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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
Humaniste plus que didactique
L’affaire Sacco et Vanzetti est une erreur judiciaire dont on a tellement parlé qu’il est difficile d’éviter les clichés. Cependant le pari est ici réussi puisque nous assistons à un moment distrayant et agréable. On est donc loin d’un certain théâtre engagé, plein de bons sentiments et de messages visibles à cent kilomètres.
Quand on arrive, ce sont Manuel Pratt et Jean-Marc Santini, les deux acteurs qui nous accueillent à la billetterie. Ils jouent ensuite tout
près de nous, quasi constamment en rapport frontal, dans une salle où la structure invite à la proximité. Cette disposition des comédiens et du public fait que nous devenons les jurés de ce
tribunal, et donc des acteurs silencieux de l’affaire.
Du point de vue de la fluidité de jeu, il aurait sans doute fallu quelques répétitions de plus. On ressent le caractère précipité de ce spectacle qui ne semble pas encore totalement rodé. Cependant, malgré quelques maladresses de jeu, l’ensemble est tout à fait crédible. En particulier les tics de langage de la magistrature, qui sont ici réemployés avec humour. On rit beaucoup de tout ce cynisme exposé.
L’originalité de ce spectacle réside dans la représentation, non pas des deux prévenus, mais des avocats. L’écriture est pertinente, car elle montre la perfidie qui se déploie quand le sens des évènements est détourné. Elle montre aussi la facilité avec laquelle on peut titiller les bas instincts des jurés pour les amener à orienter leur choix.
Le décor est minimaliste, se concentrant exclusivement sur les deux magistrats. On perçoit à quel point ce procès peut également être décisif dans leur vie à tous les deux. Nous apprenons, par exemple, que l’avocat de la défense démissionnera définitivement après avoir perdu l’affaire.
Évitant le manichéisme cette pièce expose deux conceptions d’un métier. Il n’y a pas de bon et de mauvais avocat, mais d’un côté un homme intègre qui se laisse dominer par ses passions et manque de recul, de l’autre un personnage cynique néanmoins détaché et lucide.
Les différences de caractère des deux avocats sont le terrain d’échange de répliques assez jubilatoires. Malgré le propos, le ton reste donc divertissant et drôle. Le moment est convivial, intime et, malgré le peu de moyens, réussi.
Petit plus : en fin de spectacle, les comédiens viennent spontanément discuter avec le public, invitant les spectateurs à faire part de leurs coups de cœur et à discuter de la pièce sur le vif. Un moyen de prolonger l’échange… ¶
Aurore Krol
Les Trois Coups
Sacco et Vanzetti, l’affaire, de Manuel Pratt
Cie Manuel-Pratt • 20 place du Change • 84000 Avignon
Avec : Manuel Pratt, Jean-Marc Santini
Régisseuse : Joëlle Domecq
Régisseur : Gérard Devillele
Graphiste : Valérie Duburc
La Tache d’encre, salle du Coq • 1, rue de la Tarasque • 84000 Avignon
Du 10 juillet au 2 août 2008, jours pairs uniquement
Réservations : 04 90 85 97 13
Durée : 1 h 10
13 € | 10 €
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