Charmes et amusement
En prémices de cette nouvelle saison, le théâtre L’Élysée a choisi de faire honneur à un genre théâtral des plus anciens, mais non des plus connus, celui de la farce. La compagnie Et si c’était vrai ? nous fait ainsi découvrir le fruit de sa résidence estivale et nous convie à un voyage dans le temps avec « Farce(s) ».
Genre dramatique comportant une morale, la farce a pour vocation de faire rire. Ce registre est réputé pour user de grossièretés, de bouffonneries et autres absurdités. C’est dans le plus grand respect de cette tradition que les comédiens de la compagnie Et si c’était vrai ? renouent avec ce type de théâtre. Ils en dévoilent ainsi les principaux aspects à l’image des maîtres du genre comme Aristophane ou encore Plaute.
Farce(s) forme un ensemble qui à première vue peut sembler, aux yeux du spectateur, quelque peu hétéroclite, voire confus. On ne sait pas trop où va mener cette joyeuse pagaille. Pourtant, un rythme s’installe rapidement, composé d’une succession de saynètes et de chansons. L’ensemble est ponctué par les prologues du grand chef d’Histrionie ou encore par les interventions du barde de service, accompagné de sa guitare.
La drôlerie ne manque pas et se dévoile sous diverses formes, notamment par le biais de quiproquos en tous genres. Friponneries et autres ruses sont également utilisées. La pièce mêle des références à Dario Fo aux influences telles que le théâtre de Guignol pour les coups de gourdin. L’univers est également celui des séries télévisées : le metteur en scène avoue ouvertement être un enfant de la télé. Enfin, on retrouve le style du manga (un esclave exécute des mouvements de ninja) ou encore de la bande dessinée, avec un esprit rappelant celui de Fluide glacial. La tonalité humoristique flirte avec le graveleux, le scatologique voire le grand guignol. C’est, par exemple, le cas avec la chanson l’Assemblée des femmes, dont les paroles sont d’une incomparable grossièreté.
Le décor très sommaire, fait de bric et de broc permet lui aussi de renouer avec les origines de la farce, qui, au Moyen Âge était interprétée par des comédiens ambulants. Sur scène, on peut observer un drap, pièce clé du décor, qui se prête à d’inventifs jeux de scène. Il permet en effet de créer de multiples illusions, de suggérer des évènements, comme des scènes érotiques entre la femme du meunier et le prêtre, par exemple. Cette simplicité souligne l’exploitation possible de ce spectacle en théâtre de rue. Les costumes, quant à eux, relèvent de la même simplicité puisqu’ils se résument à des collants, qui soulignent le côté ridicule des personnages tout en rappelant les tenues vestimentaires des ménestrels.
Le jeu des acteurs, enfin, est marqué par une énergie remarquable. Chacun d’eux illustre à merveille les traits caricaturaux des personnages de la farce. Les sept comédiens mettent tout leur talent au service de l’humour et avancent en rythme dans une hystérie qui ne cesse d’aller crescendo. Ce rythme va parfois jusqu’à épuiser le spectateur. Pourtant, pour peu que celui-ci soit doté d’un minimum de sens de l’humour, il prendra plaisir à rire aux farces ici contées.
Ainsi, à défaut d’être un grand moment de théâtre, c’est un moment de légèreté et de divertissement que nous propose la compagnie Et si c’était vrai ? avec Farce(s). Ce qui demeure très appréciable en cette grise période de rentrée. ¶
Élise Ternat
Les Trois Coups
Farce(s)
Compagnie Et si c’était vrai ?
Contact : cieetsicetaitvrai@gmail.com
Texte et mise en scène collective
Avec : Thibault Deloche, Coline Galeazzi, Élodie Grumelart, Guillaume Motte, Olivia Musitelli, Florian Santos
Théâtre L’Élysée • 14, rue Basse-Combalot • 69007 Lyon
En avant saison le 11 et 12 septembre 2008 à 19 h 30
Réservations : 04 78 58 88 25
Durée : 1 h 10
10 € | 12 €
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