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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
Mise en corps
La Compagnie Nam Tok s’attaque à une des œuvres du grand Copi au Théâtre de la Poulie à Avignon : « la Pyramide ». Une pièce qui démontre son génie tant dans son propos acéré que dans le lourd imaginaire qu’elle transporte. Les comédiens et la mise en scène sont à la hauteur de ce texte, qui met la barre très haut.
Théâtre climatisé, La Poulie m’a glacée d’emblée. Plateau nu, lumière rouge et spectateurs disséminés dans cette salle de 49 places ont donné le ton : je n’étais pas rassurée. En ce qui me concerne, cette sensation est habituelle face au théâtre de Copi. En tout cas, les thèmes récurrents qui parcourent son œuvre puisent leur source dans la société. Ainsi, l’homosexualité et les troubles d’identité sont des sujets chers à cet écrivain. Il les manie à la perfection pour pointer du doigt les rouages de sociétés souvent à la dérive.
Dans la Pyramide, l’identité sexuelle des personnages est complètement trouble : un quatuor composé d’un rat milliardaire, d’un jésuite, d’une mère et de sa fille cannibales. Les rôles de femme sont interprétés par des hommes tandis que le jésuite est joué par une femme. Seul le rat milliardaire reste à peu près fidèle à la logique : le comédien qui endosse le rôle est un homme. Quoi qu’il en soit, Copi veut-il dire que l’argent régit le monde et que ses disciples sont intouchables ? Car les personnages se livrent une réelle guerre pour savoir lequel d’entre eux finira par régner sur ce royaume chaotique.
La langue de Copi est brillante et complexe. Avouer que j’ai tout suivi et tout compris de la pièce serait mentir. Ce qui m’a frappée, en revanche, c’est le travail sur le corps des comédiens. Ils apportent précision, rigueur et inventivité dans l’approche physique de leurs personnages. Cette rare tenue dans le corps sert à merveille le propos du texte. L’étrangeté et l’humour noir de l’auteur sont mis en valeur par ce parti pris. Il faut noter la prestation d’Émilie-Julie Gilbert (le jésuite). Le travail qu’elle fournit pour stigmatiser son personnage est de taille : elle affiche une grimace tout au long de la pièce, elle se tient courbée et adopte un petit pas rapide et bruyant. Elle en est méconnaissable au salut.
Un bal macabre des corps, des voix caverneuses et une précision sans égal font de la Pyramide un moment théâtral à part, comme j’en ai rarement vus. Le travail de la Compagnie Nam Tok immerge le spectateur dans un univers troublant. Je n’ai pas pu m’empêcher de ressentir un profond malaise. Ce qu’on m’a offert à voir est certainement loin de mes codes habituels. J’ai été surprise et emmenée vers des sentiers rarement visités. C’est précisément cela qui m’a plu. ¶
Alexandra Cartet
Les Trois Coups
La Pyramide, de Copi
Compagnie Nam Tok • 6, rue des Hirondelles • 91420 Morangis
06 72 20 59 52| 06 69 64 84 54
www.myspace.com/lapyramidecopi
Mise en scène : Marc Nicolas
Avec : Mohid Abid, Émilie-Julie Gilbert, Slimance Majdi, Laurent Muzy
Théâtre de la Poulie • 23, rue Noël-Biret • 84000 Avignon
Réservations : 06 32 06 05 64
Du 10 juillet au 2 août 2008 à 16 heures
Durée : 1 h 15
13 € | 9 €
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