Jeudi 18 septembre 2008

 

Trop ou pas pas assez


Cest définitivement un plaisir de se rendre dans lespace accueillant et reposant de la Cartoucherie, loin de lagitation urbaine de la capitale. Pour la rentrée 2008, le Théâtre de la Tempête reçoit, dans le cadre de son tandem France-Irlande, la charismatique Olwen Fouéré dans un monologue saisissant.


Le spectacle commence par une plongée dans le noir. Seule la voix rauque et usée de Paula Spencer emplit le théâtre. Plongée aussi dans l’intimité de cette mère, de cette veuve, qui nous délivre son passé de femme battue, de femme alcoolique, de femme amoureuse, mais qui, aux yeux de tous, « se cognait dans les portes »... pendant dix-sept ans. Onze ans après la mort de son mari, son passé la rattrape toujours : comment interdire à sa fille de boire quand on est soi-même alcoolique ? Comment empêcher son fils de sombrer dans la drogue quand on a honte de soi ? Comment assumer la réussite de son cadet quand on croit être un déchet ?


L’écriture de Roddy Doyle est comme une offrande de vérité. Pleines de brûlures de la vie, de ses vices et de ses souffrances, elle hurle la réalité des quartiers populaires de Dublin sans excès ni pathos, mais avec une exactitude crue et un cynisme poignant.



Tout cela constitue une matière de travail riche et dense avec un beau défi à la clé – celui d’un monologue de une heure et dix minutes – pour l’actrice Olwen Fouéré, primée à de nombreuses reprises. Ses multiples récompenses sont d’ailleurs très vite justifiées au vu de son talent indéniable et de sa présence sur le plateau. On croirait presque que c’est avec facilité qu’elle adopte les traits de cette femme marquée. On lit sur son visage l’alcool, les coups, la culpabilité et la douleur maternelle. Olwen Fouéré a une voix explosive, un charisme percutant, qui épouse étrangement le cynisme latent et l’humour corrosif de Paula Spencer. On aimerait seulement un peu plus de douceur par moments pour faire contrepoids à la tempête qui gronde en elle. Quelques intonations étranges et répétitives dues à l’adaptation en langue française (ce qui ne dessert pas le spectacle outre mesure) donnent envie de la voir jouer ce texte en anglais.


Au vu de l’expérience du scénographe Jean-Guy Lecat, qui a travaillé pas moins de vingt-cinq ans avec Peter Brook, la scénographie reste un mystère : les décors sont simples et sobres, même très simples et très sobres (quelques chaises, un micro). Disposés de manière éparse sur ce grand plateau qui reste bien nu, ils réduisent l’espace de jeu en délimitant des enclos, rendant les déplacements mécaniques et forcés. Certes très réaliste, cette scénographie aux allures peu élaborées manque au final d’esthétisme, et la dureté et la sécheresse dont elle fait preuve agit comme une redondance sur la dureté déjà marquée du personnage.


Quand à la mise en scène, mon sentiment reste partagé : trop ou pas assez. Quelques interventions semblent judicieuses. Mais on se pose alors la question : un monologue aussi chargé nécessite-t-il une mise en scène très sophistiquée et compliquée ? Non, semble penser Michel Abécassis, choix tout à fait respectable. Mais dans ce cas, la mise en scène aurait pu être encore plus épurée, sans crainte de simplicité. 


Aïda Asgharzadeh

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Paula Spencer, la femme qui se cognait aux portes, de Roddy Doyle

Compagnie Théâtre de l’Éveil • 6, impasse des Vhernes • 91 120 Palaiseau

06 61 96 60 19

gsturm.teveil@gmail.com

Adaptation et mise en scène : Michel Abécassis

Avec : Olwen Fouéré

Texte français : Isabelle D. Philippe et Ian Monk

Scénographie et lumières : Jean-Guy Lecat

Collaboration artistique : Gabrielle Strum

Théâtre de la Tempête, la Cartoucherie • route du Champ-de-Manœuvre • 75012 Paris

Réservations : 01 43 28 36 36

Du 16 au 28 septembre 2008, du mardi au samedi à 20 h 30, dimanche à 16 h 30, relâche le lundi

Durée : 1 h 10

18 € | 13 € | 10 € | tarif unique mercredi : 10 €

Recommander - Ecrire un commentaire - Publié dans : Critiques saison 2008-2009 - Par LES TROIS COUPS
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