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2 août 2008 6 02 /08 /août /2008 21:03

Parasol et Parapluie sont
sur un plateau


Par Cédric Enjalbert

Les Trois Coups.com


Le Ring a été durant ce Off 2008 le théâtre d’un combat poétique, absurde, surréaliste : le combat pour la paix perpétuelle. La scène du conflit, c’est « Happy End » de Kossi Efoui, monté par la compagnie du Théâtre-Inutile, avec pour seules armes les mots tranchants de l’auteur, sa langue incisive, une logique sur la défensive et des répliques en rang serré.

Un noir complet. Puis deux têtes blanches aux lèvres de sang et quatre mains gantées émergent. Ce sont Parasol et Parapluie, deux bouffons du pays de la paix perpétuelle, et aujourd’hui, c’est jour de fête. Comme tous les vingt-cinq ans depuis que le « groupe des 4 » et le « groupe des 4 Prime » ne sont plus en guerre, l’on se réunit pour célébrer la concorde. Et chercher le « coupable officiel », un bouc émissaire dont le sacrifice rend le maintien de la paix possible.

En montant Happy End dans un décor qui évoque un plateau de télévision éclairé par des projecteurs puissants, au milieu duquel pend un micro, que les deux commentateurs se renvoient, Nicolas Sælens fait de ce texte une lecture pertinente. Il accentue en effet la qualité de la langue – fluide, « marionnettique » dit-il, c’est-à-dire malléable –, et en tire une réflexion sur le langage médiatique. Qu’est-ce que représenter le monde, le communiquer ? Que produit la télévision sinon un flux ininterrompu d’images et de sons, de cruautés, d’horreurs comme autant de divertissements. Cette interprétation est traduite sur scène par un fatras de bris de miroirs, de couleurs explosives, de fragments à recomposer, qui illuminent dans le noir et participent d’une esthétique de bande dessinée, de cartoon.

L’interprétation et l’intention de l’auteur, si elles sont bien définies, n’apparaissent pourtant pas clairement. Le propos reste parfois obscur. Il convient donc d’être vigilant et actif, d’oser donner du sens au rituel qui nous est présenté, bref, de s’impliquer. Le théâtre est ici pleinement dans son rôle de « surexposition » critique, de mise en scène et à distance, de « jeu », en somme. Aux deux sens du terme.

La diction et la gestuelle des comédiennes, en revanche, laissent sceptique. Les mouvements comme la parole semblent inachevés, imprécis, flous. Or ces mots, que l’on disait incisifs, mériteraient d’être projetés avec plus de puissance et de rigueur, car si la langue de Kossi Efoui est fluide, elle n’est pas pour autant « molle ». Ce parti pris, conscient peut-être mais qui n’est pas des plus heureux, met le texte en sourdine et dissipe l’attention.

Malgré ces sérieuses réserves, saluons un travail osé, inventif et soigné sur un texte de qualité. Pour qui est désireux de suivre les propositions audacieuses de la compagnie du Théâtre-Inutile (magnifique nom), les représentations estivales sont désormais terminées, mais une création est annoncée pour novembre 2008. Il s’agit de Concessions du même Kossi Efoui et dont Happy End n’est que le préambule. 

Cédric Enjalbert


Happy End, de Kossi Efoui

Compagnie du Théâtre-Inutile • 24, rue Saint-Leu • 80000 Amiens

04 90 82 40 57

www.theatreinutile.com

Mise en scène : Nicolas Sælens

Avec : Alexandra Boukaka, Marie-Dolorès Corbillon

Musicienne : Karine Dumont

Plasticien : Norbert Choquet

Lumières : Hervé Recorbet

Le Ring • 13, rue Louis-Pasteur • 84000 Avignon

Réservations : 04 90 27 02 03

Du 10 juillet au 31 juillet 2008 à 19 h 30

Durée : 50 min

16 € | 11 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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