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14 septembre 2008 7 14 /09 /septembre /2008 15:31

Farcesque !

 

« Et si c’était vrai ? » n’est plus seulement le premier fait littéraire d’un auteur à succès, mais aussi et surtout le nom d’une jeune troupe de théâtre lyonnaise à la direction artistique audacieuse. Celle-ci nous présente ce soir ses « Farce(s) », empruntées pour certaines et librement inspirées pour d’autres des œuvres de Plaute et d’Aristophane.

 

« Si vos oreilles sont libres, donnez moi votre attention », dit le chef d’Histrionie à son audience. Ce chef malicieux est un sacré personnage : marcel noir sur ventre bedonnant, collants moulants, cheveux hirsutes et veste de costume. Chef de troupe de six comédiens, il orchestre une série de sketchs courts. Le premier sketch reprend notamment les Grenouilles d’Aristophane, avec l’entrée aux Enfers de Dionysos et de son esclave Xanthias. En reprenant pour prologue celui de la Comédie des ânes de Plaute, il apostrophe le spectateur et lui fait ses recommandations d’usages – non dénuées d’humour –, avant chaque sketch.

 

Déjà mis en garde contre ce passage d’histrions, le public ne pense pas traverser aussi loin les âges de la farce, guidé par un barde romain devenu tour à tour crieur moderne puis menestrel médiéval. La recette de la farce classique est savamment suivie. Les intrigues s’enchaînent, de cabotinages en bastonnades, aux stéréotypes récurrents : la meunière bat le meunier, qu’elle trompe avec le curé. L’on s’ébat même dans le lit mortuaire au moment de l’extrême onction… L’esclave héroïque supplante un Dionysos chiard, lâche et maladroit. Un jeune homme est reluqué, aguiché et abusé par une troupe de trois vieilles nymphomanes, sur fond de comédie musicale.

 

Le dispositif est simple, fait d’un espace sans contrainte. Le front de scène est modulable : il consiste en un drap blanc étendu sur un fil. La pièce est un vrai spectacle visuel, signalisé de toutes sortes de codes : aux Enfers, des masques phalliques remplacent les cornes de diable. D’autres masques – prosodiques – enrichissent les effets du rire : variations d’accents, de ton, superposition de voix, langue inventée. Le décor, quant à lui, est composé d’objets improbables : escabeau, sombrero, Caddie de supermarché.

 

 

Le jeu est d’une grande moquerie et use d’un comique immédiat : comique de situation et de gestes. L’occupation totale de l’espace permet un jeu avec le public. Toutefois l’attention du spectacteur est sollicitée par des codes humoristiques éreintants. Mais l’acharnement paie : le spectateur est chatouillé, le rire est provoqué. Divertissant dans l’ensemble, l’humour ne tient parfois qu’à un fil, mais la comédie, même désarticulée, est vue sous toutes ses coutures.

 

Métathéâtrale, la pièce est construite sur un savant jeu de mise en abyme. La redondance des effets comiques y rappelle quant à elle le principe des spectacles visuels antiques au contenu hautement satirique et autoréflexif. Les comédiens sont spécialisés dans des rôles types : l’idiot, la méchante, l’aguicheuse… L’espace dramatique est, lui, mis à mal lorsque, à certains moments de la pièce, des comédiens sortent du jeu pour s’adonner à une autre activité : le barde part faire ses gammes, le chef culbute une damoiselle. Se posent alors les questions fondamentales : qui est dans la pièce ? où est la pièce ? On l’emprunte comme on la quitte, et celle-ci devient un lieu de passage pour une comédie libre.

 

On regrette parfois l’imprécision dans l’enchaînement des sketchs, qui rend brouillonne l’impression finale. On apprécie toutefois la générosité de jeu et la présence naturelle des comédiens. Plus généralement, on salue le travail et la réflexion proposée, qui confère à ce spectacle non moins ouvert, drôle, cru, moqueur, incommodant, une dimension salutaire !

 

Cendrine Flores

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Farce(s)

Compagnie Et si c’était vrai ?

cieetsicetaitvrai@gmail.com

Avec : Thibault Deloche, Coline Galeazzi, Élodie Grumelart, Guillaume Motte, Olivia Musitelli, Florian Santos

L’Élysée • 14, rue Basse-Combalot • 69007 Lyon

Réservations : 04 78 58 88 25

Les 11 et 12 septembre 2008 à 19 h 30

12 € | 10 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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