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30 juillet 2008 3 30 /07 /juillet /2008 20:28

Oppression


Par Isabelle Desalos

Les Trois Coups.com


L’Entrepôt propose « la Ménagerie de verre », de Tennessee Williams, dans l’adaptation de Jean-Michel Déprats, moins sombre que celle de Markowitz. Mais, si le texte est plus ouvert quant aux choix d’interprétation, la direction d’acteurs et la scénographie nous renvoient parfaitement à l’atmosphère lourde des pièces de Tennessee Williams.

Tom nous raconte qu’il vit avec sa mère, Amanda, et sa sœur handicapée, Laura, dans la société d’après guerre. Son père est parti, il y a bien longtemps, et il doit travailler à l’usine de chaussures pour subvenir aux besoins du foyer. Mais cette vie auprès d’une mère frustrée et d’une sœur renfermée sur elle-même lui est devenue insupportable : il a besoin d’air et d’aventure. Et puis, il a d’autres ambitions…

Amanda est une femme voûtée sous le poids des responsabilités qu’elle s’inflige. Poids auquel Tom est également contraint de céder, par amour pour elle et pour sa sœur. Mais, à force de s’abaisser, il en est venu à se mépriser. Il méprise cette vie qu’il n’a pas choisie, une vie condamnée. Il n’en peut plus et risque à tout instant de tout plaquer. Laura, elle, est inconsciente. Elle vit dans ses rêves, jouant avec sa ménagerie de verre, afin de mieux fuir cette réalité qui la fait vomir. Elle ne semble porter aucun poids, sinon elle-même, mais il est accablant pour toute la famille. Et puis, il y a Jimmy, ce vieux galant plein de charme et de simplicité. La vie lui pèse aussi, parfois, mais c’est un battant optimiste qui se relève très vite. Suivant l’expression, « il ne se laisse pas abattre », et, à son exemple, Tom, et même Laura, vont un instant se redresser.

On peut s’interroger sur les choix de mise en scène d’Olivier Lopez. Pourquoi a-t-il choisi de ne pas représenter le handicap de Laura ? Et pourquoi vieillir autant le personnage de Jim O’Connor, ancien camarade de classe de Tom ? Pourtant, de ces choix, résulte une forme de tendresse à l’égard de la jeune fille, que l’on perçoit non comme un être différent, mais au contraire plus proche de nous, un personnage que l’on a envie de protéger et qui nous touche et nous trouble d’autant plus. En ce qui concerne le personnage de Jim, en faire une image du père confère à l’attirance de Laura pour lui un caractère œdipien, qui n’est pas sans intérêt pour cette pièce où le père est absent. Jim devient le sauveur, note d’espoir dans cet univers si cruel, décrit par Williams.

En fond de scène, un écran blanc, sur lequel sont projetés des extraits de films en noir et blanc. Extraits évocateurs du souvenir, de l’imaginaire, de l’anticipation, ils fredonnent un air de regret, d’absence à la réalité, à l’image de la société.

La scénographie est très intéressante. L’atmosphère de la pièce est rendue encore plus oppressante par une réduction de la hauteur et de la profondeur de scène. Les personnages en deviennent des figurines exposées dans un cadre, comme les figurines de verre de Laura. C’est un décor écrasant, symbole du poids de la société, qui pèse sur les épaules de la mère. La quasi totale absence d’accessoires contribue, elle aussi, à mettre en valeur la tension ambiante.

En dépit de ma réserve première quant au parti pris pour le personnage de Jim, tous les comédiens collent très bien aux personnages et les incarnent avec une belle sincérité.

Dans cet univers accablant et auprès de cette mère castratrice malgré ses airs de sainte, les enfants ne peuvent que devenir fous. Du coup, à force, nous aurions tendance à vouloir les secouer. Des choix forts qui réussissent à nous représenter la vie des ouvriers dans cette société d’après guerre. 

Isabelle Desalos


La Ménagerie de verre, de Tennessee Williams, adapté par Jean-Michel Déprats

Actéa, compagnie dans la cité • 32, rue des Cordes • B.P. 50022 • 14005 Caen cedex 1

02 31 93 30 40

marion.actea@voila.fr

Mise en scène : Olivier Lopez

Avec : Marie-Laure Baudain, Virginie Boucher, Rodolphe Dekowski, Jean-Pierre Dupuy

Collaboration à la dramaturgie : Amélie Clément

Création vidéo : Florent Cordier

Costumes : Angela Seraldine

Construction : Larry ben Belkacem, Salem ben Belkacem, Christophe Hodiesne et Gérald Frémont

Régie générale : Amélie Polachowska

L’Entrepôt • 1 ter, boulevard Champfleury • 84000 Avignon

Réservations : 04 90 86 30 37

Du 10 au 31 juillet 2008 à 10 heures

Durée : 1 h 50

13 € | 10 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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