Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
3 septembre 2008 3 03 /09 /septembre /2008 22:18

Mélo de dame

 

La salle voûtée et charmante du Théâtre Essaïon accueille en ce moment l’adaptation pour la scène de « 24 heures de la vie d’une femme », la nouvelle haletante de Stefan Zweig. La mise en espace, sobre mais inventive, ainsi que le jeu éclatant de la comédienne principale font de ce spectacle une expérience agréable. Cependant, l’emphase sur l’aspect mélodramatique de l’histoire empêche peut-être une interprétation plus nuancée de l’œuvre de Zweig.

 

Une aristocrate anglaise, Mrs C, tout ce qu’il y a de bien-pensant et de sage, s’aventure dans le casino de Monte-Carlo et y aperçoit un jeune homme détruit par le jeu, qu’elle va tenter de sauver du suicide. La vie de Mrs C bascule, alors que ses sentiments se risquent hors des limites imposées par sa condition et viennent ébranler son être, tout au fond, là où l’on n’a pas l’habitude de regarder. L’écriture de Zweig explore ces profondeurs avec une simplicité et une rigueur qui lui permettent de convier, au travers de la forme de la nouvelle, des émotions violentes et des récits intenses.

 

Pas facile de conserver une telle intensité quand le récit se projette sur scène. Pourtant, la mise en scène de Freddy Viau restitue bien l’urgence de l’écriture par un rythme dramatique soutenu, qui tient le public en haleine, sans l’ombre de l’ennui. L’interprétation de Laure Meurisse est elle aussi très juste. Son regard brillant s’adresse directement au public. Pour ma part, je croyais vraiment qu’elle me racontait personnellement son histoire, et j’étais donc impliquée dans son récit.

 

Le metteur en scène semble cependant avoir du mal à choisir entre une adaptation complètement dramatisée de la nouvelle ou quelque chose qui s’apparenterait davantage à une lecture dramatique. Parfois, les codes entre ces deux registres s’affrontent, et c’est là qu’on perçoit la difficulté d’adapter une nouvelle comme celle-ci au théâtre. En effet, de nombreux éléments du récit sont concrétisés sur scène – le décor suggestif, les costumes d’époque –, mais Mrs C est seule à raconter l’histoire. Le jeune homme qui partage son aventure n’est présent que par le biais de la voix et du souvenir de la narratrice.

 

« 24 heures de la vie d’une femme » | © H. Marcouyau

 

Celle-ci est pourtant accompagnée d’une autre personne sur scène. La servante de Mrs C (Mona Lou) est un personnage qui ne parle pas, mais qui, de temps en temps, se saisit d’un violoncelle et ponctue le récit d’intermèdes musicaux. Je ne sais pas s’il était nécessaire de donner à la violoncelliste Mona Lou un rôle autre que celui de musicienne. En effet, elle endosse un costume de servante qui ne fait, à mon avis, que parasiter l’action. Laisser Mrs C comme seul personnage et avoir, sur le côté, la présence plus neutre d’une musicienne aurait été plus cohérent.

 

Le violoncelle, en tant qu’instrument très expressif, sonne comme une autre voix, en contrepoint à celle de Mrs C, et ajoute une dimension lyrique au spectacle. Mais ces irruptions sont brèves et un peu abruptes. Pourquoi ne pas donner une place plus grande à la musique, et véritablement faire dialoguer les mots avec les notes ?

 

Parce que l’écriture de Zweig est si riche en elle-même, elle n’a pas besoin d’être intensifiée par un jeu trop démonstratif, et les moments les plus réussis du spectacle n’étaient pas ceux où la comédienne Laure Meurisse tendait vers une interprétation mélodramatique de son personnage. Au contraire, c’était au travers des paroles plus retenues et des gestes moins expansifs que l’on ressentait toute la force du récit de Mrs C. La passion de cette femme nous transperçait alors, transmettant un peu plus d’ardeur, et un peu plus d’amour pour la vie, dans toute son imprévisibilité. 

 

Anne Losq

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


24 heures de la vie d’une femme, d’après Stefan Zweig

Toile de scène | Théâtre Essaïon

http://www.toiledescene.com

Mise en scène : Freddy Viau

Avec : Laure Meurisse et Mona Lou

Création costumes : Rick Dijkman

Décors : Nicolas de Ferran

Théâtre Essaïon • 6, rue Pierre-au-Lard • 75004 Paris

Réservations : 01 42 78 46 42

Du 26 août au 6 novembre2008, mardi, mercredi, jeudi à 20 heures

Durée : 1 h 10

20 € | 15 €

Partager cet article

Repost 0
Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
commenter cet article

commentaires

Rechercher