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25 juillet 2008 5 25 /07 /juillet /2008 17:44

Et nous alors ?


Par Alexandra Cartet

Les Trois Coups.com


En choisissant d’aller voir « Muses in progress », je ne savais absolument pas où je mettais les pieds : et c’est bien cela qui me plaisait. Chaque soir, c’est une performance inédite : les deux musiciens improvisent et un artiste y adjoint sa pratique, qu’il soit comédien, danseur ou encore plasticien.

Muses in progress est bien le premier spectacle qui m’interroge sur ma place de spectatrice. Deux musiciens (trompette, percussions et électronique) et Dominique Chevaucher, pour ce mercredi 23 juillet 2008, improvisent sur le plateau. Je ne me suis pas sentie exister face à ces « acteurs » une seule seconde. Leurs yeux sont fermés ou encore fixés aux écrans d’ordinateurs qui gèrent l’univers sonore. Sur le plateau, Dominique Chevaucher, Serge Adam et Philippe Foch (les deux musiciens) semblent rarement être en connexion : les regards entre eux sont brefs et quasiment inexistants.

La performance de chacun est pourtant construite sur l’écoute des partenaires. L’artiste du jour est au micro : elle improvise des onomatopées, qui nous parviennent déformées. Quelquefois, les sons surgissent de son ventre, en osmose ou en réponse à la trompette. Ces moments semblent électriser Dominique Chevaucher. Dans ce grand brouillon qu’est Muses in progress, ces instants ont suscité mon attention : j’avais soudain l’impression de comprendre ce qu’on voulait me montrer.

Car c’est bien cela qui m’a manqué : comprendre. Ce spectacle est un vrai langage à lui-même. Les musiciens détournent nos codes culturels : ils soufflent d’une certaine manière dans une trompette au lieu d’en jouer, ils caressent les percussions au lieu de frapper dessus. Dominique Chevaucher exploite sa voix : elle en fait son instrument et la déshumanise. Ces trois artistes entretiennent un rapport charnel et pulsionnel à leur instrument et ne s’en servent pas comme notre culture en a l’habitude.

Le postulat de Muses in progress, qui consiste à créer une matière sonore, est louable. Le spectateur doit alors jouer le jeu et abandonner les codes et les habitudes qu’on lui a inculqués depuis toujours. Pour ma part, je suis restée hermétique. Mais j’ai quitté le Théâtre de l’Alizé troublée et perplexe : Dominique Chevaucher, Serge Adam et Philippe Foch ont réussi à bousculer mes habitudes de spectatrice. 

Alexandra Cartet


Muses in progress

Production : Quoi de neuf docteur

01 46 36 90 80

qdnd1@noos.fr

www.quoideneufdocteur.fr

Trompette, électronique : Serge Adam

Percussions, tablas, électronique : Philippe Foch

Artiste (voix-texte) : Dominique Chevaucher

Théâtre de l’Alizé • 15, rue du 58e-R.-I. • 84000 Avignon

Du 21 au 30 juillet 2008 à 18 h 30

Durée : 50 minutes

10 € | 7 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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