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16 septembre 2008 2 16 /09 /septembre /2008 15:59

Le monstre américain

 

En septembre 2007, le Mogador a rouvert ses portes en frappant fort : un théâtre refait à neuf pour une affiche d’exception. Comment ? Une véritable comédie musicale américaine à Paris et en français ? « Le Roi lion » s’est aujourd'hui joué plus de 400 fois, et fait toujours autant parler de lui. Avec 6 Tony Awards et 3 Molières, difficile de ne pas être impressionné. Mais, si les éloges sur ce spectacle ne tarissent pas, on oublie trop souvent d’en pointer les défauts.

 

Reconnaissons-le : l’histoire gagne en intérêt dans la version du spectacle vivant (pardon pour les fans inconditionnels du dessin animé !). Elle quitte subtilement une pseudo-vocation universelle pour faire indirectement référence à l’apartheid en Afrique du Sud. Lebo M. a composé des chansons additionnelles pour la comédie musicale. Il mêle alors des chants zoulous aux morceaux mondialement connus d’Elton John et de Tim Rice. Ces morceaux restent les bonnes surprises du spectacle, qui parvient alors à s’extraire d’une morale bien simpliste, chère aux dessins animés de Walt Disney.

 

« le Roi lion » | © Disney - Photo Brinkhoff|Mögenburg

 

L’autre bonne surprise concerne l’ingéniosité du metteur en scène, Julie Taymor. En ayant recours aux marionnettes et aux masques, elle donne naissance à des personnages doubles : mi-hommes, mi-animaux. Elle joue avec le corps du danseur, qui sert de point de départ à la marionnette. Tantôt des extensions au bout des bras lui permettent de se tenir à quatre pattes, tantôt, avec des gazelles ou des oiseaux fixés sur lui, il déplace tout un troupeau ! Sans qu’on s’y attende, la scène se métamorphose en véritable jungle, où éléphants, zèbres et léopards dansent et chantent en chœur. Avec une grande habileté, Julie Taymor parvient également à déjouer les contraintes d’espace, auxquelles elle peut être confrontée, en utilisant une machinerie performante. Bref, les trouvailles de Julie Taymor sont pour la plupart remarquables et valent réellement le détour.

 

Mais la liste des compliments s’arrête là ! Car, très vite, on regrette un recours systématique au « trop » : trop de masques, trop d’effets de lumière, trop de personnages sur scène, trop d’effets de mise en scène, trop de machines… Si bien que la surprise et l’émerveillement passés, les algues qui pendent du plafond, le drap qui fait office de rivière où passent les poissons, et les montagnes qui sortent du sol nous lassent très vite. Même les marionnettes, qui sont pourtant l’atout indéniable du spectacle, tombent dans cet excès : tous les types de marionnettes défilent devant nos yeux sans qu’aucun choix ne se justifie réellement. Le spectacle peut alors s’apparenter à une simple démonstration des différentes techniques liées au théâtre d’objets. En bref, peu importe ce qui se passe, ce qui est dit, tant qu’on nous en met « plein la vue ».

 

« le Roi lion » | © Disney - Photo Brinkhoff|Mögenburg

 

Aussi, quand le plateau se révèle miraculeusement nu le temps d’une chanson, le spectacle nous touche dans son humanité et sa simplicité. On réalise enfin que, sous ces effets, ces masques et ces costumes, existent des comédiens qui chantent, qui dansent et qui jouent. Malheureusement, on préfèrerait parfois ne pas avoir le temps de le remarquer…

 

Car la distribution est particulièrement inégale – triste constatation pour un spectacle si exigeant. Certes, deux membres de la troupe relèvent le niveau : Swazi Mokoena, bien que simple doublure de Rafiki, conquiert le public dès qu’elle se met à chanter ou à faire des pitreries. Olivier Breitman, quant à lui, nous offre un Scar imposant, diabolique et d’une grande rigueur. Mais, sinon, disons-le honnêtement, la plupart des interprètes ne sont compétents que dans une des trois disciplines exigées par un tel spectacle : soit ils maîtrisent le chant, soit c’est le jeu d’acteur, soit c’est la danse. La palme revient à Jérémy Fontanet, notre Simba adulte, qui, en plus d’avoir un jeu et un corps maladroits, peine à trouver la note juste !

 

« le Roi lion » | © Disney - Photo Brinkhoff|Mögenburg

 

La majorité de la troupe rechigne également à articuler : manque de technique qui devient de plus en plus irritant au fil du spectacle. Ce problème se révèle d’autant plus gênant lorsqu’on réalise que les paroles des chansons diffèrent de celles du dessin animé (très certainement pour une question de droits). Stéphane Laporte a donc eu la lourde tâche de changer les paroles de chansons bien ancrées dans les mémoires. L’amour brille sous les étoiles devient tristement Quand soudain l’amour est là. Mais cette nouvelle traduction serait difficilement critiquable si elle ne se laissait aller à des modernisations malencontreuses. C’est ainsi que Je voudrais déjà être roi est devenu Moi j’veux super vite être roi !

