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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
Beau bric-à-brac existentiel
Dans la famille Tuyau de poêle, je voudrais… le fils ! Grégoire alias Mikaël Chirinian. Bonne pioche. Le petit jeu se donnait durant le Off 2008 en la chapelle Sainte-Claire du Théâtre des Halles. Son nom ? « Rapport sur moi ». Les règles du jeu ? Raconter sa vie en une heure et sans trop tricher. Être drôle si possible. Des gagnants ? Tous les participants.
« Ça commence », c’est écrit blanc sur rouge, sur son tee-shirt. Le Moi du rapport entre. Il mise. Petit. « J’ai vécu une enfance heureuse. » Hum… ça sent le coup de
bluff. On ne commence pas une partie si on n’a pas de jeu. Quelques têtes, un as peut-être, de sacrés numéros. Bingo ! le voilà qui met cartes sur table. Deux cavaliers, ses parents.
Attitude cavalière : échangistes, exhibitionnistes, mère inconsciente et suicidaire, un père inconscient et effacé, mais aimants envers leurs fils. Un aîné, homo peroxydé émigré aux
États-Unis et lui, Grégoire, qui aurait aussi bien pu s’appeler Nicolas. Quelques filles dans sa vie. Un staphylocoque doré. Un road-movie périlleux sur les nationales américaines, aussi. Bref,
de quoi emporter la mise.
Mais pour gagner la partie, il va falloir faire de ces cartes qu’il n’a malheureusement pas choisies des atouts. Grégoire tente ainsi avec beaucoup d’humour, souvent noir, et de l’ironie, de reprendre et de recomposer sa vie pour lui donner du sens. Un sens restitué à partir de souvenirs, d’objets-reliques, d’objets symboliques dérisoires et jamais graves. Un beau bric-à-brac existentiel, son pêle-mêle mnémotechnique qu’il agence sur des tableaux magnétiques, autant de preuves pour le rapport : les photos des parents, un minimégaphone en plastique, une lunette de toilettes, un frère-cadeau, des tee-shirts pancartes colorés… La scénographie est non seulement extrêmement inventive, mais également élégante et terriblement efficace. Elle n’est, elle, pas une pièce rapportée mais bien constitutive de cette « représentation » à mi-chemin de la confession et du roman-photo.
Seul en scène pendant près d’une heure, Mikaël Chirinian occupe l’espace avec intelligence, se servant d’un coffre comme d’une boîte à tout faire, et donnant à tous ses mots une interprétation gestuelle, vivant, en somme, ce qu’il dit. Et si les situations évoquées sont parfois violentes, il ne se départ pourtant pas de ce même sourire de circonstance. Ces circonstances qui le font rire (jaune ?) depuis qu’il a trouvé un jour de son enfance le (non-)sens qu’il cherchait, la méthode qui lui permettrait de continuer d’avancer. « J’ai neuf ans. La fête est finie. Pourquoi suis-je encore là ? C’est pourtant à partir de là que j’ai commencé de rire, je ne serai désormais sensible qu’aux apparitions et aux disparitions. »
Repris du roman de Grégoire Bouillier, ce monologue est une véritable réussite d’adaptation, de mise en scène et de jeu. Le plaisir voyeur que l’on prend est évident. En revanche, que ce Rapport sur moi ait véritablement un rapport avec nous laisse plus perplexe. Beaucoup sans doute le regrettent en sortant : « Ma vie, à moi, n’est décidemment pas si théâtrale. ». ¶
Cédric Enjalbert
Les Trois Coups
Rapport sur moi, d’après Grégoire Bouillier
Les Visiteurs du soir • 40, rue de la Folie-Régnault • 75011 Paris
01 44 93 02 02
Mise en scène : Anne Bouvier
Avec : Mikaël Chirinian
Lumière : Xavier Hulot
Scénographie : Virginie Destiné
Théâtre des Halles • rue du Roi-René • 84000 Avignon
Du 5 juillet au 1er août 2008, à 14 heures
Réservations : 04 32 76 24 51
Durée : 1 heure
14 € | 10 €
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