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17 septembre 2008 3 17 /09 /septembre /2008 23:27

Électron libre

 

Lorsque « Dom Juan » naît sous la plume de Molière en 1664, c’est en réponse aux critiques du clan dévot, mené entre autres par la reine mère Marie de Médicis. Taxé d’athéisme suite à la création de « Tartuffe », Molière poursuit sa lutte contre l’hypocrisie entamée dans ses précédentes œuvres en écrivant l’histoire d’un seigneur espagnol, qui, en bafouant les lois sacrées du mariage, se fait le porte-parole de l’homme libre, dégagé de la crainte d’un courroux céleste. La pièce connaît un franc succès lors de sa création en 1665.

Plus de quatre cents plus tard, « Dom Juan » continue de fasciner le public, les acteurs, les metteurs en scène. C’est le cas de Yann-Joël Collin et de la formidable troupe d’acteurs permanents de la Comédie de Valence, qui signe ici une mise en scène originale, décomplexée, drôle et émouvante de la pièce de Molière.

 

C’est dans la sublime salle Roger-Blin du Théâtre Gérard-Philipe à Saint-Denis qu’a lieu la représentation. Au moment où les lumières s’éteignent, deux personnes peinent encore à s’installer dans les gradins. Ils s’assoient à côté de moi, prenant leurs aises. Je m’apprête à leur faire remarquer mon existence quand, tout à coup, les deux énergumènes se précipitent sur le plateau, au grand désespoir de l’ouvreuse restée pour finaliser l’installation du public. Je m’apprêtais à adresser mes remontrances à Sganarelle et Dom Juan. J’ai bien fait de me retenir…


Le rideau s’était déjà ouvert sur une scène de déclaration amoureuse entre deux jeunes premiers, qui, ébahis par l’attitude des deux intrus, restent cois. Sganarelle se plante en avant-scène et allume une cigarette, reste un long temps à nous regarder, satisfait, puis commence son éloge au tabac, premiers mots de la pièce.

 

« Dom Juan » | © David Anemian

 

Le metteur en scène a fait le choix judicieux de mettre l’action en abyme. C’est la pièce qui prend le théâtre en otage pour notre plus grande satisfaction. Un choix qui rend à la pièce de Molière ses lettres d’irrévérence, d’audace, de charme et de scandale, qu’elle devait avoir lors de sa création. Une chose est sûre, le spectateur n’est pas au bout de ses surprises…


Yann-Joël Collin sort la pièce des carcans institutionnels et la rend au peuple, confiant à ses soins les réflexions et émotions provoquées par cette œuvre géniale qui, à nouveau, fait débat. La mise en scène est simple, originale. Certains moments sont d’un esthétisme à couper le souffle. La seconde apparition d’Elvire et celle de Dom Louis, par exemple, sont littéralement bouleversantes. En outre, une utilisation judicieuse et intelligente de la vidéo participe à installer les questions soulevées par Molière dans la réalité de notre époque.

 

« Dom Juan » | © David Anemian

 

Quand aux acteurs, ils créent une véritable complicité avec le public sans jamais le mettre mal à l’aise, renforçant ainsi l’empathie de ce dernier avec les différents personnages. Ils participent tous par leur aisance, leur nonchalance, leur finesse à ce climat d’insolence dans lequel la pièce renoue avec sa fraîcheur et sa jeunesse.


C’est donc une mise en scène placée sous le signe de la liberté. Celle d’enfreindre les règles du théâtre, de ses institutions. Le sentiment que Dom Juan est joué comme il doit l’être, sans faux respect, sans démagogie, comme un hommage à son auteur et à son combat contre l’hypocrisie générale. Molière était définitivement là ce soir, debout, insolent, libre. 

 

Benjamin Brenière

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Dom Juan, de Molière

Comédie de Valence, C.D.N. Drôme-Ardèche

Mise en scène : Yann-Joël Collin

Collaborateurs artistiques : Christian Esnay, Thierry Grapotte, Pascal Collin

Avec : Yves Barbaut, Juliette Delfau, Ali Esmili, Vincent Garanger, Pauline Moulène, Anthony Poupard, Claire Semet, Hélène Viviès, Olivier Werner

Lumières : Kevin Briard

Son : Baptiste Poulain

Costumes : Patricia de Petiville, Dominique Fournier

Régie générale : Marco Couffignal, Gilbert Morel

Régie plateau : Serge Ugolini

Régie vidéo : Frédéric Tell

Poursuite : Frédéric Caron

Habillage : Véronique Fontin

Théâtre Gérard Philipe-C.D.N. de Saint-Denis • 59, boulevard Jules-Guesde • 93207 Saint-Denis cedex

www.theatregerardphilipe.com/

Réservations : 01 48 13 70 00

Salle Roger-Blin, du 15 septembre au 11 octobre 2008, du mardi au vendredi à 20 heures, samedi à 19 heures, relâche le lundi

Durée : 3 heures (avec entracte)

20 € | 15 € | 13 € | 10 € | 6 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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