Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
6 septembre 2008 6 06 /09 /septembre /2008 00:09

Des idées intéressantes, mais…

 

Le Théâtre du Lucernaire nous propose « les Justes », d’Albert Camus, mis en scène par Antoine de Staël. Une proposition dénuée de parasites visuels, mais qui les remplace par des idées de mise en scène pas toujours convaincantes.

 

Les « Justes » sont une société secrète de révolutionnaires. Ils veulent rendre la liberté au peuple. Pour cela, il leur faut tuer le Grand Duc, figure du pouvoir tyrannique en place. Celui qui agira est désigné, il est l’élu ; à moins qu’il ne soit le condamné… Jusqu’où peut aller la justice du peuple ? Et une fois la bombe lancée, que doit-il advenir ?


Avoir choisi de remplacer les hommes par des femmes, et inversement, n’est pas inintéressant. Cela met en exergue la profonde dualité de l’être : la force, la résolution et la fragilité des hommes et des femmes. Ces « Justes » apparaissent ainsi comme de véritables « guerrières », qui ont quitté la vie pour se consacrer à la mort. Néanmoins, cela ressemble étrangement à une forme de revendication féminine. Soulèvement des femmes contre l’oppresseur. D’autant plus qu’on ne voit jamais le Grand Duc. Seule sa femme apparaît, et en marionnette des forces de l’ordre, qui n’a pour seul but que de confondre les « Justes ». Vêtue de noir, entièrement voilée et manipulée par l’agent de police, elle nous renvoie à une sorte d’image cauchemardesque. Mais elle ne me touche pas, ce que je trouve regrettable pour un personnage aussi profondément humain et souffrant que la Duchesse. C’est néanmoins ma seule objection sur le plan du jeu. Les comédiens incarnent avec simplicité et sincérité ces personnages d’une grande force de caractère.


La ritualisation des entrées et les chants ajoutés confèrent à la pièce un caractère religieux, intéressant : on entre chez les « Justes » comme on entre en religion. Les transitions entre chaque évènement sont assurées par des bruits de portes, de chocs, de claquements de mains… Néanmoins, je ne parviens pas à y mettre un sens. Je ne vois pas non plus l’intérêt de la danse initiale, sorte de confrontation tribale entre les personnages de Boris et Dora.


La scénographie est on ne peut plus épurée. Il n’y a rien en scène, hormis des sacs de sable, qui servent de défouloir au personnage de Boris, lorsque le premier attentat échoue. Les lumières, elles, proviennent de lampes accrochées au plafond. Elles sont froides et très basses, les ombres sont dures, le tout nous renvoyant un peu à l’atmosphère d’une prison : tantôt obscure, tantôt aveuglante. Quant aux costumes, ils sont, à l’image de la scénographie, extrêmement simples. Des sortes de kimonos noirs pour les femmes et blanc pour Dora, personnage représentant la vie dans la pièce.


En lutte pour la liberté du peuple, les « Justes » se sont sacrifiés. Mais comment savoir quelle est la bonne décision ? Comment décider pour un peuple muet ? Pièce sur le dévouement à une cause dont on a perdu l’origine. À travers son parti pris, Antoine de Staël rend assez bien l’atmosphère oppressante de la situation et propose des idées assez intéressantes, malgré les écarts que cela entraîne par rapport à la situation originale. 


Isabelle Desalos

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Les Justes, d’Albert Camus

Human Kosmoz Compagny • 32, rue des Cordes • B.P. 50022 • 14005 Caen cedex 1

02 31 93 30 40

hkc1@orange.fr>

Mise en scène : Antoine de Staël

Avec : Audrey Boulanger, Anne Jeanvoine, Valérie Maryane, Alexandra Sollogoub, Luc Reboullet, Antoine de Staël, Natalie Wolkowinski

Création lumière : Chloé Décaux

Costumes : Hélène Monnier

Le Lucernaire • 52, rue Notre-Dame-des-Champs • 75006 Paris

Réservations : 01 45 44 57 34

www.lucernaire.fr

Prolongé jusqu’au 17 octobre 2008, du mardi au samedi, à 19 heures

Durée : 1 h 50

13 € | 10 €

Partager cet article

Repost 0
Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
commenter cet article

commentaires

Rechercher