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26 août 2008 2 26 /08 /août /2008 14:22

Somptueux et profond


Par Élise Ternat

Les Trois Coups.com


La 23e édition du Festival de théâtre de rue d’Aurillac a su, cette année encore, surprendre son public par une programmation officielle d’envergure internationale. Le Théâtre d’Aurillac, figurant parmi les lieux de représentation, fut ainsi un des premiers à afficher « complet » durant trois jours avec la dernière création du Buchinger’s Boot Marionettes. Ce spectacle fut présenté pour la première fois à Barcelone en 2007 à l’occasion du centenaire de la mort d’Alfred Jarry. Une création singulière dans un univers sombre et onirique, d’où naît l’éblouissement.

L’Armature de l’absolu est avant tout un hommage en forme « d’anti-éloge » au père de la pataphysique. Un anti-éloge, car ce qu’a voulu le metteur en scène Patrick Sims, c’est partir des poncifs qui planent sur « la vie et l’œuvre » de Jarry, auteur de la phrase « les clichés sont l’armature de l’absolu ». Ainsi, dans cette pièce éponyme, les clichés apparaissent comme des prétextes à la découverte d’un monde. Car c’est tout l’univers de Jarry qui est ici déroulé, un univers dont l’étrange beauté happe le public pendant plus d’une heure. De fait, cette dernière création est à la fois une étude théâtrale, une critique mais aussi une biographie. Et l’agencement de ces multiples composantes donne lieu à une œuvre dignement pataphysique.

L’Armature de l’absolu, c’est également et surtout un spectacle de marionnettes. Pièce en cinq actes en référence à Ubu roi, qui fut joué tout d’abord par des marionnettes du « Théâtre des Phynances » en 1888. Plus que des marionnettes, ce sont de véritables créatures que le Buchinger’s Boot Marionettes donne ici à voir. Elles sont composées d’os, de métaux, de bois, de plantes, de dépouilles d’animaux, d’outils ou encore d’instruments, comme c’est le cas du pluvier constitué à partir d’un cor d’harmonie. Ces marionnettes séduisent par leur effrayante singularité, rappelant parfois l’univers charnel de l’anatomiste Honoré Fragonard. Chacune d’entre elles est un personnage à échelle variable de l’univers de Jarry. À commencer par lui-même, puis très vite l’apparition de son double : Ubu, un Ubu scatophile. On retrouve également le Dr Faustroll, un babouin ou encore le personnage d’Antonin Artaud momifié. Toutes ces créatures côtoient de sombres personnages à taille humaine qui composent aussi l’espace scénique. Ce sont les marionnettistes pourvus de masques mortuaires ou rappelant la commedia dell’arte.

On observe ici une scénographie raffinée, où se succèdent de véritables tableaux vivants composés de personnages étranges et effrayants, d’objets toujours plus extraordinaires et singuliers. Les détails si nombreux légitiment l’emploi des paires de jumelles distribuées à l’entrée. Bien que les créatures constituent à elles seules un décor, elles évoluent dans un univers au grain très particulier créé par la lumière tamisée et la toile de tulle. Ce décor est riche de technicité et d’ingéniosité. En atteste, par exemple, la cuvette de W.-C. incrustée dans le sol de la scène et dont on peut observer le processus par transparence. Quant à la musique, les rythmes lancinants des cuivres participent à l’atmosphère de cette pièce hypnotique et envoûtante.

L’Armature de l’absolu est une tentative d’exploration de l’objet circulaire. Cette pièce est le lieu où se croisent des thématiques revisitées de la vie de Jarry. La merde tout comme l’œuf, l’embryon, la roue de bicyclette ou encore la spirale du ventre d’Ubu se rejoignent dans la thématique du cercle, du cycle si cher à celui qui fut physicien, romancier, dramaturge et inspirateur du surréalisme. Un spectacle somptueux et profond, véritable voyage posthume, dont la pertinence et la densité flirtent avec l’absolu. 

Élise Ternat


L’Armature de l’absolu, de Patrick Sims

Buchinger’s Boot Marionettes • 71, rue Cristofol • 13003 Marseille

info@buchingersboot.com

http://www.buchingersboot.com/

Auteur, metteur en scène, musique, marionnettiste : Patrick Sims

Marionnettiste, décors, costumes, accessoires : Mafalda de Camara

Marionnettiste, décors, machines : Richard Penny

Acteur marionnettiste : Philippe Hauer

Masques et accessoires : Josephines Biereye

Création lumière, technicien : Julian Weare

Technicien son : Oriol Viladomiu

Musique : Ata Ebtekar aka Sote

Théâtre d’Aurillac • 4, rue de la Coste • 15000 Aurillac

Réservations : 04 71 45 46 05

Les 20, 21, 22, 23 août 2008 à 20 heures dans le cadre de la programmation officielle du 23e Festival de théâtre de rue d’Aurillac

Durée : 70 min

10 € | 15 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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