid Bouali
Décors : Jean-Michel Adam
Costumes : Jean-Daniel Vuillermoz
Lumières : Gaëlle de Malglaive
Musique : François Peyroni
Théâtre de l’Œuvre • 55, rue de Clichy • 75009 Paris
Réservations : 01 44 53 88 88
Du 9 au 30 septembre 2008 à 21 heures, dimanche à 15 h 30, relâche le lundi
Durée : 2 heures
40 € | 30 € | 20 €
Le mardi : tarif unique 15 €
Moins de 26 ans : 10 € (mardi, mercredi, jeudi)
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