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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
Une escale chez Circé
Installés au frais, à l’ombre des pierres dans cette ancienne fabrique de conditionnement de la soie, vous êtes joyeusement accueillis par un satyre dansant et sautillant. Le ton est déjà donné… « Connais-tu Homère ? » demande-t-il aux enfants. De petits « oui » lui répondent timidement. Mais cet Homère-là, chanté par les aèdes de Démodocos, le connaissez-vous ?
La compagnie Démodocos, fondée en 1995, sur les pas du Groupe de theâtre antique de la Sorbonne (G.T.A.), est à l’affiche du Off d’Avignon depuis
sept ans déjà et fait découvrir sans discontinuer la magie des textes anciens et leur résonnance au-delà des siècles.
Les errances d’Ulysse : une longue histoire… Après avoir échappé aux Lestrygons cannibales et s’être joué du Cyclope, Ulysse reprend la mer, mais il n’est pas au bout de ses surprises et de ses peines. Poursuivi par Poséidon, il échoue avec son équipage sur l’île d’Ééa, une île enchanteresse. C’est l’île de Circé, la magicienne réputée pour la préparation de breuvages destinés à changer les imprudents voyageurs en animaux. Il y restera un an. Ulysse « aux mille ruses » ne subira pas le sort de ses malheureux compagnons changés en pourceaux. Mais résistera-t-il au charme de la redoutable Circé « aux potions innombrables » ? Puis, sur ses conseils, il descend consulter le devin Tirésias aux Enfers, sombre demeure où il rencontre le fantôme de sa mère, puis celui d’Achille, et converse avec eux…
Alternant traduction française et brefs passages en grec ancien chantés selon le rythme de l’hexamètre, le spectacle n’est pas pour autant une pièce pour érudits, « un truc d’intellos ». L’intrigue parsemée de rebondissements comiques captive et étonne : l’on n’aurait jamais cru Homère si drôle, les dieux et les héros si charnels, et l’épopée si limpide. Quant à la langue grecque, elle surgit à bon escient, ne fait pas écran mais donne vie au texte. Ainsi, quand Circé trame ruses et sortilèges et prépare ses philtres, la force du grec ancien se fait « carmen », chant mystérieux. Ses accents étrangers nous envoûtent. Saluons au passage la belle prestation de la comédienne Laureline Collavizza, qui incarne Circé « la bien bouclée ». Une Circé qui resplendit de malice, de grâce et d’espièglerie.
Mais si la compagnie s’attache à la restitution d’une diction fidèle à la métrique ancienne, il ne s’agit pas d’une simple lecture rythmée. Leur langage dramatique repose sur d’autres ressources. L’utilisation de tissus colorés est à cet égard particulièrement remarquable. Ce ne sont pas de simples étoffes. Ils évoquent poétiquement les éléments naturels, les blessures, les métamorphoses des corps, jusqu’à la celle ultime de la mort, où errent des ombres grises sur la plaine des Asphodèles. Un séjour chez les morts toutefois un peu en dessous de celui chez Circé…
Avec sa troupe, Philippe Brunet revisite une fois de plus les textes anciens pour révéler toute la force incantatoire du langage des aèdes et des muses. Le sortilège est jeté ! ¶
Claire Stavaux
Les Trois Coups
Odyssée…, d’après Homère
Compagnie Démodocos • 5, rue Frochot • 75009 Paris
01 45 26 49 10 | télécopie : 01 48 74 11 33
Mise en scène : Philippe Brunet
Avec : Laureline Collavizza, Albin Lelong, Henri de Sabates
Musique : Stéphane Vilar
Décors : Emmanuel Collin
Costumes : Florence Kukucka
Lumières : Grégory Lebont
Diffusion : Aelis Frechet
La Condition des soies • 13, rue de la Croix • 84000 Avignon
Réservations : 04 32 74 16 49
Du 10 juillet au 2 août 2008 à 11 heures, relâche le 21 juillet
Durée : 50 min
12 € | 8 € | 5 €
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