Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
21 août 2008 4 21 /08 /août /2008 14:30

Va pour le son, tant pis
pour la subversion


Par Cédric Enjalbert

Les Trois Coups.com


« Jean Harlow contre Billy the Kid » de Michael McClure est actuellement aux Déchargeurs à Paris. Voilà qui sonne comme un bon western. Et pourtant ni colt ni shérif, juste deux chéris, une paire de bottes et une histoire d’amour. Ou plutôt l’histoire d’amour revue par un poète de la Beat Generation, adaptée par Roland Dubillard et aujourd’hui présentée dans une mise en scène qui traduit une interprétation pertinente, mais manque de précision.

Quand l’histoire de la pièce, représentée dans les années soixante à San Francisco sous le titre original de The Beard, mentionne un public déchaîné agité par un « sound-system » rock, l’intervention de la police et l’inculpation des acteurs pour « obscénité et atteinte à l’ordre public », l’on s’attend légitimement à voir une pièce qui dépote. Or qu’elle n’est pas notre surprise en pénétrant dans la salle des Déchargeurs (charmant théâtre par ailleurs) : la scène est petite et semble déjà comme encombrée !

On découvre un micro à jardin, idem côté cour, deux matelas défoncés juste en arrière, puis le siège du guitariste qui nous attend en retrait sur le côté avec quelques notes, encore un écran vidéo sur lequel défile une route, et Kerouac tout au bout. Noir. Déboulent alors en fond de scène, dans un éclat de lumière, Billy the Kid le hors-la-loi de légende et Jean Harlow la blonde pulpeuse. En trois pas, la voilà au micro… « Avant de pouvoir surprendre un seul des secrets de mon moi, faudra d’abord trouver lequel de mes moi est le vrai. Tu cours après lequel ? »

Reprise comme une ritournelle obsédante, la réplique donne à la pièce la forme d’une quête quasi mystique sur le chemin de l’amour véritable, pur. D’où le déplacement de l’action dans un ailleurs entre route et lit, pour ne garder qu’un rapport de forces entre homme et femme. D’où ce ton cru et ce style trash, aussi. Mais que reste-t-il aujourd’hui du pouvoir subversif de cette pièce créée il y a près de quarante ans ?

Dire bite, enculé, nénés, nichons, gros sac bourré de merde sur scène n’offusque plus le bourgeois. Et d’autant moins que l’interprétation volontairement caricaturale – Maya Mercer joue la blonde, Rayian Germain le macho viril – contestable et le jeu, de fait, pas toujours juste sont desservis par l’étroitesse de la scène, qui gêne chacun de leurs gestes. Les danses (transes ?) pourtant bien pensées, les duels en face-à-face, les mouvements d’attraction-répulsion intelligemment chorégraphiés sont malheureusement étriqués. De même, la sonorisation (guitare électrique comme micros) perd de sa puissance et de son intérêt dans cet espace : elle couvre les voix, émet des sifflements, fatigue à terme. Tous les effets de lumière, pourtant justifiés, sont quant à eux sapés par un manque de précision dans l’exécution, vraiment dommageable.

Rayian Germain, le metteur en scène, a manifestement bien senti que le pouvoir subversif de cette pièce est émoussé, qu’elle n’a plus rien de la performance. Mais il parvient malgré beaucoup d’imprécisions à instaurer un rythme jazzy, fait de répétitions et de cycles, qui nous transporte dans un univers poétique. Il se réapproprie ainsi, aidé par l’adaptation de Roland Dubillard, la liberté artistique revendiquée par Michael McClure. Il nous en donne le goût… Va pour le son, tant pis pour la subversion. 

Cédric Enjalbert


Jean Harlow contre Billy the Kid, de Michael McLure

Adaptation de Roland Dubillard

Mise en scène : Rayian Germain

Avec : Maya Mercer et Rayian Germain

Guitare : Stéphane Théret

Les Déchargeurs • 3, rue des Déchargeurs • 75001 Paris

Réservations : 08 92 70 12 28

www.lesdechargeurs.fr

Du 19 août au 27 septembre 2008 à 20 h 30

Durée : 1 h 15

18,50 € | 10,50 €

Partager cet article

Repost 0
Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
commenter cet article

commentaires

Rechercher