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27 juillet 2008 7 27 /07 /juillet /2008 22:29

Jusqu’à l’indigestion…


Par Camille Vivante

Les Trois Coups.com


Écrit en 1890, « Faim » est sans doute un roman autobiographique : le héros mène une vie « trempée au malheur », comme l’a dit André Gide, qu’il finit par abandonner, exténué de misère, pour embarquer sur un bateau à destination de l’Angleterre. La distinction que l’on peut faire entre Knut Hamsun et son héros est que ce dernier tente de gagner sa vie comme feuilletoniste à Christiana en Norvège, alors que Hamsun n’a tenté l’aventure de l’écriture qu’une fois arrivé aux États-Unis.

Le roman est écrit à la première personne du singulier et à l’imparfait. Il nous décrit donc le passé du héros, dont on comprend immédiatement qu’il n’est pas mort de faim. Son récit nous emmène dans le tourbillon de sa vie de marginal, victime de ses propres principes. En refusant, par orgueil ou par souci de dignité, l’aide et la pitié des personnes qu’il croise, à demi-mort de faim, il en est réduit à étudier la progression dans son corps et son esprit des carences alimentaires qu’il subit. Persuadé que le jeûne le purifie et l’aide à trouver l’inspiration, il croit approcher de la liberté extrême alors qu’il frôle la mort.

La folie et la dégradation physique sont parfois analysées avec lucidité. Parfois, elles le submergent et s’emparent de lui. Il est alors victime de démence et ne contrôle plus ses actes ni ses paroles. On l’a souvent comparé à un héros de Kafka : exclu d’abord de la société puis responsable lui-même de cette exclusion, bravant les conventions jusqu’à se mettre volontairement en danger et en échec…

L’adaptation respecte scrupuleusement le roman. On y retrouve mot à mot des paragraphes entiers. Le spectacle dure deux heures, non pas à cause de la longueur de l’adaptation, mais parce que le metteur en scène a cru bon de nous immerger totalement dans les pensées et les sensations physiques du personnage. Quand le personnage souffre, le spectateur doit également souffrir. S’il vomit, nous devons avoir la nausée. S’il délire, nous devons suivre les circonvolutions de son cerveau dérangé.

Le problème, c’est que nous sommes également malmenés dans nos repères temporels : le récit est à l’imparfait, mais le comédien vit ce qu’il raconte au présent, en temps réel (c'est-à-dire trop longuement !). En outre, il croit bon de nous ramener à Avignon, pendant le Festival, à une heure du matin. Il nous donne même la permission de sortir si le spectacle nous déplaît ! Il nous offre à boire et à manger. Il s’excuse de la laideur des décors (ô combien laids !), de la saleté de la scène, de la précarité du statut d’intermittent… Petites respirations indispensables pour réveiller les spectateurs épuisés. On est tenté de dire que ces intermèdes servent à faire passer une pilule bien indigeste.

Trop de mots, trop de gesticulations, trop d’énergie dépensée sur le plateau. Le comédien nous laisse sur le bord du chemin, indifférents, voire ennuyés ou même exaspérés, au lieu de nous emmener dans son voyage. On se surprend parfois à espérer la mort du personnage ! On doit cependant tirer son chapeau devant la véritable performance sportive du comédien et l’accompagnement subtil du musicien. 

Camille Vivante


Faim, de Knut Hamsun

La Faille • hameau de Bagnols • 26170 Montauban-sur-Ouvèze

Thomas Daviaud | 06 74 86 12 51

contact@lafaille.org

www.lafaille.org

Mise en scène : Wilhelm Queyras

Avec : Thomas Daviaud

Musique et violon : Vincent Longelin

Décors et costumes : Theresa Meixner

Lumières : Magali Décoret

Diffusion : Thomas Daviaud

Le Funambule • 16-18, rue Joseph-Vernet • 84000 Avignon

Réservations : 04 90 14 69 29

Du 11 au 30 juillet 2008 à minuit et quart, relâche les 17 et 24 juillet

Durée : 2 heures

5 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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