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3 mars 2006 5 03 /03 /mars /2006 23:03

Off du Festival : la lente agonie libérale

 

En lutte depuis trois ans pour la défense des droits sociaux des artistes et techniciens du spectacle vivant, le collectif du 25-Février a mené peu d’actions en direction du Festival off, alors qu’il a souvent attaqué frontalement le Festival in pour ses atermoiements et son manque d’engagement dans la crise majeure que traverse la culture depuis 2003.

 

Il y a une raison principale à cette différence de traitement : nous nous faisons une idée suffisamment haute de ce que devrait être le Festival in pour le considérer comme un interlocuteur valable, alors qu’il est bien difficile de s’en prendre à une chose aussi informe et tentaculaire que le Off.

Aujourd’hui, la crise du Off est telle qu’il nous semble important de donner notre point de vue sur la situation.

 

« Du rififi chez les marchands du temple », pourrait s’intituler ce texte.

Le temple, c’est le théâtre. Les marchands, les loueurs de salles. Rongé depuis des années par l’inflation numérique des spectacles, la perte de sens, la mise en concurrence des artistes, le Festival off est aujourd’hui à l’agonie. Les structures « tiroirs-caisses » se multiplient sans concertation ni réflexion : APO, AFO, ARTO, ALFA, Festival & Compagnies, Scènes d’Avignon, etc. Un vrai panier de crabes !

 

Il fallait s’y attendre : le séisme de l’été 2003 n’aura servi à rien.

En tout cas pas à éveiller les consciences de tout ce beau monde : loueurs de salles, directeurs de théâtres, commerçants, politiques locaux, tous sont unis dans un même élan, et réunis (malgré les haines intestines) derrière un seul intérêt : celui de faire un maximum d’argent dans un minimum de temps (le mois de juillet).

 

Rappelons qu’après la grève de l’été 2003, certains commerçants voulurent faire un procès aux compagnies qui s’étaient mis en grève, en raison de leur manque à gagner financier !

Rappelons qu’à l’automne 2003, le collectif du 25-Février, qui contacta la quasi totalité des lieux du Off (fermés d’août à juin) pour trouver une salle de réunion avec permanence téléphonique et accueil, ne reçut que deux réponses positives.

Rappelons que durant l’été 2003, au plus fort de la crise, des débats et des assemblées générales, toutes les interrogations furent de mise au sujet du Festival off. Ce nouveau régime d’assurance-chômage des artistes et techniciens du spectacle, qui allait clairsemer les rangs des intermittents n’aurait-il pas des incidences désastreuses sur le Off ?

Combien de compagnies de théâtre auraient encore les moyens de venir à Avignon dans les années à venir ? L’avenir du Off n’était-il pas compromis ?

À trois ans de distance, ces interrogations font sourire.

 

C’est malheureusement et bien évidemment tout l’inverse qui s’est passé.

Un nombre toujours plus grand de compagnies viennent chaque année à Avignon (environ 700 spectacles en 2005, combien en 2006 ?).

Ultime recours face aux conditions de plus en plus dures des artistes, le Festival off fait de plus en plus figure de miroir aux alouettes. De nombreuses compagnies, qui avaient toujours refusé de venir à Avignon, y viennent aujourd’hui, frappées sévèrement par les effets pervers de la régionalisation et les réductions budgétaires. Elles se précipitent à Avignon avec le fol espoir d’y « faire leur saison ». La loi de la concurrence et les pires dérives du libéralisme sont ainsi à l’œuvre. L’explosion des « one-man-show » sponsorisés par TF1 et autres médias commerciaux, la présence de plus en plus grande de troupes amateurs, dessinent par ailleurs sous nos yeux le nouveau paysage culturel tenant lieu de programme politique au Medef et au gouvernement : d’un côté « l’excellence culturelle » (le Festival in), de l’autre la culture de masse (le Festival off).

Cette description est volontairement simplifiée. Bien entendu qu’il y a d’excellents spectacles dans le Off (à rechercher comme des aiguilles dans une botte de foin) et des « déchets » dans le in (dixit la direction du Festival en juillet 2006). Nous décrivons ici une évolution générale, qui nous semble, elle, particulièrement révélatrice d’une situation politique globale.

Il ne faut pas oublier, dans ce jeu de dupes à plusieurs bandes, deux acteurs principaux, sans lesquels les règles du jeu s’écrouleraient : d’un côté les diffuseurs et, de l’autre, les politiques locaux.

 

Les diffuseurs, qui, par commodité et paresse, participent à cette marchandisation généralisée. À cette immense foire du théâtre. Quelle place reste-t-il dans ce contexte pour l’expérimentation, la prise de risque, l’insolence et la violence verbale ? Bien peu. Quelle place reste-t-il pour les rencontres humaines ? Les échanges entre artistes ? Le partage entre artistes et public hors des relations mercantiles et de la consommation de spectacles ? Bien peu aussi. Alors on peut légitimement se demander pourquoi certains initiateurs du Off, brillants auteurs de brûlots révolutionnaires il y a quarante ans, ne claquent pas la porte aujourd’hui. Pourquoi s’acoquinent-ils aux marchands du temple ?

 

Les politiques locaux, qui, eux, n’ont en ligne de mire que les retombées économiques sur la ville, sans aucune réflexion de fond sur la fantastique aventure humaine que pourrait être le Festival off.

 

Jusqu’à quand cette agonie durera-t-elle ? Et peut-on raisonnablement croire aujourd’hui à la « refondation » possible du Off ? De fait, le Off n’existe pas, puisqu’il n’a ni réglementation, ni direction artistique, ni limites à ces dérives multiples. Comment, dans ces conditions, croire à sa « renaissance » éventuelle ?

Le collectif du 25-Février

 

Recueilli par

Vincent Cambier

www.lestroiscoups.com

Site : www.collectif25.com

Courriel : collectif25@no-log.org

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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