Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
7 septembre 2008 7 07 /09 /septembre /2008 13:44

Tu ne mentiras pas

 

Serge, en voulant séduire Gwendoline, s’enferme dans la spirale du mensonge, enchaînant les situations désespérées et les quiproquos drolatiques. L’interprétation est énergique et la mise en scène habile, ce qui pourrait donner un excellent spectacle. Mais c’est un texte creux et attendu que l’on découvre. Pièce à ne voir qu’avec l’arrière du cerveau.

 

Serge est mal parti. Divorcé, il ne s’en remet pas. Au chômage, il n’a pas le moral. Ses amis Valérie et François, fraîchement mariés et heureux, viennent juste de s’installer dans un gigantesque loft. Tout va bien pour eux, ils partent en vacances en Croatie et confient leur appartement en garde à Serge. Lorsque celui-ci rencontre Gwendoline dans une soirée et la ramène chez lui – enfin, chez eux, malgré les exigences de l’ultra-jalouse Valérie – il entre dans une spirale de mensonge qui détruira son entourage.


Mais attention, ceci est avant tout une pièce comique, de divertissement. On est donc là pour rire, et tout le monde fait tout son possible pour qu’on rie effectivement. Les acteurs d’abord : avec énergie et sens du rythme, ils tiennent la pièce sans défaillir. Les répliques sont envoyées du tac au tac, les situations enchaînées avec aisance et volubilité. La mise en scène dans son ensemble est enlevée, servie par un décor et des lumières habiles qui font défiler les lieux sans même qu’on s’en aperçoive, et même assez joliment. Tout ceci est agréable à regarder et se suit avec un vrai plaisir.


Même l’auteur fait tout pour faire rire. Il y arrive d’ailleurs plutôt bien : par les situations qu’il choisit et par la plupart des répliques qui sont connues depuis longtemps pour être efficaces. Tellement connues, tellement vues, et tellement peu originales qu’elles peuvent lasser le spectateur critique et finalement manquer leur objectif. Quelques-unes sont surprenantes, et à intervalles suffisamment bien dosés pour qu’on ne s’ennuie pas trop. On a pourtant le sentiment que Xavier Daugreilh se perd en courbettes devant son public, qu’il évite toute invention, toute fantaisie, pour ne pas risquer de le déstabiliser, et ne cherche qu’à le fournir en clichés et formules prémâchées que celui-ci ingurgite en poussant des gloussements de piaf repus.


On ne peut pas en vouloir au public. Moi-même, j’ai parfois aimé ça. On peut par contre en vouloir à l’auteur. Lui faire un procès pour écriture bourgeoise stéréotypée, l’accusant de ne pas chercher à « élever » le public, de le prendre pour un banc de merlans, ce serait véritable et justifié, mais digne des clichés dont la pièce est nourrie. Il pèche surtout par manque d’audace, au sein même de son propre système de codes. Ce grain de personnalité qui signe une pièce, qui fait qu’elle est de Xavier Daugreilh et non le résultat d’un cadavre exquis entre copains, pas possible d’en voir la trace. Il y a du potentiel dans cette pièce, dans les personnages et les situations. Mais l’auteur ne semble pas vouloir s’y investir, les éléments originaux sont effleurés là où ils pourraient propulser le propos, et les rôles en ressortent plats, dessinés en surface, sans grinçant, sans rien qui puisse donner lieu à d’autres sortes d’humour que le banal et le gras.


Ainsi parce que les personnages manquent de vécu, d’attache et de profondeur, la pièce est criblée d’incohérences : il faut se forcer pour croire à l’amour de Gwendoline et Serge, ou à la jalousie bête et naïve de Valérie. Ces situations, qui pourraient devenir désopilantes avec un minimum d’invention et de goût du jeu, restent alors vaguement drôles, sans plus. « Oui, se dit-on, si j’y croyais, si j’étais touché, alors ce serait vraiment drôle. » Et l’interprétation des comédiens, dont on sent quand même le talent et qui en tout cas transmet son énergie, est gâchée. 

 

Hervé Charton

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Sans mentir, de Xavier Daugreilh

Mise en scène : José Paul et Stéphane Cottin

Avec : Lysiane Meis, Éric Savin, Caroline Maillard, José Paul, Isabelle Cote et Stéphane Cottin

Décors : Sophie Jacob

Costumes : Aurore Popineau

Lumières : Laurent Béal

Théâtre Tristan-Bernard • 64, rue du Rocher • 75008 Paris

Réservations : 01 45 22 08 40

Du mardi au vendredi à 21 heures, samedi à 18 heures et 21 heures

De 12 à 37 €

Partager cet article

Repost 0
Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
commenter cet article

commentaires

Rechercher