 

Le spectacle m’a donc laissée dans un état extrêmement paradoxal : j’ai le sentiment d’avoir assisté à un spectacle exceptionnel, mais seulement par fragments. Je dois avouer avoir même décroché à plusieurs reprises. Mais je pardonnerais très certainement l’excès de zèle dans les effets et la mise en scène si le manque de professionnalisme des interprètes ne venait pas tenir le tableau. Bilan : si je revois ce spectacle, ce sera à Broadway ! 

 

Bianca Guitton

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Le Roi lion, adapté du scénario original d’Irene Mecchi, Jonathan Roberts et Linda Woolverton

www.leroilion.fr

Mise en scène, costumes, masques et marionnettes : Julie Taymor

Musique et paroles : Elton John et Tim Rice

Musique et paroles additionnelles : Lebo M, Mark Mancina, Jay Rifkin, Julie Taymor et Hans Zimmer

Adaptation du livret et des paroles : Stéphane Laporte

Avec, dans les rôles principaux : Olivier Breitman, Jean-Luc Guizonne, Swazi Mokoena, David Eguren, Christian Abart, Arnaud Léonard, Jérémy Fontanet, Léah Vincent, Céline Languedoc, Valéry Rodriguez, Mickaël Viguier, Mélina M’Poy

Théâtre Mogador • 25, rue de Mogador • 75009 Paris

Réservations : 0 820 88 87 89

http://www.mogador.net/fr/reservation/

Saison 1 : du 14 septembre 2007 au 30 septembre 2008, à 20 heures

Saison 2 : du 1er octobre 2008 au 31 janvier 2009, à 20 heures

Durée : 3 heures

105 € | 95 € | 85 € | 75 € | 55 € | 45 € | 25 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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commentaires

Mathilde 03/09/2009 23:25

Je réagis à ce commentaire qui me surprend quelque peu, je ne suis qu'une jeune fille de 17 ans qui ne prétend pas avoir un jugement meilleur que les autres mais qui souhaite juste apporter son point de vue. J'ai asisté au spectacle et comme la plupart des gens qui en parlent, j'ai été émerveillévée (on va me dire "tu parles d'un jugement"), je remercie d'avance pour les dires élogieux qui débutent cette article mais le probleme pour moi est la suite, la critique est plutot dure, "trop de mécanique, trop de masques", le mot "tro"p est d'aprés moi exagéré, personnellement je ne me lasse pas de voir les prodigue qu'ils ont réalisé avec ce matériel car ne l'oublions pas, nous sommes au thêatre et non pas au cinéma, on ne peux se permettre d'avoir le faste des réalisateurs qui produisent des films... je comprend que le fait d'en mettre "plein la vue" peut agacer certains mais n'est ce pas le but de chacun dans le monde du spectacle ou de la vie courante (mais je m'éloigne)...Pour moi, ils ont réussi à trouver un juste milieux.Ensuite, il y a la critique à propos des divers interprètes, celle-ci aussi (toujours d'après moi) est un peu dure, il est vrai que les personnes ayant le role de Rafiki et Scar sont tout simplement géniaux ( et même peut être plus), mais les autres sont tout aussi doués, l'interprète de Zazou est même époustouflant, la manipulation de la marionnette de son personnage, son élocution et son dynamisme physique restent impressionnants...Les autres personnages sont également grandioses et même si il arrive à certains de bafoullier quelque peu, nous sommes au théatre, on ne peux pas faire comme au cinéma ou si la prise est mauvaise, on recommence... Si d'autre, n'ont pas l'élégance qui correspond à l'animal, on peut aussi mettre en cause les costumes qui sont plus qu'emcombrants...Les musiques, bien que changées par rapport au film, restent fidèles au message ou au swing que celles du long-métrage revendiquent... ça offre une nouvelle version plus neuf ^^ En conclusion, pour moi ce spectacle reste quelque chose de magnifique, grâce à la musique, aux acteurs, au mécanisme utilisé et ceux qui les mettent en place... (cela reste mon opinion, je ne revendique pas que celle-ci soit meilleure que d'autres).ps: je vous pries de m'excuser pour les fautes d'orthographes...

Arnouuuld 11/02/2009 18:16

Bonsoir,Pour avoir vu le spectacle à Broadway en 2006 et à Paris en 2008, je peux vous certifier que si vous vous attendez à la perfection New-yorkaise en y assistant dans la grosse pomme, vous serez décu... Pour dire, je suis sorti du theatre Mogador plus conquis que je n'ai pu l'etre deux ans avant. Bien evidement qu'il y a une enorme part de subjectivité dans l'appréciation de spectacles, mais je me suis basé sur de nombreux critères objectifs tels que le jeu des acteurs ou la justesse des voix oubien la danse de la troupe pour me permettre de comparer les deux versions. Comme quoi, même aux Etats-Unis, on peut etre décus ;) Ps : il leur reste évidement le texte original comme atout majeur ;)

Jess 31/10/2008 10:19

Personnellement, j'ai beaucoup aimé ce spectacle. Tous les masques et machines ne sont pas trop à mes yeux, mais simplement témoins de l'extrème rigueur nécessaire à ce spectacle. Ils ont mis la barre très haut pour un spectacle à Paris, c'est un genre nouveau, l'inverse du théâtre intimiste.Si quelqu'un est interessé par le pourquoi du comment de ce spectacle, il existe un blog très interessant (www.blog-leroilion.fr) qui nous permet de découvrir les coulisses et tout le travail qui existe derrière ce show !

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