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31 juillet 2008 4 31 /07 /juillet /2008 16:51

L’absurde gagne en peps

 

Une adaptation décapante de « la Cantatrice chauve », d’Ionesco. La Compagnie Série illimitée interprète avec brio un classique du théâtre de l’absurde dans un univers tout en couleurs et fantaisie.

 

Un couple british attend des amis à dîner. Ces derniers tardent à arriver, au plus grand dam de leurs hôtes. Jusqu’à ce que le commandant de la police sonne à la porte…

 

Mme Smith est aux fourneaux, M. Smith lit le journal. Ils se racontent « des histoires de leur journée » à un rythme effréné. M. Martin semble avoir déjà vu Mme Martin, mais celle-ci est horrifiée à l’idée d’avoir déjà rencontré cet homme, dont elle a oublié qu’elle était l’épouse. Les quatre réunis s’ennuient des blagues du capitaine de police et, pourtant, en réclament. Le summum de la dérision est atteint lorsque, au hasard d’une conversation, on apprend que la cantatrice chauve se coiffe toujours de la même façon.

 

Les cinq acteurs, les deux couples et la femme de chambre-capitaine de police gardent leur sang froid pour débiter des absurdités, modifient le timbre de leur voix, et usent de grimaces, mimes et expressions du visage poussés à l’extrême. Sans aucun doute, au bout de quelques répliques, le spectateur voit qu’il a affaire ici à de talentueux professionnels du théâtre.

 

La scénographie est renversante. Aucun détail n’est laissé au hasard. Le maquillage à outrance et les costumes extravagants font plaisir à voir là où habituellement les acteurs restent sobres. L’intérieur de l’appartement, kitsch à souhait, n’en finit pas de nous étonner : les accessoires sortent du vaisselier, les meubles servent de chaises et la décoration murale, à elle seule, suffit à capter notre attention. Notre imagination fût-elle fertile, nous n’aurions jamais envisagé accrocher un tableau vivant, animé tour à tour par les interprètes en coulisses.

 

Cette univers ultra-décalé, additionné au superbe jeu des interprètes, donne au texte d’Ionesco, qui sans mise en scène n’a ni queue ni tête, une nouvelle dimension. Il devient, comme par magie, du théâtre cohérent. Enfin, cohérent, façon de parler, car évidemment les répliques sont toujours aussi aberrantes et l’histoire un peu tirée par les cheveux. Mais, malgré tout, on suit la Cantatrice chauve, comme on suivrait les Fourberies de Scapin. La situation initiale, les péripéties et la résolution finale sont clairement perceptibles. Mieux, elles s’enchaînent avec un naturel désarmant qui ne laisse pas le spectateur perplexe. Au bout du compte, la mise en scène, au service du texte, le rend digeste et compréhensible.

 

La Cantatrice chauve devient alors une chronique du ridicule des situations quotidiennes et de la banalité des dialogues conjugaux. De décousue, la pièce devient jubilatoire et impertinente. Un régal pour celui qui aime l’auteur. Une initiation idéale à l’absurde pour le spectateur étranger à Ionesco. 

 

Julie Olagnol

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


La Cantatrice chauve, d’Eugène Ionesco

Compagnie Série illimitée • 6, rue Prince-Maurice • Nice

06 63 49 09 61

www.serieillimitee.com

Mise en scène : Léonie Baile

Direction des comédiens : Jean-Louis Russo

Avec : Patricia Bailet, Christophe Bajart, Anthony Chabert, Serge Morisso, Sabine Venaruzzo

Décors et costumes : Léonie Baile

Le Forum • 20, place de l’Horloge • 84000 Avignon

Du 10 juillet au 2 août à 12 h 30

04 90 85 02 32

Durée : 1 h 25

15 € | 11 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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