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1 août 2008 5 01 /08 /août /2008 19:17

Le roi se déshabille ou Comment massacrer Ionesco

 

Le travail de la Cie Série illimitée est dédié depuis 2004 à la mise en scène des pièces classées couramment dans la catégorie du théâtre de l’absurde ou de la dérision. En outre, Eugène Ionesco est l’auteur de prédilection de cette troupe niçoise. Apparemment, tous les éléments sont au rendez-vous pour que le spectateur s’attende à assister à un spectacle d’excellente qualité, issu de longues recherches et fruit d’une longue expérience. Mais en vain.

 

Car l’ennui s’installe dès le début… Il ne nous reste donc qu’à attendre impatiemment la mort du roi elle-même, annoncée au début de la pièce : « Tu vas mourir dans une heure et demie, tu vas mourir à la fin du spectacle », déclare la reine Marguerite. Mais c’est le texte d’Ionesco qui nous parle, nous fait rire, nous émeut, et nous fait réfléchir sur la théâtralité et la modernité de cette pièce. Malheureusement, cette mise en scène n’apporte rien au texte. Pis encore, elle le dénigre et le massacre en ayant constamment recours à des moyens trop simples, et en faisant des coupes là où la réalisation scénique lui semble impossible.

 

On aurait voulu voir comment cette mise en scène du Roi se meurt résoudrait des questions que pose la pièce, dont celle de la disparition progressive des fenêtres, des portes, des murs de la salle du trône : « ce jeu de décor » très important pour Ionesco. À la place, on a vu le plateau vide, non pas d’accessoires et de décors encombrant inutilement la scène (hélas !), mais de sens ! Au point de se demander si un tel choix scénographique (des échafaudages et des draps) a été dicté par un choix de la metteuse en scène ou par un manque de moyens financiers.

 

Les partis pris de la mise en scène ne me laissent pas moins dubitative… Pourquoi, par exemple, le garde d’Ionesco a été déguisé en ouvrier escaladant l’échafaudage ? Peut-être, s’agissait-il de moderniser la pièce à tout prix et sans beaucoup de talent ? Car le jeu plat et maladroit des comédiens perdus sur une trop grande scène laisse, lui aussi, beaucoup à désirer…

 

C’est dommage, car les acteurs semblent avoir beaucoup de potentiel. Que la metteuse en scène n’arrive pas à mettre en valeur. D’ailleurs, Léonie Baile semble se disperser dans toutes les directions (mise en scène, décors, costumes, musique…) et (en plus !) n’hésite pas à présenter en même temps trois autres créations d’après Ionesco : la Cantatrice chauve, les Chaises et la Leçon. La quantité au détriment de la qualité artistique ?

 

Car, dans cette version du Roi se meurt, c’est le spectateur qui se meurt (d’ennui et de désespoir) tandis que le roi, quant à lui, se limite à se déshabiller, gratuitement, et sans aucune justification.

 

Il est peut-être temps que la Compagnie Série illimitée reprenne ses esprits avant de massacrer toutes les pièces d’Ionesco. Quant au spectateur déçu, il ne lui reste plus qu’à revenir au Théâtre de la Huchette à Paris. Pour voir une mise en scène digne de ce nom. 

 

Maja Saraczyńska

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Le roi se meurt, d’Eugène Ionesco

Compagnie Série illimitée • 6, rue Prince-Maurice • 06000 Nice

04 92 15 17 34

info@serieillimitee.com

www.serieillimitee.com

Mise en scène : Léonie Baile

Avec : Anthony Chabert, Patricia Baillet, Christophe Bajard, Sabine Venaruzzo, Agnès Croutelle, Serge Morisso

Direction des comédiens : Jean-Louis Russo

Musique : Stéphane Beaumont

Décors et costumes : Léonie Baile et Vanessa Bellagamba

Vidéaste : Emmanuel Lansard

Régisseur : Rosalia Attanasio, Jacques Degouy

Théâtre Notre-Dame-Lucernaire • 17, rue du Collège-d’Annecy • 84000 Avignon

Réservations : 04 90 85 06 48

Du 10 juillet au 2 août 2008 à 18 heures

Durée : 1 h 40

15 € | 11 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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