Mardi 16 septembre 2008

 

Le monstre américain


En septembre 2007, le Mogador a rouvert ses portes en frappant fort : un théâtre refait à neuf pour une affiche d’exception. Comment ? Une véritable comédie musicale américaine à Paris et en français ? « Le Roi lion » s’est aujourd'hui joué plus de 400 fois, et fait toujours autant parler de lui. Avec 6 Tony Awards et 3 Molières, difficile de ne pas être impressionné. Mais, si les éloges sur ce spectacle ne tarissent pas, on oublie trop souvent d’en pointer les défauts.

 

La comédie musicale peut difficilement se détacher du film d’animation des studios Walt Disney. La fable reste la même : une naissance, une mort, un combat, un amour menant à une nouvelle naissance. C’est le cercle de la vie ! Pour l’illustrer, un jeune lionceau, Simba, fils du roi des animaux, naît sur une terre qui deviendra sienne. Mais son oncle, jaloux et envieux, retarde son accession au trône en tuant le roi et en forçant Simba à fuir. Le sens du devoir, l’amour des siens et un profond attachement à sa terre rattrapent le lionceau devenu grand. Il est alors temps pour lui d’aller reconquérir son territoire.


Reconnaissons-le : l’histoire gagne en intérêt dans la version du spectacle vivant (pardon pour les fans inconditionnels du dessin animé !). Elle quitte subtilement une pseudo-vocation universelle pour faire indirectement référence à l’apartheid en Afrique du Sud. Lebo M. a composé des chansons additionnelles pour la comédie musicale. Il mêle alors des chants zoulous aux morceaux mondialement connus d’Elton John et de Tim Rice. Ces morceaux restent les bonnes surprises du spectacle, qui parvient alors à s’extraire d’une morale bien simpliste, chère aux dessins animés de Walt Disney.



L’autre bonne surprise concerne l’ingéniosité du metteur en scène, Julie Taymor. En ayant recours aux marionnettes et aux masques, elle donne naissance à des personnages doubles : mi-hommes, mi-animaux. Elle joue avec le corps du danseur, qui sert de point de départ à la marionnette. Tantôt des extensions au bout des bras lui permettent de se tenir à quatre pattes, tantôt, avec des gazelles ou des oiseaux fixés sur lui, il déplace tout un troupeau ! Sans qu’on s’y attende, la scène se métamorphose en véritable jungle, où éléphants, zèbres et léopards dansent et chantent en chœur. Avec une grande habileté, Julie Taymor parvient également à déjouer les contraintes d’espace, auxquelles elle peut être confrontée, en utilisant une machinerie performante. Bref, les trouvailles de Julie Taymor sont pour la plupart remarquables et valent réellement le détour.


Mais la liste des compliments s’arrête là ! Car, très vite, on regrette un recours systématique au « trop » : trop de masques, trop d’effets de lumière, trop de personnages sur scène, trop d’effets de mise en scène, trop de machinesSi bien que la surprise et l’émerveillement passés, les algues qui pendent du plafond, le drap qui fait office de rivière où passent les poissons, et les montagnes qui sortent du sol nous lassent très vite. Même les marionnettes, qui sont pourtant l’atout indéniable du spectacle, tombent dans cet excès : tous les types de marionnettes défilent devant nos yeux sans qu’aucun choix ne se justifie réellement. Le spectacle peut alors s’apparenter à une simple démonstration des différentes techniques liées au théâtre d’objets. En bref, peu importe ce qui se passe, ce qui est dit, tant qu’on nous en met « plein la vue ».



Aussi, quand le plateau se révèle miraculeusement nu le temps d’une chanson, le spectacle nous touche dans son humanité et sa simplicité. On réalise enfin que, sous ces effets, ces masques et ces costumes, existent des comédiens qui chantent, qui dansent et qui jouent. Malheureusement, on préfèrerait parfois ne pas avoir le temps de le remarquer


Car la distribution est particulièrement inégaletriste constatation pour un spectacle si exigeant. Certes, deux membres de la troupe relèvent le niveau : Swazi Mokoena, bien que simple doublure de Rafiki, conquiert le public dès qu’elle se met à chanter ou à faire des pitreries. Olivier Breitman, quant à lui, nous offre un Scar imposant, diabolique et d’une grande rigueur. Mais, sinon, disons-le honnêtement, la plupart des interprètes ne sont compétents que dans une des trois disciplines exigées par un tel spectacle : soit ils maîtrisent le chant, soit c’est le jeu d’acteur, soit c’est la danse. La palme revient à Jérémy Fontanet, notre Simba adulte, qui, en plus d’avoir un jeu et un corps maladroits, peine à trouver la note juste !



La majorité de la troupe rechigne également à articuler : manque de technique qui devient de plus en plus irritant au fil du spectacle. Ce problème se révèle d’autant plus gênant lorsqu’on réalise que les paroles des chansons diffèrent de celles du dessin animé (très certainement pour une question de droits). Stéphane Laporte a donc eu la lourde tâche de changer les paroles de chansons bien ancrées dans les mémoires. Lamour brille sous les étoiles devient tristement Quand soudain lamour est là. Mais cette nouvelle traduction serait difficilement critiquable si elle ne se laissait aller à des modernisations malencontreuses. C’est ainsi que Je voudrais déjà être roi est devenu Moi jveux super vite être roi !


Le spectacle m’a donc laissée dans un état extrêmement paradoxal : j’ai le sentiment d’avoir assisté à un spectacle exceptionnel, mais seulement par fragments. Je dois avouer avoir même décroché à plusieurs reprises. Mais je pardonnerais très certainement l’excès de zèle dans les effets et la mise en scène si le manque de professionnalisme des interprètes ne venait pas tenir le tableau. Bilan : si je revois ce spectacle, ce sera à Broadway ! 


Bianca Guitton

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Le Roi lion, adapté du scénario original dIrene Mecchi, Jonathan Roberts et Linda Woolverton

www.leroilion.fr

Mise en scène, costumes, masques et marionnettes : Julie Taymor

Musique et paroles : Elton John et Tim Rice

Musique et paroles additionnelles : Lebo M, Mark Mancina, Jay Rifkin, Julie Taymor et Hans Zimmer

Adaptation du livret et des paroles : Stéphane Laporte

Avec, dans les rôles principaux :Olivier Breitman, Jean-Luc Guizonne, Swazi Mokoena, David Eguren, Christian Abart, Arnaud Léonard, Jérémy Fontanet, Léah Vincent, Céline Languedoc, Valéry Rodriguez, Mickaël Viguier, Mélina M’Poy

Théâtre Mogador • 25, rue de Mogador • 75009 Paris

Réservations : 0 820 88 87 89

http://www.mogador.net/fr/reservation/

Saison 1 : du 14 septembre 2007 au 30 septembre 2008, à 20 heures

Saison 2 : du 1er octobre 2008 au 31 janvier 2009, à 20 heures

Durée : 3 heures

105 € | 95 € | 85 € | 75 € | 55 € | 45 € | 25 €

Recommander - Ecrire un commentaire - Publié dans : Critiques saison 2008-2009 - Par LES TROIS COUPS
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