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6 septembre 2008 6 06 /09 /septembre /2008 21:23

Ronde de femmes

 

Nombreux sont les secrets que les caves de Paris gardent jalousement. Ainsi, l’Essaïon Théâtre, situé tout au fond de la rue Pierre-au-Lard, dans le Marais, est un petit lieu discret qui offre pour tout accueil sur rue un escalier descendant tout droit vers le ventre de la capitale, à savoir son sous-sol. Dans ce ventre-là, déjà loin du ronronnement de la ville, le spectateur découvre une petite salle voûtée au milieu de laquelle trônent deux tabourets, une mandoline, une guitare et un drôle de lampadaire aux ampoules nues. C’est cette simplicité-là qui sert d’écrin à une bien jolie surprise : les chansons d’Anne Sylvestre sont « mises en théâtre » par Katia Redier et Anne Veyry. À petits pas mesurés et malicieux, entre humour et tendresse, ces deux-là nous dévoilent une galerie de portraits au féminin. C’est drôle, vivant, poétique. Très réjouissant.

 

Le projet, pourtant, n’omettait pas quelques risques et aurait fort pu s’égarer du côté de la redondance ou de la fadaise. En effet, il n’est pas aisé de faire dire à des chansons déjà écrites, déjà chantées et déjà connues ce qu’elles auraient pu oublier de dire en chemin. Mais la compagnie Baba Yaga évite ces écueils avec grâce. C’est du côté d’une grande simplicité que les deux comédiennes sont allées chercher, et c’est peut-être là la clé de réussite de ce spectacle. D’une inclinaison de visage, d’une intonation de voix, d’un positionnement de corps, elles donnent vie à ces femmes avec une facilité étonnante. Les accessoires sont réduits au strict minimum. Et le seul vrai décor est peut-être ce décor sonore que l’ensemble Gabriele Leone, qui accompagne les comédiennes, nous propose du bout de ses cordes de mandoline.

 

« Nous sommes de celles »

 

Sous le regard discret, attentif et presque lunaire des deux musiciens, Katia Redier et Anne Veyry donnent une nouvelle vie aux textes d’Anne Sylvestre. On les sent réellement au service de ces personnages et de leur auteur. Et leur jeu délicat et minutieux ouvre les portes sur une réelle esthétique de la femme. Une esthétique qui ne se loge pas du côté de la perfection ou de l’idéal, mais qui se débusque derrière les failles, la tendresse, les blessures, le désir… En définitive, les deux comédiennes font la part belle à une grande humanité qui traverse le spectacle de bout en bout.

 

Mais ce qui illumine plus que tout Nous sommes de celles, c’est le plaisir que semblent prendre les deux interprètes en allant à la rencontre de tous ces personnages. On les sent malicieuses, fidèles et irrévérencieuses à la fois, un sourire radieux inondant leurs visages dès que se termine un texte. Pleines de leur amour pour ces chansons, Katia Redier et Anne Veyry brillent de leur envie de les partager. Et, à bien y regarder, on dirait parfois deux petites filles gourmandes, qui croquent dans les mots et les personnages avec délice. Deux petites filles curieuses, ravies, et impatientes de nous partager leur secret. D’ouvrir leur malle au trésor où sommeillent, bien alignés, tous ces costumes de femmes qu’Anne Sylvestre a tissés au fil de ses mélodies. Et de danser avec chacune, encore un soir, encore une fois. 

 

Élise Noiraud

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Nous sommes de celles, une version théâtrale des chansons d’Anne Sylvestre

Compagnie Baba Yaga • 12, rue de la Liberté • 95100 Argenteuil

06 33 64 83 36 | télécopie : 01 30 76 29 58

Mise en scène et interprétation : Katia Redier et Anne Veyry

Mandole, mandoline et guitare : Ensemble Gabriele-Leone

Lumières : Rémy Godfroy

Costumes et accessoires : Martial Joly

Essaïon Théâtre • 8, rue Pierre-au-Lard • 75004 Paris

Réservations : 01 42 78 46 42

Du 27 août au 27 septembre 2008 à 20 heures, relâche le mercredi 24 septembre 2008

Durée : 1 h 5

18 € | 12 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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