Jeudi 11 septembre 2008

 

Une quête identitaire sobre et pudique


Michèle Nguyen développe, de spectacle en spectacle, une gestuelle, une écriture et un univers très personnels fondés sur le quotidien. L’épure est sa quête. Du Vietnam, elle a rapporté des ambiances, rassemblé des bribes de mémoire, qu’elle nous livre au Tarmac, dans un spectacle sobre et pudique.


Née en Algérie d’un père vietnamien et dune mère belge, il nest pas étonnant que lidentité et lorigine soient au cœur de la création de Michèle Nguyen. Lorsquelle a commencé les répétitions, avec le metteur en scène Alberto Garcia, pour un spectacle de contes vietnamiens, la comédienne sest aperçue quelle ne pouvait même pas chantonner de berceuse. Elle ignorait tout de cette musique. Elle a donc décidé daller apprendre sur place. Elle sy est rendue à deux reprises. Sur les traces de son père absent… Ce spectacle a été, pour elle, loccasion de découvrir un pays qui lui était jusqualors totalement étranger, de se rapprocher de ce Vietnam si lointain.


À quelques pas delle est donc le fruit de deux voyages. Ce parcours initiatique na pas été dénué dembûches : les complications administratives, les quiproquos, les problèmes daccent. Avec humour, Michèle Nguyen nous révèle avoir enfin compris comment prononcer ce nom que portent les trois quarts des Vietnamiens. Mais ces obstacles nont pas empêché de fructueuses rencontres. Ses recherches lont menée de son histoire intime jusquaux sources de la tradition. Quelques compagnons de contes et de légendes (la fille du mandarin, le pêcheur amoureux ou la petite aigrette) surgissent dune mémoire ancestrale.


Cest par les mots et les gestes que la conteuse nous conduit là-bas. Finalement, elle laisse peu de place à la musique, si ce nest une petite musique intérieure : « Ce que je voudrais, cest vous parler dune musique […] entendue là-bas. Dabord subie, exécrée, rejetée que […] jai appris à écouter ».


Reste que son spectacle mise davantage sur le sonore que le visuel. Sur un plateau nu, baigné dune lumière tiède, la conteuse évoque lheure du thé, les étals colorés, les fragrances asiatiques ; la touriste nous livre anecdotes et souvenirs, tandis que, par intermittence, une bande-son donne à entendre la voix de quelques-unes des personnes rencontrées et nous restitue lambiance : clameurs de Hanoi avec ses Klaxons et ses conducteurs de cyclo, bruissements de la nature avec le vent qui souffle entre les bambous et le lotus, rumeurs du monde avec les cris denfants ou les babillages de sa propre fille.


Les enfants sont au cœur même de ce spectacle : ceux des rues, comme ceux, fraîchement adoptés, qui se sont mis à hurler au moment du décollage de lavion qui ramène Michèle Nguyen en Belgique, ou encore ceux qui assureront, à leur tour, la transmission, quils soient dici ou dailleurs. Cest précisément le fait dêtre devenue mère qui la aidée à se réconcilier avec cette partie delle-même, ses origines négligées. En trouvant la mélodie de cette berceuse quelle ne parvenait pas à entonner – le refrain ponctue la pièce –, Michèle Nguyen comprend mieux ses racines et aide ainsi sa fille, née elle aussi loin du Vietnam, à mieux grandir. La mère est également le pilier de la tradition, lhéroïne de légendes.


Avec ce monologue sur la quête identitaire, Michèle Nguyen bouleverse les frontières du conte, car elle nous livre le témoignage dune femme qui se voit « pour la première fois vietnamienne dans le miroir ». Et, par cette berceuse, cette petite musique intérieure enfin retrouvée, cette jeune mère accouche au monde, avec grâce et délicatesse. 


Léna Martinelli

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


À quelques pas delle, de Michèle Nguyen

Compagnie Michèle-Nguyen • Belgique

michele@michelenguyen.com

www.michelenguyen.com

Mise en scène : Alberto Garcia Sanchez

Avec : Michèle Nguyen

Prise de son : Didier Mélon et Michèle Nguyen

Conception sonore : Marc Doutrepont

Création lumière : Nathalie Borlée

Costumes : Orphée

Régie : Morane Asloun

Diffusion : Hervé d’Otreppe

herve.dotreppe@swing.be

Portable : +32 496 / 81 24 67

Le Tarmac • parc de la Villette • 75019 Paris

Du 9 au 27 septembre 2008, du mardi au vendredi à 20 heures, les samedi à 16 heures et 20 heures, relâche exceptionnelle les 19 et 20 septembre 2008

Réservations : 01 40 03 93 95

Durée : 1 h 10

16 € | 12 € | 5 €

Recommander - Ecrire un commentaire - Publié dans : Critiques saison 2008-2009 - Par LES TROIS COUPS
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